Le prince disparu

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Summary

Il y a environ une dizaine d’années, un jeune prince, héritier du trône de Sikoo, disparaissait sans laisser de trace. Toutes les pistes furent étudiées, mais le mystère de sa disparition ne fut jamais résolu. Il n’y avait plus aucun espoir de le retrouver…. Jusqu’à ce qu’un torque en or lui appartenant soit découvert, dissimulé chez un mage aux intentions douteuses. Et c’est à moi que l’Oracle a confié la mission de retrouver ce prince. Sauf que voilà contrairement à ma sœur Liv, je ne suis ni une sorcière puissante, ni une guerrière chevronnée. Je suis juste moi, Eira. Et je crois que pour la première fois de sa vie, l’Oracle s’est trompée

Status
Complete
Chapters
24
Rating
4.9 23 reviews
Age Rating
18+

Sikoo

Chers lecteurs,

Je vous invite à suivre Eira, sœur de Liv.

Sa mission : Retrouver Krig, le prince héritier de Sikoo, disparu mystérieusement il y a une dizaine d’années.

Au programme de cette histoire : de l’amour, de l’aventure et une fin heureuse bien sûr !!

Nous allons retrouver plusieurs personnages de mon histoire précédente : L’émissaire de Sikoo.

Je vous propose donc d’y jeter un œil avant de commencer celle-ci.

Cette histoire participe au concours d’écriture : La Magie de l’Hiver. Alors si elle vous plaît, n’hésitez pas à mettre un j’aime, à commenter et/ou à mettre des émojis!

Merci et bonne lecture !



POV Eira

« Alors que le premier flocon tombait, on l’entendait chuchoter les secrets d’un conte hivernal prêt à commencer. »

Ici à Sikoo, c’est comme ça que commencent toutes les histoires que l’on raconte aux enfants avant qu'ils ne s'endorment.

Sikoo, la terre de glace. On l’appelle parfois le pays des neiges ou le pays des glaces. Chez nous, l’hiver règne en permanence. Nous n’avons pas d’étés. Juste une saison un peu moins froide, pendant laquelle les journées sont plus longues et plus ensoleillées. Mais ici, la neige ne fond jamais.

J’adore ma terre. Toutes ces étendues d’un blanc immaculé, rien n’est plus beau.

Nous revenons tout juste de Djoda, capitale du royaume de Jahanama, la Terre de Feu. C’est là que se trouve ma sœur Liv, émissaire de Sikoo dont l’histoire a déjà été contée.

Le soleil est déjà bas sur l’horizon. Mais la journée n’est pas finie. Mon père Jolan a demandé une audience au roi de Sikoo, Suve. Cela concerne son fils Krig qui a disparu il y a une dizaine d’années. Il avait quinze ans lors de sa disparition. Personne ne sait où il est passé, ni ce qu’il est devenu. Il s’est tout simplement évaporé. Il venait de terminer son entrainement de tir à l’arc. Mais il n’est jamais arrivé chez lui. Sa disparition a marqué les esprits. Ce jour-là au lieu de rentrer avec ses amis comme à son habitude, il leur a dit qu’il devait faire une course et qu’il les rejoindrait plus tard. Personne ne s’est inquiété. Sikoo est une terre paisible, rien ne s’y passe jamais. Quand au bout de plusieurs heures il n’était toujours pas rentré, tout le pays s’est mis à le chercher. Mais rien, pas une trace. Personne ne l’avait vu et personne ne savait rien.

Les semaines se sont succédé, puis les mois et les années sans que l’on ne sache ce qui lui était arrivé. Plusieurs hypothèses ont été émises, une attaque de karhus ou autre bête sauvage, fugue, accident… Mais des traces auraient dû être retrouvées, ce ne fut pas le cas.

Dix ans plus tard, une piste apparaît enfin. Un torque en or est retrouvé dans les affaires d’un mage perfide nommé Shango. Malheureusement ce dernier n’est plus là pour en parler.

Ce torque est la première piste que nous ayons depuis la disparition du prince il y a dix ans.

C’est pourquoi il est important d’en parler au roi. C’est lui qui décidera de la marche à suivre.

Ma mère est fatiguée de son voyage alors je décide d’accompagner mon père lors de son audience avec le couple royal.

Une fois au palais, des gardes nous guident vers le bureau dans lequel nous attendent le roi Suve et son épouse Reeni.

Notre peuple est un peuple à la fois pacifique et humble. Il en va de même pour le roi et son épouse qui sont donc des gens très simples.

Nous nous asseyons tous les quatre dans des fauteuils et c’est la reine elle-même qui nous sert des rafraichissements. Il n’y a de toutes manières pas de servantes présentes, mon père ayant indiqué au roi qu’il souhaitait leur parler dans la plus stricte intimité.

C’est le roi qui parle en premier. Il félicite mon père pour l’union de ma sœur Liv avec le roi Jaali et nous demande l’objet de notre visite. Mon père de son côté s’excuse pour l’absence de ma mère, puis sans perdre plus de temps, sort de sa poche le torque, enlève le morceau de tissu qui l’entoure et le pose sur la table basse devant nous.

Reeni est la première à réagir. Elle porte une main à sa poitrine et pousse un cri de stupéfaction. Elle attrape ensuite le torque, et l’examine sous toutes ses coutures. Ses yeux s’emplissent de larmes.

