L’héritière insoumise (en correction)

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Summary

À quelques jours de ses 18 ans, Lynn Walker refuse de se plier aux règles de son père et de la haute société. Son rêve de cinéma la pousse à braver les interdits, et c’est au cœur de cette audace qu’elle croise le regard énigmatique d’un duc plus âgé. Elle ne sait pas encore que leur rencontre bouleversera tout : son cœur, ses choix… et sa vie. Entre rébellion, désir et secrets de famille, Lynn va découvrir que l’amour peut être à la fois son plus grand risque et sa plus belle liberté.

Status
Ongoing
Chapters
13
Rating
n/a
Age Rating
16+

Chapter 1

Ses pieds tremblaient après avoir couru pendant des heures. Sa poitrine se soulevait à chaque respiration, tandis que de chaque côté de son front, une ligne de sueur se glissait. Malgré ce calvaire, un sourire presque niais se dessinait sur son visage. Elle se tenait devant son rêve, qui allait bientôt devenir réalité.

Lynn Walker défroissa le papier dans sa main d'un geste impatient. Devant elle se dressait l'immense bâtiment de l'opéra où se tenait l'audition des futures icônes du monde cinématographique. Et elle devait en faire partie, pensa-t-elle. Tout autour d'elle, les grands écrans affichaient le visage de personnes célèbres, chanteurs ou acteurs. Dans son imagination, elle se vit sur ces écrans. Tous les regards seraient rivés sur elle. On la pointerait du doigt en chuchotant sur son passage. Les gens prononceraient son nom d'actrice en rêvant d'elle. Elle se mit à rire presque comme une folle, sentant l'excitation la gagner. Et pour cela, elle était prête à tout.

C'est cette même envie de tout gagner qui l'avait poussée à fuir du pensionnat ce matin. Depuis deux semaines, Lynn avait tout préparé : comment passer devant le gardien, comment ne pas éveiller les soupçons de quiconque.

Personne n'était au courant de sa fugue. Et c'était bien mieux ainsi.

Elle avait vécu assez longtemps au pensionnat pour savoir que certaines filles étaient prêtes à tout révéler dans le seul but d'attirer les bonnes grâces d'une surveillante. C'était immonde et vicieux. À l'heure qu'il est, tout le monde devait avoir remarqué son absence, et peut-être même que son père avait été mis au courant. Elle fit une grimace à cette pensée. Edouard Walker, son père, avait toujours méprisé le goût de sa fille pour le cinéma. "Ce n'est pas correct", avait-il répété un bon nombre de fois à Lynn. Cette dernière, malgré son immense respect pour son géniteur, avait toujours fait la sourde oreille. Son désir était bien plus fort que quiconque. Et personne n'y pouvait rien.

Le carillon de l'immense horloge à l'autre bout de la rue retentit, rappelant Lynn à l'ordre. Son cœur se mit à tambouriner dans sa cage thoracique. En lisant l'heure sur le cadran, un frisson de peur lui parcourut l'échine.

— Non ! Non ! Non ! s'exclama-t-elle avant de monter rapidement les quelques marches devant elle.

A l'intérieur, c'était pire qu'un labyrinthe. Elle montait et descendait les marches sous les regards curieux des personnes présentes. Aucun ne savait à quel étage se passait l'audition, et leurs mines étonnées lorsqu'elle demandait sa route lui faisaient douter de l'annonce qu'elle tenait encore en main. Et si l'audition avait été annulée ? Ou si elle s'était fait avoir par cette pauvre annonce ? Tout son être priait pour que ce soit vrai alors qu'elle ouvrait toutes les portes devant elle. Ses cheveux roux volaient autour d'elle dans sa course, aussi angoissée qu'était sa propriétaire.

Au détour d’un couloir, elle percuta de plein fouet une jeune femme, et toutes deux tombèrent au sol dans un bruit monstrueux. Son sac à dos s’étala et quelques-unes de ses affaires dépassaient de la fermeture éclair. Elle nota rapidement que la personne en face d’elle était vêtue d’un tutu et chaussée de demi-pointes. Elle se releva sans se soucier de la silhouette devant elle, qui s’était relevée en proférant quelques jurons. C’était bien le cadet de ses soucis. Lynn ramassa ses affaires et lui lança un vague “désolée” en reprenant sa route.

Au bout du couloir se trouvait une porte avec l’inscription “Audition”. Son cœur résonna de plus belle jusqu’à ses oreilles. Elle poussa la porte pour tomber sur une immense salle d’opéra. Les sièges rouges étaient alignés soigneusement, et devant, la scène éclairée par des projecteurs. C’était comme si Lynn s’était transportée dans l’un de ses rêves. Combien de fois avait-elle rêvé de monter sur une scène et de jouer sous les applaudissements d’un public ? Lentement, elle descendit les marches pour s’en approcher.

Juste devant elle, un groupe d’hommes discutait, absorbé dans ce qui semblait être une conversation de la plus haute importance, puisque aucun ne remarqua sa présence. Au moment où elle arriva à leur hauteur, ils se levèrent comme… s’ils partaient.

— Attendez ! cria-t-elle aussi fort qu’elle put avant de se mettre à courir vers eux.

Finalement, elle n’avait fait que courir aujourd’hui. Courir pour fuir ou rattraper. Le monde allait bien plus vite qu’elle… à moins que ce ne soit elle qui aille trop lentement.

Comme un seul corps, ils se retournèrent vers elle.

