Chapitre 1
10 Septembre 2187, île Terre-Neuve, Canada, académie BlackEagle.
Le froid était déjà mordant dans cet endroit, la peau de mon visage et de mes mains étaient rouges et presque douloureuses. Je n’avais aucune envie de venir ici mais mon père ne m’a pas laissé le choix. Alors, j’attendais, seule, immobile devant cette immense grille. Derrière celle-ci, une nouvelle vie m'attendait et elle ne ressemblerait en rien à tout ce que j'avais connu jusqu'ici...
Il paraît qu’avant, la terre était recouverte d’humains, plus de dix milliards de personnes en 2060 et qu’ils avaient fini par la laisser dans un sale état. Mon père dit que la planète s’est vengée en multipliant les catastrophes climatiques et en créant des virus mortels qui décimèrent très sérieusement la population mondiale, épidémie après épidémie.
Nous ne sommes plus que 24 millions réparties dans les régions encore vivables, celles qui n’étaient pas devenues complètement désertiques, comme celle dans laquelle je venais d’arriver. Il paraît que la situation de la terre s’améliore maintenant qu’il y a peu d’humains, elle se refait une santé lentement et sûrement, laissant de l’espoir aux générations futures.
Mais voilà, les survivants de ces épidémies se mirent à donner naissance à des enfants avec des dons ou des malédictions, selon la façon dont on voyait la chose. Pas tout le monde, loin de là, seulement 0,5 % des naissances, d’après le gouvernement. Alors ils ont créé des universités pour les prendre en charge, comme celle devant laquelle je me trouvais. Les “symptômes” n’apparaissant que vers 18 ans, on pouvait au moins vivre une enfance normale avant ça !
Je m’appelle Althea, Théa pour mes proches. Cet été, mon père s’est sérieusement blessé avec un outil et quand j’ai appuyé sur sa plaie pour ralentir l’hémorragie, j’ai eu la surprise de découvrir que je l’aidais à cicatriser. Il n’avait même pas eu besoin de voir un médecin, en deux jours, la blessure, pourtant profonde, était devenue complètement invisible.
Donc voilà, c’était un beau don, qui pouvait aider les autres, certes, mais je trouvais ça un peu frustrant de ne pas avoir hérité quelque chose de plus fun comme la télékinésie ou le contrôle du feu. Le gouvernement pense que nous allons rendre l’humanité plus forte et que nous devons apprendre à utiliser et développer nos spécialités.
Un homme m’avait récupéré à la descente du bateau et il m’avait conduit jusqu’ici, il m’avait dit d’attendre devant la grille, que quelqu’un allait venir me chercher et était aussitôt reparti.
J’avais froid et j’étais inquiète de ce que j’allais découvrir. J’observais le manoir niché sur une montagne, il semblait lugubre. La brume, présente partout, écrasait le paysage, elle n’aidait pas à rendre l’atmosphère moins glauque. Elle donnait une impression étouffante et fantasmagorique à cette île.
« Althea Denisa ? » demanda une voix forte de l’autre côté de la grille.
D’où vient-il ? Je ne l’ai même pas entendu s’approcher !
« Oui, c’est moi. » répondis-je et la grille s’ouvra lentement en couinant de façon effrayante.
« Suivez-moi ! » ordonna le grand homme chauve avec un long manteau noir en attrapant ma valise.
Nous arpentons une longue allée sinueuse et escarpée qui nous mena jusqu'au manoir. En entrant à l'intérieur, j’écarquillai les yeux, c’était incroyable ! Je n’avais jamais vu ça ! Le contraste entre l’image lugubre de l’extérieur et la beauté de l’intérieur était saisissant. Il y avait des lumières qui scintillaient et réchauffaient chaque recoin de cet endroit immense.
Je regardai le parquet brillant sous mes pieds quand je vis deux grandes boots se rapprocher.
