Sous Leur Emprise

All Rights Reserved ©

Summary

J’ai fui mon mari un soir oĂč il dormait encore, en laissant mon alliance sur la table comme un acte de rupture dĂ©finitif. Nick ne pardonne jamais, et depuis cette nuit-lĂ , il me traque pour me rĂ©duire au silence. Je me suis rĂ©fugiĂ©e Ă  Ravenfall, un village noyĂ© de brume oĂč l’on croit pouvoir disparaĂźtre. J’avais enfin l’impression d’ĂȘtre libre, jusqu’au moment oĂč un inconnu est entrĂ© dans le cafĂ© oĂč je travaille et a prononcĂ© mon nom avec une assurance glaciale. Cassian Volkov. Le rival de mon mari. Un homme qui m’a observĂ©e pendant des annĂ©es sans que je le sache, un homme qui Ă©limine mes poursuivants avec une prĂ©cision implacable et qui me regarde comme si je lui appartenais dĂ©jĂ . Ce n’est qu’en croisant son regard que je comprends l’erreur que j’ai commise. Ravenfall n’a jamais Ă©tĂ© un refuge. C’était un terrain de chasse. Et Cassian n’est pas venu pour me sauver. Il est venu me prendre.

Status
Complete
Chapters
23
Rating
4.7 6 reviews
Age Rating
18+

Réveil brûlant


Soraya

Je cours Ă  travers une forĂȘt trop sombre pour ĂȘtre rĂ©elle, et chaque foulĂ©e renforce la douleur qui traverse mon flanc avec la rĂ©gularitĂ© d’une lame chauffĂ©e Ă  blanc enfoncĂ©e encore et encore dans ma chair meurtrie. Le souffle me manque avec une violence qui transforme chaque inspiration en supplication silencieuse, ma gorge brĂ»le comme si j’avais avalĂ© du verre pilĂ©, et mes vĂȘtements dĂ©chirĂ©s collent Ă  ma peau humidifiĂ©e par la sueur et le sang.

Je serre une petite clĂ© en argent entre mes doigts tremblants, cette seule chose que j’ai rĂ©ussi Ă  voler avant de fuir, et la peur de la perdre me pousse Ă  accĂ©lĂ©rer malgrĂ© la faiblesse qui menace de m’abattre comme une bĂȘte qu’on achĂšve au bord de la route. Le bruit sourd d’un pas trop lourd rĂ©sonne derriĂšre moi avec la rĂ©gularitĂ© d’un mĂ©tronome qui compte les secondes avant ma mort, et je reconnais immĂ©diatement ce rythme prĂ©cis qui appartient Ă  l’homme dont j’ai voulu m’éloigner au prix de ma vie.

Nick n’a jamais eu besoin de courir pour me rattraper parce qu’il avance toujours avec la certitude arrogante que tout ce qu’il veut finit par tomber Ă  ses pieds, que la rĂ©sistance n’est qu’un prĂ©lude au moment oĂč il brisera ce qui ose lui Ă©chapper.

Les arbres s’écartent Ă  peine lorsque je force mon corps Ă  continuer, leurs branches griffant ma peau comme des mains mortes, et une lumiĂšre blanche perce soudain le voile d’ombre avec une intensitĂ© qui illumine les branches d’un Ă©clat presque irrĂ©el. Une route se dessine devant moi avec une nettetĂ© brutale, et les phares d’une voiture stationnĂ©e au milieu de la nuit frappent mes yeux avec une force qui me coupe le souffle.

Je distingue une silhouette masculine dans ce halo trop fort pour ĂȘtre crĂ©dible, un corps droit et solidement ancrĂ© dans le silence comme s’il m’attendait depuis toujours. Ma vision se trouble dans un brouillard rouge et noir, mes jambes se dĂ©robent sous moi, et la douleur remonte dans ma cage thoracique alors que mes muscles Ă©puisĂ©s refusent de me porter plus loin.

