Il était trois fois ~ Dans l'ombre de la Bête

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Summary

Dans la clairière rougie par la Lune de Sang, une vieille femme difforme et rejetée attend la mort. Invisible aux yeux du monde, elle s’offre volontairement à la Bête qui terrorise le royaume. Mais elle se réveille au château du Roi oublié, souverain d’une beauté éternelle, prisonnier d’une malédiction bien plus sombre et cruelle que ne le racontent les légendes. Entre ces murs froids, Zyna s’approche là où personne n’ose. Avec ses mains noueuses et sa tendresse rugueuse, elle s’immisce dans sa vie. Voit l’indicible. Touche l’intouchable. Refuse de fuir. Peu à peu, une connexion étrange naît entre elle et le Roi maudit. Pourtant, dans l’ombre, quelque chose de bien plus dangereux veille. Et la prochaine pleine lune pourrait tout détruire. Ce conte fantastique explore la rencontre improbable entre une femme qui n’a plus rien à perdre et un monstre qui n’a plus rien à espérer. Un récit où la véritable bête n’est peut-être pas celle que l’on croit… et où la délivrance peut parfois prendre les traits les plus inattendus.

Status
Complete
Chapters
24
Rating
5.0 3 reviews
Age Rating
18+

Il était une fois...

Clairière de l’offrande ~ Nuit de la Lune de Sang d’hiver

Fitzyna

Le jour décline sur la clairière qui se dessine enfin devant moi. Avec le froid mordant et la longue marche, mes vieux os et mes articulations fatiguées se rappellent douloureusement à moi. Je grelotte de partout et mon souffle expulse d’épaisses volutes de fumée blanche. Mais mon esprit est serein.

Ma résolution est définitive et intacte. Cette nuit sera la dernière.

Sous mon châle, Mystigriffe est toujours calé contre ma bosse. Son poids familier et sa chaleur animale calment mon cœur qui bat trop vite. Ce chat à l’air hirsute et au pelage miteux dort paisiblement, bercé par le ballottement léger et régulier de ma démarche claudicante. Il semble bien loin des préoccupations qui habitent mon esprit.

Les arbres dégarnis se sont effacés de part et d’autre du chemin forestier. Le ciel crépusculaire se teinte maintenant de rouges et de roses incendiaires en une marée de sang sur fond de ténèbres.

La Lune ne va pas tarder à apparaître derrière la chaîne montagneuse qui borde cette partie du territoire. La silhouette du château du Roi Maudit Korwyn s’accroche désespérément à ses flancs escarpés. Il se dresse, masse d’albâtre majestueuse, symbole de sa puissance passée. Mais vide… Aussi vide que mon cœur…

Seule la Bête est toujours bien présente, sortant à chaque Lune de Sang, aux quatre solstices. Et ce soir, c’est son heure. Et bientôt la mienne.

Alors, j’approche du bétail attaché aux poteaux sacrificiels, laissé là pour satisfaire les appétits insatiables de la Bête. Je prends mon couteau de mes doigts gelés et tranche chaque lien d’un geste décidé. Un coup bref sur le postérieur, et chacun part se réfugier dans la forêt.

Il n’y a plus que moi dans le silence nocturne. Plus que nous.

Mon cher compagnon félin commence à se réveiller, baillant à s’en décrocher la mâchoire. Il s’étire le dos dans un arrondi parfait. Toujours perché sur mon épaule déformée, il commence un brin de toilette, indifférent au monde qui nous entoure.

Et pourtant.

Un premier hurlement bestial retentit. Il parvient à briser son air nonchalant. Mysti se dresse, tendu, pointe ses oreilles en avant, et feule.

-C’est l’heure de nous dire au revoir mon cher Mysti. Va, tu n’as pas à partir avec moi.

Comme s’il comprenait mes paroles chevrotantes, il saute au sol, détale vers la forêt. Disparaît.

Et me voilà seule.

Je regarde le ciel maintenant d’encre, vide de nuages, constellé d’étoiles, nappé de ce rouge scintillant de la Lune de Sang. Le froid est mordant. Je frissonne encore. Mes muscles raides sont engourdis. Courage ma Zyna... C’est bientôt fini...

Un nouvel hurlement. Bestial, profond, plus proche. Bien plus proche.

Mon cœur accélère. Mes mains tremblent un peu plus sur ma canne. Mais mon esprit est clair. Cette vie… Cette si longue vie… de sacrifices, de rejets, d’invisibilité. Elle se termine en beauté.

J’inspire profondément. Le froid brûle mes poumons. Je goûte ces derniers instants.

Derrière le vent, j’entends des branches craquer, des feuillages se froisser. Les sons se rapprochent. C’est gros, précis, implacable.

