Chapitre 1 - Déclaration de guerre
Le médecin de vos rêves les plus fous... s’appelle Louis.
Enfin, la grande chanceuse, c’est Lyia. Entre gaffes, plans cul et fantasmes, notre petite stagiaire va en baver. Alors je vous embête pas plus, c’est parti !
Point de vue Lyia
Putain, comme d’habitude, je suis à la bourre. Ok, deux minutes top chrono. Je résume la situation : je suis stagiaire dans un cabinet médical, sous la surveillance du docteur Delcourt. Vu que j’ai fini première de ma promo l’an dernier, j’ai le privilège d’être la stagiaire du meilleur médecin de France... et le plus beau aussi.
On se croirait dans une romance : je vais arriver en retard et on va tomber amoureux quand je l’aurai percuté. Sauf que le problème, bah c’est que là, c’est la vraie vie. Donc... c’est triste.
Je pousse la porte en retenant mon souffle. Mes mains tremblent légèrement sur la poignette en métal froid. Je lève les yeux. Et là, Seigneur, je fonds comme une glace au soleil. Il est là. Debout, au milieu de son cabinet, une tasse de café à la main. Sa chemise blanche est entrouverte sur les premiers boutons, laissant deviner sa peau mate, ses pectoraux fermes, cette fine ligne de poils sombres qui descend lentement vers son ventre, puis plus bas encore.
Ses cheveux sont légèrement ébouriffés, comme s’il avait passé la main dedans plusieurs fois. Son regard froid, presque métallique, se pose sur moi, me transperce, m’examine.
Mon souffle se bloque. Il s’arrête à quelques centimètres de mon visage. Je sens son parfum, un mélange boisé et musqué, enivrant. Son souffle effleure ma joue.
Il avance encore vers moi. Mon cœur bat fort, un peu trop à son goût, je suppose, vu qu’il me lance une pique :
« Faites un peu moins de bruit ! »
Sa voix est glaciale. Il recule, tourne les talons, se rassoit à son bureau sans un regard de plus. Il se replonge dans ses dossiers comme si je n’existais pas. Je reste figée, debout comme une idiote au milieu de la pièce, les mains ballantes, la bouche entrouverte. Je n’ose pas parler. Ce dieu grec est un putain de connard. Un connard magnifique, certes, mais un connard quand même.
Je toussote, discrètement, essayant d’attirer son attention.
« Excusez-moi, mais... »
« Silence, je bosse », dit-il d’un ton coupant, sec, sans même lever les yeux de ses papiers.
Je ressens un vrai malaise face à Louis. Mes joues s’enflamment. Mes mains deviennent moites. Je tremblais. J’allais me faire virer dès mon premier jour. Mon estomac se noue doucement. Je me sens petite, insignifiante, invisible, comme une fourmi qu’on écrase sans même y penser. Est-ce qu’il me déteste ? Est-ce qu’il teste ma résistance ? Est-ce qu’il est juste comme ça avec tout le monde ?
Une dame entre dans le cabinet. Oh, merci. C’est la dame de l’accueil, une quarantaine d’années, souriante, des rides au coin des yeux. Elle nous regarde, lui qui ne me calcule même pas, absorbé par ses dossiers comme si j’étais transparente, comme si je n’existais pas du tout.
« Oh, tu dois être la nouvelle stagiaire du docteur Delcourt ? »
J’hoche la tête, un peu plus détendue. Enfin quelqu’un de gentil. Enfin quelqu’un qui me parle normalement. Je sens la pression retomber un peu.
« J’en veux pas, qu’elle dégage. »
Non mais je rêve !! Il a vraiment dit ça ? Devant elle ? Devant moi ? La dame de l’accueil me regarde, visiblement gênée. Puis elle se tourne vers lui.
« On en a déjà parlé, Louis... »
Il détourne la tête, comme un gamin qu’on gronde. Un silence pesant s’installe, chargé d’électricité. La dame soupire, me lance un regard compatissant, et sort de la pièce sans ajouter un mot.
Merde. Finalement, je ne sais pas si c’était une bonne idée d’être la meilleure de ma promo. Être première, ça signifie avoir le “privilège” de travailler avec le meilleur... et le plus insupportable.