Lorsque l’homme s’avance d’un pas lent et assurĂ©, son ombre s’étend autour de moi comme si elle cherchait Ă  m’envelopper entiĂšrement, et la voix grave qui s’élĂšve dans l’air glacĂ© pĂ©nĂštre mon esprit avec une autoritĂ© qui semble me reconnaĂźtre avant que je n’aie le temps de comprendre ce qui se passe.

— Soraya, qu’est-ce que tu fuis exactement
 ?

Les mots vibrent dans mon crĂąne avec une intensitĂ© qui brouille tout ce qui m’entoure, et je sens la rĂ©alitĂ© se disloquer au moment mĂȘme oĂč mes genoux touchent l’asphalte froid. Le vertige m’envahit comme une vague noire, la lumiĂšre s’efface, et le monde s’effondre dans un souffle lourd qui m’engloutit comme si la nuit avait dĂ©cidĂ© de refermer sa mĂąchoire sur ma conscience.

Je sors du cauchemar avec une violence qui me laisse tremblante et dĂ©sorientĂ©e, comme si mes poumons avaient Ă©tĂ© remplis de glace et que je revenais d’un endroit oĂč l’air n’existait plus. Mes doigts s’accrochent aux draps froissĂ©s pendant que ma respiration tente de retrouver un rythme normal, et la lumiĂšre pĂąle du matin filtre Ă  travers les rideaux avec une douceur presque insultante.

La sueur froide qui glisse le long de ma colonne ne disparaĂźt pas malgrĂ© mes efforts pour me calmer, et je sens encore la douleur imaginaire dans mon flanc, cette brĂ»lure fantĂŽme qui me poursuit depuis des mois comme un rappel permanent de ce que j’ai fui.

Je prends quelques secondes pour reconnaĂźtre la chambre autour de moi, cette petite piĂšce simple avec ses murs blancs lĂ©gĂšrement fendus par le temps, son parquet qui craque dĂšs qu’on y pose le pied, et la fenĂȘtre vieillie qui laisse passer un filet d’air parfumĂ© au pin. Ravenfall possĂšde ce genre de logements oubliĂ©s par le progrĂšs, des lieux modestes et un peu usĂ©s mais tellement calmes qu’ils donnent presque l’impression d’avoir Ă©tĂ© abandonnĂ©s par le reste du monde.

Sur la table de nuit, la petite clĂ© en argent repose lĂ  oĂč je la laisse toujours avant de m’endormir, visible et accessible, prĂȘte Ă  disparaĂźtre avec moi si je dois encore fuir dans la nuit comme un animal traquĂ©. Je la fixe pendant de longues secondes en me demandant si elle vaut vraiment tous les sacrifices que j’ai faits pour la garder.

Je finis par me lever et m’approche de la fenĂȘtre pour observer le village qui s’éveille lentement dans son cocon de brume matinale. Les ruelles Ă©troites sont encore vides, baignĂ©es dans un brouillard lĂ©ger qui s’accroche aux toits des maisons couleur argile, et les cheminĂ©es commencent Ă  fumer une Ă  une dans une chorĂ©graphie silencieuse.

Le cafĂ© oĂč je travaille se trouve juste en face, petit Ă©tablissement peint en bleu nuit avec des fleurs sĂ©chĂ©es accrochĂ©es prĂšs de la porte. À cette heure, seules les silhouettes de quelques habituĂ©s traversent la rue avec un rythme tranquille, et je sais que personne ne me posera de questions lorsque j’y entrerai pour commencer la journĂ©e.

Je me suis installĂ©e ici prĂ©cisĂ©ment pour cette raison. Les habitants de Ravenfall observent sans insister, saluent sans retenir, parlent doucement comme s’ils craignaient de rĂ©veiller quelque chose qui dort sous la surface, et ferment les yeux sur les secrets tant que personne ne trouble leur paix fragile. Je ne suis qu’une Ă©trangĂšre parmi d’autres dans ce village qui semble collectionner les Ăąmes Ă©garĂ©es, une fille brune arrivĂ©e au cƓur de l’hiver avec une valise trop petite pour contenir une histoire entiĂšre.

