La Trahison et l'Ombre
PROLOGUE
HAVEN MONROE
Le claquement de mes talons résonne dans l’appartement vide alors que je termine la visite. Mes clients hochent la tête avec satisfaction, échangeant des regards. Une poignée de main, quelques mots polis, et ils s’éloignent enfin.
Une fois seule, je pousse un soupir et m’appuie contre le chambranle de la porte, exténuée. J’attrape mon téléphone et envoie un message à Carlson. Rien de bien compliqué, juste un “Salut mon cœur, comment s’est passée ta journée ? Tu finis tard ? Je t’aime.” Puis, j’attends.
Une minute passe. Puis deux. Puis dix. Toujours rien.
Je fronce les sourcils, mais ne m’en formalise pas. Carlson a un travail prenant, ça arrive qu’il soit occupé.
Je termine ma paperasse un peu plus tard que prévu, range mes affaires et, en voyant que mon téléphone est toujours muet, je décide d’aller le chercher directement à son travail. Après tout, c’est mon fiancé, je peux bien lui faire une surprise, non ?
Sur le trajet, mes pensées dérivent vers un sujet bien plus important : Qu’est-ce que je vais manger ce soir ? Une pâtisserie ? Un burger bien gras ? Ou alors...
Mon estomac grogne en même temps que j’arrive devant l’immeuble où travaille Carlson. Je coupe le moteur et décide d’attendre dans la voiture. Depuis deux mois, il rentre tard, toujours fatigué, toujours préoccupé. Je me demande combien de temps il prendra cette fois-ci.
Un éclat de rire me fait tourner la tête. À quelques mètres, Carlson sort enfin du bâtiment... mais il n’est pas seul. Une femme l’accompagne.
Je m’apprête à l’appeler, juste pour voir s’il décroche. Mais avant même que mon doigt n’effleure l’écran, mon monde s’écroule. Carlson se penche vers sa collègue. Son sourire est tendre, ses gestes sont fluides, naturels. Et sous mes yeux ébahis, il l’embrasse.
Je cligne des yeux. Une fois. Deux fois.
Non. Impossible.
Je sens mon cœur battre dans mes tempes alors qu’il ouvre la portière de sa voiture pour la laisser monter. Il plaisante, il rit. Il la regarde comme... comme il me regardait avant.
Sans réfléchir, je démarre et me mets à le suivre.
Une demi-heure plus tard, ma voiture est garée bien plus loin, à l’abri des regards. Carlson, lui, se tient devant un hôtel. Il rit avec sa maîtresse avant de franchir l’entrée à ses côtés.
Je descends de ma voiture, l’adrénaline bouillonnant dans mes veines. Mes talons frappent le sol plus fort que je ne le voudrais, mais je me faufile tout de même à leur suite, me cachant dès que nécessaire.
Puis je les vois, dans ce couloir d’hôtel mal éclairé. Ils ne prennent même pas la peine d’attendre d’être dans leur chambre. Ils s’embrassent à pleine bouche, avidement, comme s’ils n’avaient pas une seconde à perdre.
La nausée me prend. Une gifle aurait moins fait mal. Pourtant, je refuse de verser une larme. Pas pour lui. Pas pour cet homme qui prétendait m’aimer.
Je tourne les talons et quitte l’hôtel, le cœur en miettes mais le regard sec. Dehors, la nuit est fraîche et l’air me pique la peau. Je marche lentement vers ma voiture, tentant de calmer cette rage sourde qui menace d’exploser.
Soudain, mon instinct me hurle de courir.
Un fourgon noir s’arrête brusquement à quelques mètres de moi. La portière coulisse dans un grincement métallique et un homme cagoulé en descend.
Mauvais. Très mauvais.
Je pivote sur mes talons et me mets à courir aussi vite que possible, mais une jupe tailleur et des talons hauts ne sont pas vraiment des alliés dans ce genre de situation. L’homme gagne rapidement du terrain. Sa main effleure presque mon bras. Au dernier instant, je me retourne et lui décoche un violent coup de poing en plein visage.
Il titube, visiblement surpris. Je ne lui laisse pas le temps de reprendre ses esprits et lui assène un coup de sac à main. Puis un deuxième.
Il grogne de douleur. Sans lui laisser le moindre répit, je sors aussitôt ma matraque électrique et la plaque contre son flanc. Un éclair crépite, aussitôt suivi d’un cri déchirant. Son corps se raidit avant de s’effondrer lourdement sur le bitume.
Je ne prends même pas le temps de vérifier s’il est encore conscient. Une seule chose compte désormais : fuir. Alors, je me remets à courir sans me retourner, le souffle court, le cœur battant à tout rompre tandis que l’adrénaline brûle encore chacune de mes veines.
CHAPITRE 1
HAVEN MONROE
Mes doigts tremblants s’accrochent à mes clés tandis que j’atteins enfin ma voiture. Je n’ose pas regarder derrière moi, pas même une fraction de seconde. Mon cœur tambourine contre ma poitrine, mais je garde la tête haute, feignant un calme que je suis loin de ressentir.
Une fois à l’intérieur, je verrouille immédiatement les portières et démarre en trombe. J’espère que l’homme est toujours au sol, qu’il ne s’est pas relevé, qu’il n’a pas eu le temps d’appeler des renforts.
L’adrénaline me fait appuyer un peu trop fort sur l’accélérateur. Je quitte la ruelle sombre et me dirige vers un quartier résidentiel, faisant des détours inutiles, tournant encore et encore dans les rues éclairées, observant dans le rétroviseur à la recherche d’un véhicule suspect.
Rien.
Mais mon esprit, lui, refuse de se calmer.
Est-ce encore les dealers de Russell ?
Je passe une main nerveuse dans mes cheveux. La dernière fois, j’avais réussi à rembourser ce qu’il devait, et je pensais en avoir fini avec eux. Mais si c’était autre chose ? Si Russell avait de nouveau replongé dans ses fichus jeux d’argent ?
La colère et l’inquiétude s’emmêlent dans mon ventre.
Il a recommencé ? Il leur doit encore de l’argent ?
Je souffle longuement en essayant de chasser ces pensées, gardant les yeux rivés sur la route. Je continue à rouler sans but précis, m’assurant que personne ne me suit. Trente minutes à tourner en rond... ça devrait suffire.
Je prends la direction de chez moi.
Une seule chose m’obsède désormais : Un bon verre de whisky accompagné d’un paquet de bonbon.
Quand j’arrive devant ma maison, je coupe le moteur et laisse ma tête retomber contre l’appuie-tête. Mon corps est en tension, mon esprit en vrac.
Mais soudain, une sensation étrange me traverse.
Quelque chose cloche.