Puis je les vois. Ces deux billes rouges, incandescentes, tranchantes, à la lisière de la forêt. Et je l’entends. Ce grondement, sourd, dangereux, affamé. Il vibre jusque dans mes poumons.

La Bête…

Elle sort des bois. Étend son ombre grandissante jusqu’à moi. Elle s’approche, lentement, terrifiante. Son souffle brûlant projette sa chaleur vers moi. Ses muscles d’acier se tendent sous son pelage sombre à chaque mouvement. Elle est un mélange hypnotique de la force brute d’un homme et de l’élégance sauvage d’un loup.

Je me sens fébrile. Tant de choses se disent sur la Bête… Elles ne lui rendent pas honneur.

Son regard ardent me fixe, me harponne. Elle s’avance. Agressive. Funeste. Pas après pas. Avec une telle intensité, que le temps semble se figer.

Elle se ramasse. S’apprête à bondir.

Je souris. Mélancolique de cette trop longue vie. C’est enfin terminé... Je vais pouvoir te retrouver…

Et tandis que je ferme les yeux … Il était une fois, dans un royaume sans Roi…




Il était une fois…

Une nouvelle invitation au voyage…

Quelques mots saupoudrés de magie afin de s’évader loin d’ici dans un pays merveilleux de Princes et de Princesses, de Rois et de Reines, de Mages et de Sorcières ou tout autre être fantastique sorti tout droit de notre imaginaire.

Mais ce nouveau récit, ces quelques pages hasardeusement tournées, ne mènent cette fois-ci point vers un pays enchanté à la grande et belle forêt enchantée.

Il n’y a pas de lutins ou de korrigans, de farfadets ou autres fées qui viennent guider vos pas et vos rêves vers une douce et belle contrée.

Cette nouvelle épopée se conte à voix basse, dans le secret des chaumières calfeutrées.

Elle évoque des êtres et des légendes plus sombres aux cœurs meurtris et aux espoirs volés.

Car même si l’histoire débute dans l’allégresse et la gloire, les choix pris dans la peur ont doucement fait glisser la lumière vers l’ombre, la joie vers la douleur, le bonheur vers l’indifférence.


Ici, tout commence dans les lointaines contrées enclavées d’Alvion, il y a fort, fort longtemps, bien avant les âges de cette aventure.

Les chants héroïques murmurent qu’un jeune et fort guerrier parvint à repousser de sa seule bravoure une menace terrible venue du nord par les océans déchaînés.

Combattant des Dieux pour certains, Maître de la Bête pour d’autres, chacun y allait de son histoire et de ses certitudes.

Mais la vérité s’est perdue dans les tréfonds du temps qui passe.

De sa légende, naît un Roi à la jeunesse et beauté éternelle, Maître d’une Bête à la force absolue.

Le Roi sauveur libéra ces terres meurtries par la guerre. Il devint héros d’un peuple désespéré.

Il se conte qu’une Bête était toujours à ses côtés, son arme implacable, son bouclier inébranlable.

Lui était un Roi juste et avisé, aimé et admiré de tous.

Elle était la gardienne des forêts et des frontières, bénie et attendue à chaque rencontre.

Mais les sages diront que de l’éternité naît aussi parfois la tristesse et l’amertume. Et ce qui fut beau et lumineux un temps finit par sombrer inexorablement dans la grisaille des illusions brisées.

L’histoire devint légende, et la légende sombra dans l’oubli.

Le Roi était toujours là, retranché dans son château de lumière et d’albâtre, symbole toujours aussi puissant de pouvoir.

Mais leurs cœurs de chair et de pierre étaient vides, simples réceptacles de fantômes d’une gloire épique du passé.

Quant à la Bête, elle n’était plus que l’ombre dévorante des nuits de Sang, monstre incarné des histoires racontées le soir aux enfants afin qu’ils restent sages.

Malgré tout, la vie continuait comme si de rien n’était, ignorante des tragédies cachées.

Le peuple poursuivait sa route. Il avait oublié la gloire des boucliers fracassés et des épées victorieuses. Il avait occulté la joie simple et sincère d’aimer son souverain.

Il vivait dans l’ombre de son nom sans jamais l’approcher.

Mais surtout, il avançait dans la crainte renouvelée de croiser un jour la Bête déchaînée.


Et c’est ainsi que commence la véritable histoire, celle d’une vieille rejetée, d’une Bête assoiffée et d’un Roi oublié.

Vous sentez-vous prêt ?

Alors… Il était une fois… dans un royaume sans Roi, accablé d’une Bête sauvage, une vieille femme fatiguée qui s’affairait déjà devant ses fourneaux…