PARIS, QUATRE ANS AUPARAVANT
En cette fin juin, Luc Tunin était assis sur un banc dans le jardin du Luxembourg. Il attendait Alice pour lui parler. Cela faisait quatre ans qu’ils étaient en couple. Ils avaient pris un appartement ensemble, mais depuis la mort d’Aurélie, son ancienne petite amie, il était sujet à des rêves étranges, des sortes de visions. Il commençait tout juste à s’y habituer, même s’il ne savait pas encore les interpréter. Souvent, la nuit, il se réveillait en sueur, il allait prendre une douche froide, c’était le seul moyen efficace qu’il avait trouvé pour se rendormir. Certaines nuits, il préférait se recoucher dans le canapé, car Alice le pressait de questions auxquelles il ne voulait pas répondre.
Les quelques tentatives qu’il avait faites avaient été un échec. Elle ne comprenait pas, elle était très, peut-être trop, cartésienne et essayait de tout ramener à une explication scientifique plausible. Non, c’était peine perdue, toutes les explications du monde ne suffiraient pas pour lui dire ce qui le hantait. Et de toute façon, elle le prendrait au mieux pour un fou, au pire pour un affabulateur.
Il devait s’éloigner d’Alice. Pourtant, cela n’était pas de gaieté de cœur, il aimait Alice et savait qu’elle aussi. Dans sa main, se trouvaient deux enveloppes de résultats, l’une du concours pour l’accès à l’école des officiers de Gendarmerie et l’autre du concours de l’ENM[1]. Il en était maintenant persuadé, Melun sera la bonne solution.
La voilà qui arrivait. Elle revenait du ministère des Affaires étrangères, où elle avait assisté à la cérémonie de nomination de son père, Étienne d’Oremont, en tant qu’ambassadeur à Singapour. Elle l’embrassa avec passion.
-Qu’est ce qui ne va pas, Luc ? Tu en fais une tête ?
-Assieds-toi Alice, il faut que l’on parle, dit-il d’un ton grave.
[1] Ecole Nationale de la Magistrature située à Bordeaux.