La Luna retrouvée

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Summary

On lui a volé son identité. On lui a fait croire qu’elle était morte. Et surtout… on lui a arraché son fils. Quand Talya retrouve la mémoire, une seule vérité s’impose : Liam existe. Et il est quelque part, loin d’elle. Plongée au cœur des meutes, entre mensonges, secrets et conflits d’Alpha, elle découvre qu’elle est bien plus qu’une femme brisée… elle est une Luna. Mais pour retrouver son enfant, elle devra affronter un passé prêt à tout pour ne jamais être révélé. Et faire face à ce qu’elle est devenue.

Genre
Romance
Author
angelique
Status
Complete
Chapters
51
Rating
5.0 2 reviews
Age Rating
18+

Chapitre 1

Talya se réveille lentement, comme si elle remontait d’une eau trop profonde. La première chose qu’elle sent est la lourdeur de son propre corps, étranger, engourdi, cloué à un matelas trop ferme.

L’air a une odeur âcre et stérile qui lui pique la gorge. Elle inspire avec difficulté, sa poitrine se soulevant en un effort douloureux, et une vague de confusion l’envahit aussitôt.

Ses paupières tremblent avant de céder. La lumière blanche l’aveugle, brutale, et elle referme les yeux dans un réflexe de défense. Un bourdonnement régulier , bip… bip… bip… martèle l’espace autour d’elle, s’infiltrant jusque dans son crâne.

Chaque son semble amplifié, irréel, comme si le monde lui parvenait à travers une épaisse couche de coton.

Lorsqu’elle ose rouvrir les yeux, le plafond blanc reste flou quelques secondes. Des taches lumineuses dansent devant sa vision. Elle tente de bouger, mais un élancement aigu lui traverse le corps, arrachant un souffle court à ses lèvres.

La douleur est là, diffuse mais bien réelle, ancrée quelque part en elle sans qu’elle parvienne à la situer précisément.

Son cœur s’emballe. Où est-elle ? Pourquoi est-elle là ? Les souvenirs refusent de se mettre en place, comme des pièces éparpillées d’un puzzle incomplet. Elle sent la panique monter, sourde, serrant sa poitrine plus fort que n’importe quelle blessure.

Sa main cherche instinctivement quelque chose à quoi se raccrocher, un drap, une présence et ses doigts se crispent sur le tissu froid.

Alors seulement, la réalité s’impose : le lit médicalisé, les perfusions, les machines. Un hôpital. Cette certitude la frappe avec une violence inattendue.

Talya ferme les yeux à nouveau, une larme silencieuse glissant sur sa tempe, tandis qu’une peur viscérale s’installe en elle, celle de ne pas savoir ce qui lui est arrivé… et de redouter ce qu’elle pourrait découvrir.

Le rythme des machines change brusquement. Le bip régulier se met à s’accélérer, plus aigu, plus pressant, comme un cri d’alerte.

Talya sursaute malgré elle, son souffle se brisant dans sa gorge. Chaque battement sonore semble répondre aux coups affolés de son cœur, amplifiant son angoisse.

Des pas précipités résonnent dans le couloir, d’abord lointains, puis de plus en plus proches. La porte s’ouvre à la volée, laissant entrer une lumière encore plus crue. Des silhouettes s’engouffrent dans la chambre, entourant le lit en quelques secondes.

Leurs voix se superposent, rapides, techniques, incompréhensibles. Des mots lui parviennent par fragments, tension, rythme, respiration sans qu’elle puisse en saisir le sens.

Talya tente de parler, mais aucun son ne sort. Sa gorge est sèche, sa langue trop lourde. Une main gantée se pose sur son avant-bras, ferme mais étonnamment rassurante.

- Tout va bien, Talya. Vous êtes à l’hôpital. Respirez calmement.

Elle veut obéir, vraiment, mais son corps refuse de suivre. L’air semble manquer, comme si la pièce se refermait sur elle. Une autre infirmière ajuste une perfusion, tandis qu’un médecin se penche au-dessus d’elle, son visage flou se découpant à contre-jour.

- Elle est consciente, dit-il d’une voix posée. Talya, regardez-moi. Serrez ma main.

Elle rassemble le peu de force qu’il lui reste. Ses doigts tremblants se referment faiblement autour de la main tendue. Ce simple contact, humain, l’empêche de sombrer complètement.

Peu à peu, le rythme des machines ralentit, retrouvant une cadence plus régulière.

Le brouhaha s’apaise. Les silhouettes s’écartent, laissant derrière elles une chambre encore trop blanche, encore trop silencieuse.

