Prologue
Cela fait plus d’un an que la paix s’est éteinte au profit de la guerre.
Une guerre à laquelle nous, les humains, n’étions absolument pas préparés.
Du jour au lendemain, ils se sont abattus sur nous. Des hordes de démons surgies de nulle part, qui ont envahi nos villes, nos maisons, nos vies. Ils sont arrivés et ont tout pris, tout ravagé sur leur passage.
Imaginez une invasion menée par des êtres qu’aucun mot ne semble capable de décrire. Un peuple entier composé de créatures aussi nombreuses que variées, dont certaines avaient des membres, des visages ou des particularités physiques que nous n’aurions jamais pu imaginer.
Les premiers humains à les rencontrer avaient parfois cru à des déguisements particulièrement bien réussis.
Ils n’avaient pas eu le temps de comprendre leur erreur.
Certains avaient été éventrés, démembrés ou dévorés. Les démons ne faisaient preuve d’aucune pitié et, le temps que la Terre comprenne ce qui lui arrivait, s’organise et mobilise ses forces, des milliers de vies avaient déjà été perdues.
Lorsque les attaques atteignirent la France, quelques semaines plus tard, nous savions déjà ce qui nous attendait.
Mes parents sont morts six mois après le début de la guerre, le 21 octobre 1936 lors de la seconde vague.
Depuis, je suis seule au monde.
Le bureau journalistique pour lequel je travaillais a tenté de maintenir son activité aussi longtemps que possible. Tout le monde voulait comprendre ce qui se passait. Nous recevions des témoignages de villes entières détruites en quelques heures, des photographies de créatures dont personne n’aurait cru l’existence quelques mois auparavant, des informations contradictoires venues des quatre coins du pays.
Puis le gérant a été décapité dans son bureau par une espèce d’insecte géant dont les quatre membres se terminaient par de longues lames.
Le journal a fermé peu après.
L’état d’alerte général a été décrété et la panique s’est installée. Des camps militaires regroupant les populations civiles ont été mis en place aux quatre coins du pays.
J’ai erré de camp en camp pendant des mois, sans vraiment savoir où aller.
Aujourd’hui, je me trouve dans l’un de ceux du sud de la France.
Je travaille aux cuisines, comme beaucoup d’autres. Nous préparons de quoi nourrir les centaines de personnes entassées derrière les hautes grilles du camp.
Je ne sais plus vraiment ce que j’attends.
Peut-être que je me suis simplement habituée à attendre.
L’alarme se déclenche.
Personne ne réagit.
Au début, chaque sirène faisait courir tout le monde. Maintenant, nous avons appris à vivre avec le bruit. Il y a toujours une alarme quelque part. Une attaque quelque part. Une ville qui tombe quelque part.
Alors je continue ce que je suis en train de faire.
Jusqu’à ce qu’un vacarme fracassant retentisse derrière moi.
Je n’ai pas le temps de me retourner.
Une douleur fulgurante me traverse le crâne.
Le sol se dérobe sous mes pieds.
Mon corps s’effondre.
Et juste avant que le noir ne m’engloutisse, j’aperçois une multitude de jambes, de pattes et de tentacules envahir la pièce.








