Sinfonia per un Sogno

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Summary

Il est sa muse, l'instrument avec lequel elle compose. Son nom est une note suprême, son visage un son éternel, son sourire un orchestre de rêves. Pour créer, il lui suffit de penser. Penser, penser, penser… Penser pour créer, composer, interpréter, jouer…

Status
Complete
Chapters
4
Rating
4.0 1 review
Age Rating
13+

Berceuse attraverso il Crescendo

À mesure que le soir se pare de noir, se fondant dans les ténèbres, les étoiles et la lune se dévoilent lentement. Assise sur la falaise, son carnet posé sur les genoux, elle se laisse envoûter par une mélodie murmurée entre ses lèvres. Suivant les notes une à une, son crayon danse doucement au rythme sur les pages, donnant naissance à une nouvelle symphonie. Au loin, elle perçoit comme le son d’un violon, instantanément source d’inspiration.

Do, Ré, Mi, Fa.

À présent, rien d’autre n’a d’importance alors qu’elle fredonne cette mélodie incessante, accompagnant de sa voix la mer et le violon imaginaire. La présence à ses côtés, celle qui fait vibrer cet instrument, c’est lui. Il est sa muse, l’instrument avec lequel elle compose. Son nom est une note suprême, son visage un son éternel, son sourire un orchestre de rêves. Pour créer, il lui suffit de penser. Penser à ses baisers, pareils au goût d’une pêche en plein hiver, à la fois glacés et sucrés. Penser à ses caresses, douces et légères comme la plume d’une colombe. Penser, penser, penser... Penser pour créer, composer, interpréter, jouer... Le son de sa voix lui disant qu’il l’aime. L’éclat dans ses yeux lorsqu’il rit, lorsqu’il sourit. La teinte de ses joues lorsqu’il rougit. Elle oublie tout lorsque ses doigts effleurent les cordes de son violon, jouant la pièce qu’elle a composée spécialement pour lui, cette musique unique pour ce talent unique de violoniste. Imaginant qu’il joue à ses côtés en cet instant précis, elle siffle, fredonne et marque chaque consonance de la mélodie qu’elle est en train de composer, de cette symphonie qui sera un jour terminée.

Les vagues s’écrasent contre les rochers, les portées défilent sans cesse. Le temps s’écoule, les aiguilles de l’horloge continuent de tourner, et elle demeure là, immobile, se laissant inspirer par sa muse toute proche. La musique devient soudainement limpide, aussi claire que le ciel au-dessus d’elle. Une romance toujours en répétition, telle les battements d’un cœur amoureux. Martelant sa poitrine avec une régularité et une intensité constantes. Puis, tout à coup, tout change, la musique prend une autre forme, celle d’un cœur meurtri ayant perdu l’amour. Battant rapidement, déchirant tout sur son passage avec un cri empreint de colère. Et encore une fois, la musique change de rythme. Similaire à celui d’un cœur en deuil, pleurant l’amour et submergé de tristesse. Il bat si lentement qu’on pourrait le croire éteint.

Un silence symbolique s’abat sur la falaise, en hommage au deuil de ce cœur ébranlé. La mer cesse de s’agiter, le vent cesse de souffler, le violoniste lève son archet, et la voix cesse de fredonner. Avec rage, elle essuie ses yeux fatigués et reprend sa symphonie inachevée. Elle imagine d’autres souvenirs, conscients qu’ils sont l’élément crucial qui lui manque. Elle rêve des matins où il faisait glisser ses doigts dans ses cheveux pour la réveiller. Lorsqu’il répondait distraitement« Oui, ma chérie » parce qu’il était préoccupé. Les soirs d’orage, lorsqu’il la prenait dans ses bras en murmurant : « Ce n’est rien, mon ange ». Un doux rire s’échappe d’elle, elle repose délicatement la pointe de son crayon sur son carnet et reprend le fil de ses pensées. La muse continue de jouer, toujours plus rapidement, toujours plus intensément, berçant la nuit et la jeune fille sur une note joyeuse et optimiste. Tous ces surnoms stupides dont il l’affublait, et qui l’agacait. Sa manière de tiquer lorsqu’elle disait qu’il était mauvais. Son odeur, l’odeur de la cannelle sous les fleurs de cerisier.

Les souvenirs heureux se dévoilent, lui permettant d’écrire quelques dernières notes de musique. Maintenant, le soleil se lève, la falaise perd de son charme, le violoniste s’éloigne et l’inspiration s’éteint. Elle se met en marche, faisant de grandes enjambées. La création de sa symphonie reprendra à la tombée de la nuit, lorsque sa muse reviendra et que, telle une fleur de lune, son inspiration éclora.