« Encore une nouvelle petite idiote qui se croit unique et privilégiée, faut pas écouter les conneries du gouvernement, ma jolie, ils veulent juste nous cloîtrer dans ces endroits paumés parce qu’ils ont peur de nous ! »
Je relevai la tête et croisai des yeux étranges, de la couleur de l’ambre, brillant, scintillant, c’était forcément lié à son don, j’étais bien curieuse de connaître la particularité qui lui donnait ces yeux-là. C’était un très beau mec, cheveux bruns, grand, costaud mais son attitude semblait arrogante et supérieure. Je n’aimais pas les gens qui croyaient sortir du lot. Après tout, on était tous dans la même galère, non ?
« Cyrus, arrête de monter la tête des autres élèves avec tes idées ! »
« Bienvenue chez les tarés, jolie fille ! J’espère que ta nouvelle cage dorée te plaira, parce que tu n’es pas prête de ressortir d’ici !» me dit-il avec un sourire insolent avant de partir.
« Sympa comme accueil ! » dis-je à voix haute.
« Ils ne sont pas tous comme ça, heureusement ! Ah, voilà celle que je cherchais. Marina ! » appela-t-il et une jolie blonde platine aux yeux bleus océan s’approcha.
« C’est ta nouvelle coloc, je te laisse lui faire le tour du propriétaire. Je vais déposer sa valise et au besoin, Althéa, je suis dans mon bureau, au rez-de-chaussée, porte à gauche au fond du couloir. »
« C’est noté, merci. » lui répondis-je avant qu’il ne s’éloigne.
Marina attrapa mon bras amicalement et m’entraîna pour une visite des lieux. Tous les regards se braquaient sur nous ou plutôt sur moi à chaque fois que nous entrions dans une pièce. C’était déstabilisant mais j’essayai de les ignorer.
La bibliothèque était immense, elle contenait des tonnes de livres, tout le mobilier était en bois, l’odeur du papier et du bois était incroyablement réconfortante et je savais déjà que j’allais passer beaucoup de temps dans cet endroit.
Mon regard fut attiré par un étudiant qui semblait plongé dans une lecture passionnante, il ne leva la tête que lorsque nous passions à côté de lui, son beau visage encadré par des cheveux châtains foncés mi-long et ses yeux bleus clairs m’inspirèrent immédiatement confiance. Il me sourit chaleureusement avant d’interpeller ma coloc.
« Marina, tu me présentes ? »
« Oh, euh…oui, si tu veux ! Althéa, voici Ugo, qui d’habitude s’intéresse plus aux livres qu’aux gens mais bon ! Je vous laisse cinq minutes. Je dois parler à Tina. »
« Assieds-toi. » me proposa-t-il dès que nous nous retrouvons tous les deux.
J’étais assise face à lui, un peu intimidée par la façon dont il me regardait.
« Alors Althéa, tu es une guérisseuse, n’est-ce pas ? »
« Comment sais-tu ça ? » m’étonnai-je.
« C’est la signification de ton prénom. J’ai lu plusieurs études sur le sujet et apparemment, pas tout le temps, mais souvent les parents d’enfants “spéciaux” donnent un prénom en relation avec leur futur don, sans même savoir que leur enfant en développera un plus tard. Les chercheurs n’arrivent pas à comprendre ce phénomène scientifiquement. Je trouve ça passionnant ! »
« Wow, je n’avais jamais entendu parler de ça et je ne savais même pas que c’était la signification de mon nom ! Alors est-ce que ce phénomène te concerne aussi, Ugo ? »
« Eh bien, oui, mon nom signifie esprit, intelligence ou pensée donc c’est plutôt bien ciblé puisque mon don est d’être extrêmement intelligent, désolé si ça fait vantard mais c’est la vérité ! »
Je ris de son honnêteté et en voyant Marina revenir, je me levai pour la rejoindre.
« Je t’aime bien, Ugo. Ravi de t’avoir parlé ! » lui dis-je.
« J’espère qu’on pourra réitérer l’expérience parce que je n’aime pas discuter avec les gens en général, alors tu es une très belle exception. »
Je lui fis un grand sourire avant de partir. En me retournant une fois, je le vis me suivre des yeux comme si je l’avais intriguée. Je ne voyais pas ce qu’un séduisant jeune homme aussi intelligent que lui pouvait bien me trouver…