Cette discrĂ©tion me rassure autant qu’elle m’inquiĂšte, parce qu’elle m’offre un refuge temporaire mais laisse aussi la place Ă  n’importe quel Ă©tranger d’entrer dans le village sans attirer l’attention.

Je m’habille lentement, enroule mes cheveux encore humides en un chignon lĂąche, et passe mes doigts sur mon visage pour effacer les traces du cauchemar. Lorsque je sors enfin, la brise me frappe avec une fraĂźcheur revigorante, et les odeurs de bois brĂ»lĂ©, de pluie rĂ©cente et de feu de cheminĂ©e me rappellent pourquoi j’ai choisi ce village perdu au milieu de nulle part.

Chaque pas rĂ©sonne sur les pavĂ©s humides avec un Ă©cho qui semble trop fort dans le silence oppressant du matin, et la sensation d’ĂȘtre suivie s’estompe peu Ă  peu mĂȘme si mon corps garde cette tension discrĂšte qui ne me quitte jamais depuis le jour oĂč j’ai Ă©chappĂ© Ă  Nick. Je ne peux pas m’empĂȘcher de regarder derriĂšre moi toutes les quelques secondes, et je dĂ©teste la façon dont cette habitude est devenue ma nouvelle respiration, un rĂ©flexe que je n’arrive plus Ă  contrĂŽler.

J’entre dans le cafĂ© avec une inspiration profonde, et la clochette au-dessus de la porte produit un tintement doux qui contraste avec l’agitation glacĂ©e qui me serre encore la poitrine. Le cafĂ© sent le cafĂ© torrĂ©fiĂ© avec des notes de caramel, et les lumiĂšres suspendues crĂ©ent un halo dorĂ© qui se reflĂšte dans les tasses alignĂ©es derriĂšre le comptoir.

Je prĂ©pare les premiĂšres machines pendant que June s’affaire dans la cuisine. Elle me parle toujours avec une gentillesse retenue, des sourires brefs et des questions simples qui n’attendent jamais de vraies rĂ©ponses, et cela me permet de garder mes distances tout en profitant de la paix relative qu’offre cet endroit.

Je commence Ă  nettoyer les tables, et mon regard se pose rĂ©guliĂšrement sur la fenĂȘtre qui donne sur la rue encore dĂ©serte. Une ombre passe briĂšvement devant la vitre, silhouette trop rapide pour ĂȘtre identifiĂ©e mais suffisamment distincte pour dĂ©clencher l’alarme primitive qui hurle constamment dans ma tĂȘte.

Une crispation remonte le long de ma colonne vertĂ©brale comme une araignĂ©e aux pattes glacĂ©es, et j’essaie de me convaincre qu’il s’agit d’un simple passant matinal, pourtant la sensation de danger s’infiltre dans mes pensĂ©es avec une prĂ©cision que je ne peux jamais ignorer.

— Tu vas bien, Soraya ? Tu sembles un peu pñle ce matin.

La voix douce de June me ramĂšne brutalement Ă  la rĂ©alitĂ©, et je me retourne avec un lĂ©ger sourire qui ne doit pas ĂȘtre trĂšs convaincant.

— Je n’ai pas trùs bien dormi, mais ça va aller, merci.

Je me remets au travail pour Ă©viter les questions, mĂȘme si je sens la prĂ©sence de June s’attarder une seconde de trop avant qu’elle ne retourne Ă  ses tĂąches. Le silence retombe, mais mon esprit reste en alerte maximale.

Je termine de nettoyer la derniĂšre table lorsque la clochette au-dessus de la porte se met Ă  vibrer lĂ©gĂšrement sans qu’aucune main ne la touche, comme si un courant d’air avait traversĂ© la piĂšce en silence. Je relĂšve les yeux vers l’extĂ©rieur, et un dĂ©tail attire immĂ©diatement mon attention avec la force d’un coup de poing dans le ventre.