Talya reste là, épuisée, le cœur battant toujours trop vite, consciente désormais qu’elle n’est pas seule mais terrifiée à l’idée de ce qui l’a menée jusque-là.

Peu à peu, la tension quitte son corps. Les voix s’éloignent, comme si elles glissaient derrière un mur invisible. Le bip des machines retrouve un rythme régulier, presque apaisant, une pulsation monotone qui berce ses pensées encore fragiles.

Talya sent la fatigue s’abattre sur elle d’un seul coup, lourde et inévitable. Ses paupières deviennent trop lourdes pour rester ouvertes. Chaque respiration se fait plus lente, plus profonde, guidée par une main invisible qui l’invite à lâcher prise.

La douleur s’émousse, reléguée à l’arrière-plan, remplacée par une douce torpeur. Les contours de la chambre se brouillent, les lumières s’étirant en traînées floues. Elle n’essaie plus de lutter. Pour la première fois depuis son réveil, elle se laisse aller.

Alors que le sommeil la reprend, une pensée fugace traverse son esprit, une sensation plutôt qu’un souvenir. Quelque chose d’important lui échappe encore. Mais cette inquiétude se dissout presque aussitôt, engloutie par l’obscurité rassurante.

Talya se rendort, bercée par le souffle régulier des machines, suspendue entre deux mondes, sans savoir que le réveil à venir sera bien différent.

Elle fait un rêve étrange.

Elle court.

Ses pattes frappent le sol souple avec une aisance instinctive, sans douleur, sans effort. L’air frais gonfle ses poumons et glisse le long de son pelage sombre.

Chaque respiration est une victoire silencieuse, une liberté retrouvée. Elle est une louve, puissante et légère à la fois.

La forêt s’ouvre devant elle, vaste et vivante. Les troncs défilent, élancés, baignés d’une lumière dorée qui filtre à travers les feuillages. Les odeurs explosent dans son esprit : la mousse humide, la terre fraîche, la résine des pins. Tout est clair, évident.

Elle n’a pas besoin de réfléchir. Elle sait où aller.

Elle accélère, contourne une racine, bondit par-dessus un ruisseau scintillant. Son corps répond parfaitement, en harmonie avec le monde qui l’entoure.

Son cœur bat fort, mais sans peur, seulement la joie brute du mouvement. Le vent siffle à ses oreilles, caresse son museau, emporte avec lui les dernières traces de lourdeur.

Elle se sent entière. Libre. Vivante.

Autour d’elle, la forêt pulse doucement, comme si elle respirait à son rythme. Les oiseaux s’envolent à son passage, les feuilles frémissent. Elle appartient à cet endroit autant qu’il lui appartient. Il n’y a ni douleur, ni machines, ni murs blancs. Seulement la course, le souffle, et cette paix profonde qui s’ancre en elle.

Et tandis qu’elle s’enfonce plus loin entre les arbres, une certitude tranquille l’accompagne : ici, rien ne peut l’atteindre.

Elle court toujours, mais quelque chose change.

Au début, ce n’est qu’une sensation diffuse, presque imperceptible. Un décalage. Le sol sous ses pattes semble moins souple, comme s’il perdait peu à peu sa chaleur. Les odeurs, si nettes jusque-là, se mélangent, deviennent floues, insaisissables.

Elle ralentit.

La forêt reste là, pourtant elle paraît plus silencieuse. Trop silencieuse. Le chant des oiseaux s’est tu. Le vent ne caresse plus son pelage, il le traverse sans vraiment le toucher. La lumière dorée pâlit, se fissure entre les branches, laissant place à une clarté blanche, froide, qui ne vient pas du ciel.

Un battement étrange résonne au loin. Régulier. Mécanique. Il n’a rien à faire ici.

La louve s’arrête. Elle dresse les oreilles, alerte. Son cœur accélère, non plus par plaisir, mais par instinct. La terre sous ses pattes vibre légèrement, comme si la forêt elle-même hésitait à continuer d’exister.

Elle lève la tête et pousse un souffle qui devrait être un hurlement… mais aucun son ne sort.

Autour d’elle, les arbres s’étirent, se déforment, leurs troncs se lissent jusqu’à perdre leur écorce. Le vert s’efface. Le monde se délave. Ses pattes deviennent lourdes, étrangères, comme si elles n’étaient plus vraiment les siennes.

Le battement se rapproche. Plus fort. Plus pressant.

Alors une autre sensation s’impose, écrasante : le poids de son corps, immobile. Une gêne dans la poitrine. Une présence sur son bras. La forêt recule, aspirée par une lumière aveuglante.

Elle cligne des yeux.

Et le rêve se brise, laissant derrière lui l’écho d’une course libre… et le regret doux-amer de devoir s’arrêter.