Chapitre 1après maman
Je me souviens encore du jour où ma mère est morte.
Je me souviens de tout.
De la pluie qui frappait les fenêtres. De l'odeur des fleurs dans le salon. Des adultes qui parlaient à voix basse, comme si parler trop fort pouvait la réveiller.
Mais elle ne s'est jamais réveillée.
J'avais l'impression que le monde s'était arrêté ce jour-là.
Ma mère était la seule personne qui me donnait l'impression d'avoir une place quelque part. Avec elle, je n'avais jamais eu besoin de faire semblant d'être forte.
Après sa mort, tout a changé.
Mon père n'était plus le même homme.
Au début, je pensais qu'il était simplement bouleversé par la perte de sa femme. Je l'observais souvent assis seul dans son bureau, le regard perdu devant les documents qu'il ne lisait même pas.
Je voulais lui parler.
Je voulais qu'il me prenne dans ses bras et me dise que nous allions nous en sortir.
Mais il ne l'a jamais fait.
Je voulais qu'il me prenne dans ses bras et me dise que nous allions nous en sortir.
Mais il ne l'a jamais fait.
Quelques mois après les funérailles, il est rentré à la maison accompagné d'une femme.
Je me rappelle encore la première fois que je l'ai vue.
Elle portait une élégante robe et avançait dans notre maison comme si elle la connaissait depuis toujours.
À côté d'elle se tenait une jeune fille.
Mon père les regarda toutes les deux avant de prononcer ces quelques mots qui allaient changer ma vie.
— Élise, je te présente Marianne. Et voici Clara.
Je regardai Clara.
Puis Marianne.
Puis mon père.
Je n'avais pas besoin d'explications.
J'avais compris.
Clara était sa fille.
Sa fille illégitime.
La fille qu'il avait eue alors que ma mère était encore en vie.
Je ne savais pas quoi dire.
Je ne savais même pas quoi ressentir.
De la colère ?
De la tristesse ?
Du dégoût ?
Tout se mélangeait en moi.
Mais devant mon père, je ne montrai rien.
— Bonjour, dis-je simplement.
Marianne me sourit.
Un sourire qui semblait chaleureux, mais que je compris plus tard être complètement faux.
À partir de ce jour, ma maison ne fut plus vraiment ma maison.
Marianne prit progressivement la place de ma mère.
Clara prit la mienne.
Et mon père les laissa faire.
Au début, je pensais qu'il finirait par remarquer ce qui se passait.
Je pensais qu'il verrait mes efforts.
Que, malgré tout, je restais sa fille.
Mais je me trompais.
Chaque fois qu'une dispute éclatait, c'était moi qu'il accusait.
Chaque fois que Clara se plaignait, c'était moi qu'on réprimandait.
Alors j'ai appris à me taire.
J'ai appris à ne plus répondre.
À cacher mes larmes.
À sourire lorsque j'avais envie de pleurer.
Les années ont passé ainsi.
Et plus je grandissais, plus je comprenais que personne ne viendrait me sauver.
Puis un soir, mon père me fit appeler dans son bureau.
Je savais que quelque chose n'allait pas.
Marianne était assise près de lui.
Je restai debout devant son bureau.
— Tu m'as fait appeler ?
Mon père leva les yeux vers moi.
— Oui. Assieds-toi.
Je m'exécutai.
Il resta silencieux quelques secondes avant de parler.
— Nous avons trouvé un arrangement pour ton avenir.
Je fronçai légèrement les sourcils.
— Quel arrangement ?
Il me regarda droit dans les yeux.
— Tu vas te marier.
Mon cœur s'arrêta presque.
— Quoi ?
— Tu vas épouser Julien.
Je connaissais son nom.
Tout le monde le connaissait.
Julien était le fils d'une famille puissante. Je savais qu'il était sérieux, ambitieux et qu'il avait beaucoup de responsabilités.
Mais je ne l'avais jamais réellement rencontré.
— Je ne veux pas me marier, dis-je.
Mon père ne répondit pas immédiatement.
— Ce mariage est important pour notre famille.
Je baissai les yeux.
Bien sûr.
Encore une fois, il ne parlait pas de moi.
Il parlait de la famille.
De son image.
De ses intérêts.
Jamais de ce que je voulais.
Je relevai lentement la tête.
— Et si je refuse ?
Son visage se ferma.
— Tu ne refuseras pas.
Je sentis mes doigts trembler.
Pendant quelques secondes, j'eus envie de crier.
De lui demander pourquoi il avait toujours été aussi indifférent à mon égard.
De lui demander pourquoi il avait laissé une autre femme prendre la place de ma mère.
Pourquoi il m'avait laissée souffrir pendant toutes ces années.
Mais aucun mot ne sortit de ma bouche.
Comme toujours.
Je me levai.
— D'accord.
Mon père parut surpris.
Peut-être s'attendait-il à ce que je me débatte.
Mais je n'en avais plus la force.
Je quittai son bureau et refermai doucement la porte derrière moi.
Dans le couloir, je m'arrêtai devant le portrait de ma mère.
Je le regardai longtemps.
Elle me souriait sur cette photographie.
Un sourire que je n'avais jamais oublié.
Je posai ma main sur le cadre.