Une voiture noire est stationnĂ©e de l’autre cĂŽtĂ© du trottoir avec une prĂ©cision qui semble presque calculĂ©e, plus Ă©lĂ©gante et plus rĂ©cente que tout ce qu’on voit habituellement Ă  Ravenfall. Sa prĂ©sence tranche avec l’harmonie tranquille du village comme une tache d’encre sur du papier blanc. La peinture impeccable reflĂšte la lumiĂšre grise de l’aube, et le verre teintĂ© empĂȘche de distinguer la moindre silhouette Ă  l’intĂ©rieur, crĂ©ant une impression d’attente silencieuse et oppressante.

Je reste immobile pendant plusieurs secondes qui s’étirent comme des heures, et un malaise subtil mais insistant remonte le long de ma colonne. J’essaie de me convaincre qu’il s’agit d’un simple touriste de passage, mais la prĂ©cision presque chirurgicale de l’emplacement et l’absence totale de mouvement me ramĂšnent immĂ©diatement Ă  cette vie dont j’essaie dĂ©sespĂ©rĂ©ment de m’extirper depuis des mois.

Chaque instinct en moi hurle que cette voiture n’est pas là par hasard.

L’idĂ©e que Nick ait retrouvĂ© ma trace ici transforme l’air en quelque chose de lourd et difficile Ă  avaler. Pourtant, plus je fixe la silhouette noire et menaçante de la voiture, plus une Ă©trange contradiction s’installe dans mon esprit. Ce n’est pas le style de vĂ©hicule que Nick utiliserait, trop discret et trop Ă©lĂ©gant pour un homme qui aime afficher sa domination. Cette prĂ©sence-lĂ  me donne une impression de maĂźtrise froide et discrĂšte, quelque chose de bien plus dangereux.

Je m’avance lentement vers la fenĂȘtre, et dans la condensation lĂ©gĂšre qui couvre le pare-brise, une empreinte de doigt apparaĂźt avec une nettetĂ© troublante, presque effacĂ©e mais encore visible, comme si quelqu’un avait effleurĂ© la vitre avec une intention prĂ©cise avant de disparaĂźtre dans l’ombre. Ce geste infime et dĂ©licat, parfaitement placĂ© au centre, me plonge dans un trouble indescriptible.

Je sens mon cƓur ralentir d’une façon Ă©trange, comme si mon corps tentait de comprendre un message que je refuse encore d’accepter. Une sensation glaciale me traverse et je recule d’un pas, incapable de lĂącher le vĂ©hicule des yeux malgrĂ© la panique qui s’installe dans mon ventre.

Lorsque la portiĂšre arriĂšre s’ouvre de quelques centimĂštres sans qu’aucune main n’apparaisse, une dĂ©charge Ă©lectrique traverse tout mon corps. Le mouvement est lent et mesurĂ©, calculĂ© avec une prĂ©cision chirurgicale, comme si quelqu’un observait ma rĂ©action avant de dĂ©cider de sortir ou de rester dissimulĂ©.

Mes doigts s’agrippent au rebord de la table la plus proche, et mes jambes deviennent lourdes au point d’en trembler. Je perçois une ombre glisser dans la fente ouverte de la portiĂšre, mais l’obscuritĂ© avale tout avant de me rĂ©vĂ©ler quoi que ce soit.

Un souffle presque imperceptible semble traverser la rue, et une phrase silencieuse s’impose Ă  mon esprit avec une clartĂ© qui ne me laisse aucun doute. Quelqu’un est venu ici spĂ©cifiquement pour moi, quelqu’un qui ne fait pas partie de ma vie passĂ©e avec Nick, quelqu’un qui possĂšde une patience trop froide et trop calculĂ©e pour ĂȘtre bienveillante.

La portiĂšre se referme d’un claquement discret mais dĂ©finitif qui rĂ©sonne dans mon ventre comme un avertissement. Je reste figĂ©e, incapable de dĂ©tourner le regard, et la seule certitude qui s’impose Ă  moi est celle que je redoutais le plus.

Ravenfall n’est plus un refuge mais une cage dont les barreaux viennent de se refermer. Le village n’est plus assez loin ni assez isolĂ© pour me protĂ©ger, et l’homme qui vient de traverser ma route n’a aucune intention de repartir tant qu’il n’aura pas obtenu ce qu’il est venu chercher.


Next Chapter