Bon, qu’importe. Je m’accroche. Je vais me faire toute petite, je vais encaisser, je vais faire mon travail, et dans trois mois, j’aurai mon diplôme et je pourrai me barrer loin de ce connard arrogant. Rien que d’imaginer cette dernière journée, je souris intérieurement.
« Reste pas plantée là. Occupe-toi. »
Sa voix me ramène brutalement à la réalité. Euh... et je dois faire quoi, exactement ? Il n’a rien préparé pour moi. Il ne m’a donné aucune consigne. Aucun planning. Aucun dossier.
« Je dois faire quoi ? »
Il me tend une pile de documents bien triés. Je tends la main pour les prendre, les doigts encore tremblants. Et là, il les jette par terre. D’un geste délibéré, presque théâtral. Les feuilles volent dans l’air une fraction de seconde, puis retombent en désordre sur le sol, se mélangent, se dispersent, glissent sous le bureau, sous la chaise, dans tous les coins de la pièce.
« Oups... Tu dois tout retrier... »
Quel connard. Il sort de son bureau sans un regard, laissant la porte grande ouverte derrière lui. J’entends ses pas s’éloigner dans le couloir, réguliers, froids, indifférents.
Je reste plantée là une longue minute, à regarder le gâchis. Les feuilles blanches éparpillées sur le parquet ciré. Les nombrants lignes, les chiffres, les noms de patients, les ordonnances, les fiches médicales. Tout est mélangé, en vrac. Un vrai chaos.
Puis je me mets à genoux. Je range. Je trie. Je classe. Le temps passe. Les heures défilent. L’ombre du soleil sur le sol se déplace lentement, du mur de gauche au mur de droite. Mes deviennent noires d’encre. Mon dos me lance. Mes bras me brûlent. Mes yeux piquent à force de lire ces noms. Je tousse à cause de la poussière des vieux dossiers. J’ai faim, j’ai soif, j’ai mal partout.
Je passe toute la journée à ranger. Toute la putain de journée.
Vers 16 heures, j’ai enfin fini. Le docteur Delcourt n’est pas revenu. Il n’a pas donné signe de vie. Je n’ose rien faire. Je n’ose pas bouger. Je n’ose pas partir. Je n’ose pas ouvrir la bouche. Je reste là, assise sur la chaise en bois dur, le dos droit, les mains posées sagement sur les genoux, à regarder la porte fermée. À attendre. Comme une idiote.
Mais je ne bouge pas.
Je ne sais pas pourquoi. Peut-être par peur de lui. Peut-être par défi envers lui. Peut-être parce qu’au fond, malgré tout ce qu’il m’a fait aujourd’hui, il y a quelque chose chez lui. Ce regard. Cette voix. Ce parfum. Cette main qui a jeté les papiers par terre.
Je sors enfin dehors, hors de son cabinet, la tête baissée, le souffle court, les joues encore rouges. La lumière du couloir me paraît soudain trop vive après toutes ces heures enfermée dans cette pièce froide et oppressante. Mes jambes tremblent encore un peu. Mes mains aussi. Mon cœur bat encore trop vite. Je n’ose pas me retourner. J’ai juste envie de partir, de fuir, d’oublier cette journée de merde, d’effacer l’image de ce connard arrogant de mes pensées.
« Mademoiselle, l’hôpital n’est pas ouvert aux visiteurs. »
Je me retourne brusquement, surprise par cette voix douce, presque apaisante, qui contraste tellement avec ce que je viens de vivre depuis ce matin. Un homme. La trentaine, en blouse blanche immaculée qui lui va comme une seconde peau, les cheveux bruns un peu en bataille, un sourire doux aux lèvres. Il a des yeux clairs, presque transparents, et une façon de se tenir qui inspire confiance. Il dégage une chaleur humaine que Louis n’a visiblement pas.
Je m’empresse de répondre, la voix encore un peu tremblante, mal assurée, mes mots s’entrechoquent presque.
« Je suis la stagiaire du docteur Delcourt. »
Ses sourcils se lèvent, un étonnement sincère se lit sur son visage. Il me détaille un instant, comme s’il n’en revenait pas.
