L'Infernale Bévue

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Summary

Choisie comme sacrifice, Nimuë ne s'attendait pas à être sauvée par l'apparition de la démone Ymasis. Unies par un lien magique inattendu, elles découvrent que leur rencontre pourrait changer le destin des sorcières et des démons. Pour le meilleur... ou pour le pire.

Genre
Fantasy
Author
Aurea_C
Status
Ongoing
Chapters
5
Rating
n/a
Age Rating
18+

Chapitre 1 : Nimuë

Ce n’était pas dans ses habitudes d’écouter aux portes. Encore moins les murmures. De ceux qu’on chuchote pour ne pas être entendus. Ce soir-là, pourtant, un besoin viscéral la conduisit jusqu’à la cloison qui séparait la cuisine du reste de la maison.

Une faible lueur projetait les ombres dansantes de deux silhouettes sur le mur. Nimuë colla son oreille sur le bois. Son cœur cognait contre ses côtes. Trop fort. Trop vite. Si elle se faisait prendre, sa chair en porterait les marques longtemps.

Les mots étaient étouffés, mâchés par la cloison. Certains passèrent. « La fille », « Offrande », « Vice ».

Pas besoin d’en entendre plus. Dans une autre vie, son monde se serait probablement effondré.

Mais ici, maintenant, il n’y avait rien à briser. Sa vie était déjà un enfer. Ce qu’ils appelaient offrande marquait peut-être le début de sa fin. Une délivrance.

Sur la pointe des pieds, elle regagna le débarras qui lui servait de chambre. Là où était sa place. Bonne à tout faire. Invisible à chaque moment.

Son lit, ou plutôt un amas de linge, s’enfonçait sous des étagères croulantes de bocaux et d’objets sans nom. L’espace était si exigu qu’on peinait à se déplacer. L’humidité imprégnait tout. Elle ne la sentait même plus.

Nimuë s’allongea, les yeux grands ouverts sur l’obscurité. Ses doigts saisirent l’amulette autour de son cou. Seul vestige d’une famille inconnue. Nul ne pouvait le lui prendre. Raison pour laquelle cet héritage se trouvait toujours en sa possession.

Parfois, elle s’imaginait que l’amulette était magique. Que sa mère l’avait confiée à sa garde jusqu’à ce qu’elle revienne. Que cet objet pourrait l’emmener loin d’ici. Foutaise. Juste des fantasmes de petites filles.

Que deviendrait l’amulette après son sacrifice ? Cette pensée tournait en boucle. Elle devait l’enterrer. Chercher un lieu sûr. Ses doigts se crispèrent si fort que le métal s’enfonça dans sa paume.

Nimuë pivota la tête vers la porte.

Il allait venir. Comme tous les soirs. Et lui, que ferait-il quand elle ne sera plus là ? Il choisirait une autre. Il l’avait peut-être déjà fait.

Son corps fut pris de légers spasmes. Familier. Incontrôlable.

Un sourire discret effleura ses lèvres. Presque un rire. Un soupir de soulagement. Demain, elle aurait dix-huit ans. Et Nimuë serait enfin trop vieille pour lui.

Était-ce vraiment la fin de son calvaire pour autant ? Offerte au démon du vice, elle savait qu’il ne lui accorderait aucun répit. Pas avant de s’être lassé. Et il ne se lassait jamais vite d’après les rumeurs glissées dans les couloirs.

On disait qu’il s’amusait de toutes les manières possibles. Qu’il brisait les filles jusqu’à la mort. Parfois, qu’elles mouraient simplement en le regardant, tant il était hideux et effrayant.

Mais Nimuë, elle, était déjà brisée. Elle ne ressentait rien. Ou presque. Elle attendait juste la fin. Peut-être qu’il se lasserait vite. Peut-être qu’un simple regard vers le démon la tuerait. Du moins, elle l’espérait.

Je n’ai jamais vu de démon. Mais… sont-ils réellement pires que les hommes ?

Puis, il y avait cette autre question. Essentielle. Saurait-il qu’elle n’était pas vierge ? Tout le monde savait qu’il les préférait pur. Un démon le sentirait. Alors que ferait-on d’elle s’il la rejetait ?

Un grincement coupa net ses pensées. Puis plus rien. Juste le craquement lent du bois. Elle retint son souffle. Un pas. Deux. Il était là.

Une respiration rauque dans le silence pesant. Ses muscles se pétrifièrent. Une douleur au bas-ventre survint. Avant l’heure.

Non. Par pitié. Non.

Une unique larme coulait sur sa joue.

L’odeur le précéda. Transpiration et alcool. La nausée monta. Sa chair se hérissa. Son âme s’éleva un peu. En bonne spectatrice qu’elle avait toujours été.

Et puis le poids.

Et puis l’horreur.