— Que veux-tu, petite ? fit l’un des hommes en fronçant les sourcils avec curiosité.

Il tenait une pile de feuilles en main et semblait agacé par sa présence.

— …l’audition, réussit-elle à dire faiblement.

Sa voix était faible et son petit corps frêle semblait avoir traversé l’enfer. Pourtant, aucune ombre de sympathie ou de pitié dans son regard, alors qu’il annonça que l’audition était terminée. Les lèvres de Lynn se mirent à trembler alors qu’elle secouait vivement la tête pour montrer son refus. Les larmes menaçaient de couler, mais elle serra la mâchoire aussi fort qu’elle pouvait. Un tas de mots lui traversaient l’esprit, mais aucun ne sortait de sa gorge. Si elle parlait, elle pleurerait. Et cela n’était pas négociable.

Encore une fois, elle courut vers la scène et y grimpa malgré les regards du jury qui lui demandaient de descendre. Mais elle s’en fichait. Il fallait jouer pour leur prouver leur erreur, pensa-t-elle en jetant son sac et en commençant à réciter sa pièce.

Elle débuta par une œuvre de Shakespeare. Elle avait lu et relu plusieurs fois Roméo et Juliette. Loin d’être sa préférée, c’était malgré tout celle qu’elle connaissait par cœur. Sa voix tremblait, les mots étaient entrecoupés au départ, mais plus elle continuait, plus elle prenait de l’assurance. Chacune de ses expressions exprimait davantage que ses paroles. Elle se figeait pour se mettre à pleurer, avant de se mettre dans une colère noire. Elle ne récitait plus : elle vivait dans la tête de Juliette. C’était hypnotique, sensationnel, vivant. Lorsqu’elle se laissa tomber au sol pour conclure l’acte, l’écho des applaudissements arriva jusqu’à ses oreilles. Ses lèvres se fendaient en un sourire en se relevant.

Venait-elle de réussir ? Elle observait les hommes parler entre eux. Elle avait tout donné, mis tout son cœur. Son avenir se jouait avec quelques mots. Elle s’attendait à ce qu’ils la félicitent, peut-être même la déclarent la meilleure à avoir joué sur scène, mais rien de tout cela. À l’opposé, ils partirent sans se retourner. Un seul se dirigea vers elle. C’était celui qui l’avait applaudie. Malgré l’appréhension qui la saisissait, Lynn garda son sourire. À sa hauteur, il lui tendit une carte.

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Lynn lut ce qui était écrit en fronçant les sourcils d’incompréhension, alors que l’homme lui tournait déjà le dos.

— Et l’audition ? demanda-t-elle, toujours perdue.

— Il n’y a plus d’audition, dit-il sans se retourner. Ta petite performance a été quand même divertissante, ajouta-t-il en éclatant de rire.

Elle venait de recevoir une claque. Son cœur se serra. Les larmes qu’elle avait tant retenues coulèrent. D’un revers de main, elle les essuya et recommença de plus belle. Elle ne concevait pas ce qui venait de se passer. C’était comme si tout son avenir, tous ses rêves, avaient été jetés. Sa dernière chance de prouver au bonne sœur du pensionnat et à son père qu’elle en était capable avait échoué.

La carte était toujours dans sa main, comme la preuve de sa désillusion. Elle voulait devenir actrice, pas mannequin. Ce genre de chose, c’était pour les personnes sans vie et qui n’étaient que jolies, pas pour elle. Dans un excès de colère, elle se jeta sur la surface et envoya son sac contre le mur. Ses effets personnels volèrent dans tous les sens. Elle aurait voulu hurler à mort. Elle resta allongée longtemps. Ses larmes avaient inondé son petit visage et ses joues étaient devenues rouges.

Au bout d’une heure, elle n’allait pas mieux. Ses pensées tournaient dans tous les sens, mais elle avait cessé de pleurer. Son ventre gargouillait, lui rappelant qu’il était peut-être temps de rentrer. Elle aurait volontiers passé la nuit dehors, mais après avoir dépensé tout son argent pour venir jusqu’ici, elle était sûre qu’il ne lui restait plus rien.

Lorsqu’elle se releva, Lynn commença à ramasser ses affaires éparpillées sur le parquet. Au fond de la scène, elle trouva une pile de magazines. Fatiguée, elle les saisit et commença à les feuilleter machinalement. Le visage d’un certain Duc de Cavendish revenait presque dans chaque page. Il était bel homme, constata-t-elle avant d’éclater de rire. Sa vie et ses rêves venaient de tomber à l’eau, et elle pensait à la beauté d’un homme. C’était absurde. Elle déchira la page avant de lui dessiner une petite moustache avec un crayon sur le sol.

Elle allait continuer quand le bruit de la porte battante la fit sursauter. Lynn fouilla dans son sac alors qu’un gardien lui criait de quitter les lieux.

À l’extérieur, elle poussa un soupir en essuyant ses yeux. Que faire maintenant ? Retourner au pensionnat revenait à rentrer dans la cage après s’être enfuie. Mais elle n’avait pas trop le choix. Plongée dans ses pensées, elle remarqua trop tard qu’elle était arrivée sur le trottoir. Juste devant elle, une Rolls-Royce s’était garée avant que la portière ne s’ouvre. À l’intérieur, son père lui fit signe de monter. Lynn écarquilla les yeux, se demandant comment il avait pu la trouver si rapidement. Elle secoua la tête, prête à faire demi-tour. Mais les gardes de son père l’encerclèrent sans la toucher. Il était temps de rentrer.