Une folle envie

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Summary

Alice ne s'attendait pas rencontré un homme comme Noah. Et pourtant, il était là chaque jours. De fil en aiguille, Alice va tomber sous son charme. Mais comment faire quand deux mondes se rencontre.

Genre
Romance
Author
jessica
Status
Ongoing
Chapters
18
Rating
n/a
Age Rating
16+

Chapitre 1

Alice fixa son reflet sans vraiment se reconnaître. Le visage marqué, les traits tirés, les yeux ternes, elle avait l’air d’avoir pris dix ans en une nuit. Dire qu’elle avait mal dormi était ridicule. Elle n’avait presque pas dormi. La soirée s’était noyée dans l’alcool, comme les précédentes.

Elle esquissa un sourire qui sonna faux. Les derniers verres avaient fait le reste, effaçant toute limite. Comme d’habitude, elle avait fini saoule, incapable de dire à quel moment ça avait dérapé.

Depuis six mois, ça s’accélérait. Les soirées, l’alcool, les lendemains flous. Elle le savait, mais elle continuait.

Elle se jeta de l’eau froide au visage, une fois, puis deux. Ça piquait, ça réveillait à peine. Juste assez pour tenir debout. Pas assez pour aller bien.

Elle jeta un œil à l’heure. Merde. Encore en retard. Cette fois, son patron n’allait pas laisser passer.

Elle attrapa sa brosse, démêla ses cheveux blonds à la va-vite, tira sur une mini-jupe et un chemisier. Pas par envie. Par calcul. Les clients regardaient ses jambes, et leurs regards finissaient en billets. C’était tout ce qui comptait.

Elle avala un doliprane avec un fond de vodka tiède, grimaça, puis fila jusqu’à sa voiture.

Le trajet passa sans qu’elle s’en souvienne vraiment. Pilotage automatique.

Arrivée au boulot, elle se précipita vers son casier, balança son sac à l’intérieur et noua son tablier d’un geste sec.

Manon était déjà en train de s’activer derrière le comptoir. Elle gérait un vieux type poisseux, du genre à se croire drôle quand il devenait franchement lourd. Sa spécialité : distribuer des tapes sur les fesses dès qu’il en avait l’occasion.

Il débarquait tous les matins à l’ouverture, s’imbibait jusqu’à plus soif, puis repartait en titubant, la bouche pleine de conneries. Ni Alice ni Manon ne supportaient de l’entendre parler.

D’habitude, elles tiraient à la courte paille pour savoir qui allait se le coltiner. Et, comme par hasard, Alice perdait souvent.

- Alors ? Encore en retard ? Tu devrais te faire un café avant que le boss débarque.

- Le vieux porc n’est pas encore là ? lâcha Alice en faisant couler un café serré dans la vieille machine posée sur le comptoir.

- Lui aussi est à la bourre. Et pour une fois, ça t’arrange. La table 12 vient de s’installer. Tu t’en occupes ?

- Ouais… désolée. Je prends une gorgée et j’y vais. Merci de me couvrir. Je vais faire gaffe, promis.

Elle avala une lampée brûlante, grimaça à peine, puis se pencha vers Manon et déposa un baiser rapide sur sa joue avant de filer.

La petite famille, pour une fois, était agréable. Pas de regards lourds, pas de remarques douteuses. Alice se surprit à taquiner la gamine, arrachant un sourire timide entre deux commandes. Ça changeait.

Bruno débarqua peu après. Silhouette massive, mine fermée, regard dur. Il leur fit un vague signe de la main sans un mot et disparut aussitôt derrière les fourneaux.

Le lieu avait des airs de diner américain fatigué. Un passe-plat découpait le mur de la cuisine, crachant des assiettes tièdes que les serveuses récupéraient sans jamais mettre un pied derrière. Le bar faisait office de frontière, comme si la salle et le reste ne devaient surtout pas se mélanger.

Alice détestait cet endroit.

Bruno, avec sa gueule fermée et ses silences lourds, n’arrangeait rien. Il ne souriait jamais. Et sa cuisine… fade, sans âme, comme tout le reste ici.

La seule chose qui tenait à peu près la route, c’étaient ses gaufres au sirop d’érable. Sucrées, écœurantes, mais au moins, elles avaient du goût.

Alice travaillait en coupure. À la fin du service du midi, elle rentra directement chez elle, sans même s’arrêter acheter à manger. Le frigo était vide, mais ça n’avait aucune importance. Elle grignoterait quelque chose le soir, au restaurant.

Là, tout de suite, elle voulait juste dormir.

Elle s’effondra sur son lit sans se déshabiller et sombra presque aussitôt. Un sommeil lourd, sans rêve.

Quand elle rouvrit les yeux, il était déjà 17 heures. Merde.

Elle traîna jusqu’à la salle de bain, prit une douche rapide, tenta vaguement de remettre un peu d’ordre dans l’appartement. Rien de vraiment propre, rien de vraiment rangé. Juste assez pour ne pas avoir honte en rentrant.

Le retour au travail se passa sans accroc. Comme d’habitude, Manon était déjà là.

Alice ne comprenait pas comment elle faisait. Une gamine de deux ans à gérer, ce boulot de merde, les horaires éclatés… et pourtant, jamais en retard.

Alice était en train de servir un pastis à un habitué quand la porte s’ouvrit.

L’homme qui entra n’avait rien à faire là. Ça sautait aux yeux.

Grand, droit, un long manteau impeccablement taillé sur les épaules. Cheveux bruns, parfaitement coiffés. Propre. Trop propre pour cet endroit.

Il jurait avec le décor. Et pourtant, il attirait tous les regards. Quelque chose dans sa façon de se tenir, dans son calme, dans son assurance.

Même Alice eut du mal à détourner les yeux.

Manon, elle aussi, n’avait pas lâché l’homme des yeux.

Alice s’approcha d’elle, baissa la voix.

- Je le prends.

Manon haussa à peine les épaules. Pas besoin d’insister.

Alice s’avança vers la table, un sourire déjà en place, presque automatique.

- Bonjour. Qu’est-ce qui vous ferait plaisir ?

L’homme leva les yeux. Lentement. Il la détailla sans gêne, de la tête aux pieds, comme s’il prenait le temps de l’évaluer.

- Un café, s’il vous plaît.

Rien de plus.

Son regard retomba aussitôt sur la carte, comme si elle n’existait déjà plus.

Alice serra légèrement la mâchoire, puis tourna les talons. Elle revint quelques secondes plus tard avec la tasse, la posa devant lui.

- Voilà pour vous.

Aucune réaction. Pas un merci. Pas même un regard.

Juste ce silence, froid, fermé.

Alice resta plantée là une seconde de trop. Ce type… quelque chose clochait. Ou attirait. Elle n’aurait pas su dire.

- Vous êtes du coin ? tenta-t-elle.

- Non.

Sec. Net. Fin de la conversation. Le message était clair : il n’était pas là pour discuter.

Alice esquissa un sourire vide et s’éloigna.

De retour derrière le bar, elle continua malgré elle à lui jeter des coups d’œil.

Putain…

Il était vraiment beau.