« Je ne pensais pas... qu’il en prenait... »
« Maintenant tu le sais. »
Une voix glaciale. Cinglante. Dans mon dos. Je sursaute. Le docteur Delcourt apparaît derrière moi, sorti de nulle part, marchant à pas rapides et décidés, son regard froid balayant l’homme en blouse blanche comme s’il le défiait personnellement. Il ne me regarde même pas, pas une seconde, pas un cillement. Il fixe l’autre, les mâchoires serrées, les poings légèrement crispés. Ses yeux lancent des éclairs.
Je baisse les yeux, mal à l’aise, prise entre deux feux comme une proie coincée entre deux prédateurs. L’homme en blouse, lui, ne cille pas. Il soutient son regard, impassible, presque amusé, un petit sourire en coin flottant sur ses lèvres.
« Hum, je ne veux surtout pas vous déranger, mais... » dis je...
« Rien qu’entendre ta voix me dérange... »
La réplique est sèche, violente, chargée de haine contenue depuis des années. L’air devient électrique, chargé de tension. Je suis à deux doigts de lui tendre mon majeur dans sa belle gueule. Mais je me retiens. Parce que c’est mon patron. Parce que j’ai besoin de ce stage. Parce que je veux mon diplôme.
L’homme en blouse blanche, Léandro, ne se démonte pas. Il garde son calme, sa douceur, ce sourire un peu moqueur.
« Excuse-le, ma belle. Il aime juste être seul. Mais si tu veux... tu peux passer avec moi pour ton stage. J’ai besoin d’une assistante compétente. Et toi, t’as l’air compétente. »
Il me fait un clin d’œil. Je souris malgré moi, un sourire timide qui me réchauffe les joues. Il a l’air vraiment gentil. Et plutôt mignon, en plus. Cette douceur, cette bienveillance, cette façon qu’il a de me regarder sans me juger, sans me mépriser. Et il croit en ma compétence, lui. Même sans me connaître.
« Non, pas la peine, Léandro. Dégage. »
Ils se fixent. Un silence. Une guerre froide. Puis Louis me prend brusquement par la main, sa paume est chaude, presque brûlante, ses doigts se referment sur mon poignet comme un étau. Il m’entraîne sans ménagement vers son bureau, la porte claque derrière nous, le bruit résonne dans tout le couloir, violent, définitif.
« Ne l’approche plus jamais. C’est clair ? »
Sa voix est dure, autoritaire, presque blessée. Il ne crie pas, mais c’est pire que s’il criait. C’est un ordre. Une sentence. Une menace.
« Et pourquoi ? »
Je sens sa colère monter. Mais je ne me défile pas. Pas cette fois. Je le regarde droit dans les yeux, le menton relevé, le cœur battant mais la tête froide. J’ai déjà subi trop d’humiliations aujourd’hui. Je ne vais pas en rajouter une couche.
« Parce que JE NE L’AIME PAS. »
Il hurle presque. Ses poings se serrent sur son bureau, ses jointures blanchissent, ses mâchoires se crispent au point que je crains qu’il ne se casse une dent. Ses yeux brillent d’une rage qu’il peine à contenir, une rage qui lui vient de quelque chose de plus profond que moi, que Léandro, que tout ça.
« Je... »
Il passe sa main dans ses cheveux, agité, nerveux, incapable de garder son calme. Son beau visage habituellement impassible, froid, parfaitement lisse, est déformé par une émotion que je ne lui connais pas. De la jalousie ? De la peur ? De la colère rentrée ?
« Dégage. J’ai besoin de me détendre. Et appelle Hélène pour qu’elle vienne me sucer. »
Quoi ?
Je reste figée, bouche bée, les yeux écarquillés. Appeler qui ? Pour faire quoi ? C’est qui, cette Hélène ? Une pute qu’il appelle à son secours ? Une autre stagiaire qu’il martyrise ? Sa main se crispe sur la poignée de la porte. Il ne me regarde même plus. Je suis déjà invisible à ses yeux.
Je ne sais pas si je dois rester, partir, lui répondre, lui envoyer mon poing dans la figure. Mon cœur s’emballe. Ma gorge se serre. Mes mains tremblent.
Je...