-« C’est le sien, c’est le torque de Krig… » Sa voix est entrecoupée de sanglots.

Elle tend le collier à son époux, qui le saisit et l’examine à son tour. Il a la bouche ouverte, les yeux écarquillés.

Il finit par rendre le collier à sa femme qui le serre contre son cœur, puis il se tourne vers mon père. Il cherche ses mots, prend une longue inspiration.

-« Comment ? Où ? Où l’avez-vous trouvé ? C’est le torque de Krig, de mon fils disparu. »

Mon père soupire. Il sait déjà que la réponse qu’il s’apprête à leur donner va les faire souffrir. Il vient de rouvrir une plaie et il n’y a rien qui puisse la guérir, ni même soulager la douleur qu'il vient de leur infliger.

-« Il a été trouvé à Djoda, dissimulé dans une cachette chez Shango, le mage. »

Il faut un moment au couple royal pour digérer l’information. S’il y a quelques instants une lueur d’espoir se lisait dans le regard du roi, cet espoir vient de s’éteindre.

Il sait que Shango est mort. Il se doute aussi que si mon père avait plus d’informations, il les aurait déjà partagées.

Il regarde sa femme qui est perdue dans sa douleur. Elle tient toujours le torque serré contre sa poitrine, elle se balance d’avant en arrière, appelant le nom de son fils. Les larmes n’ont pas cessé. La douleur d’une mère ayant perdu son enfant est une chose que je ne souhaite même pas à mon pire ennemi. Suve lui frotte tendrement le dos.

-« On va bien finir par le retrouver. C’est une nouvelle piste que nous avons là. C’est un début. Il faut garder espoir. »

Les mots qu’il a pour sa femme se veulent réconfortants mais je vois que lui-même n’y croit pas. Son regard est vide. Il souffre aussi beaucoup de l’absence de cet enfant, leur unique fils, celui qui aurait dû lui succéder sur le trône.

Il se tourne à nouveau vers nous.

-« J’ai besoin de réfléchir. Je vais décider de ce que nous devons faire maintenant. »

Il enlace sa femme puis l’aide à se lever.

-« Viens ma chérie, il est tard. Allons-nous reposer. »

Il nous fait un signe de tête et quitte la pièce avec elle.

Mon père reste pensif un moment, puis il soupire.

-« Viens Eira, rentrons. »

Une fois à la maison, mon père rejoint ma mère qui est déjà endormie. Je monte dans ma chambre à l’étage, ouvre la fenêtre et m’assois sur le rebord, les jambes dans le vide. Je suis à plusieurs mètres du sol, mais contrairement à la majorité des habitants de Sikoo, je n’ai pas le vertige.

Ma chambre fait face à la forêt, et même s’il est tard et que l’obscurité qui régne lui donne un air lugubre, c'est pour moi une source de paix.

Nos forêts, ces étendues magnifiques ne m’inspirent que paix et sérénité. J’ai toujours été proche de la nature. Parfois j’ai même l’impression que j’y suis comme connectée. Je me balade souvent, pieds nus malgré le froid. J’aime enfoncer mes pieds dans la neige jusqu’à sentir le contact du sol.

La nuit est calme. Le silence n’est interrompu que par le cri d’un oiseau de nuit. J’appuie mon dos contre le montant de la fenêtre et ferme les yeux. J’écoute le sifflement du vent dans les branches, le bruissement des feuilles. Mes pensées se dirigent vers ce prince disparu. Est-il toujours en vie ?

J’étais jeune lorsqu’il a disparu. J’avais quoi ? environ treize ans. Et lui, il n’avait deux ans de plus que moi. Il a toujours été très gentil avec moi, toujours veillé sur moi. Je me souviens d’un jour où pendant une course je m’étais blessée en tombant. Il m’a pris dans ses bras et m’a porté jusqu’à la maison de la guérisseuse. Il est resté avec moi jusqu’à ce qu’elle me donne l’autorisation de rentrer chez moi. Il m’a ensuite raccompagnée et a même expliqué à mes parents ce qui s’était passé.

Au début, je le voyais comme un grand frère, puis à l’adolescence j’ai développé des sentiments un peu plus fort pour lui. Je ne lui ai jamais rien avoué de ce que je ressentais, d’abord j’étais beaucoup trop jeune, et ensuite il était le prince. Je suppose que ses parents avaient déjà en tête un mariage arrangé avec une princesse d’un autre royaume.

Je soupire. S’il est toujours en vie, il est probablement marié avec des enfants. Mais est-il possible qu’il ne soit pas mort ?

Si c’était le cas, pourquoi n’est-il pas rentré ? Ne serait-ce que pour ses parents, au moins pour eux. Ils n’ont jamais cessé d’espérer, jamais cesser d’attendre son retour.

Je me lève, ferme la fenêtre et me dirige vers la table qui me sert de bureau. Je prends une feuille et de mémoire, je dessine le torque pour en garder une image. Je m’applique afin que ce soit le plus ressemblant possible puis je l’accroche au mur.

Après une douche rapide, je m’installe dans mon lit. De là où je suis-je vois clairement le dessin accroché au mur. Je continue à réfléchir. J’ai le sentiment que nous passons à côté de quelque chose qui pourrait être important.

Je me redresse d’un coup.

Elma !! Comment a-t-on pu l’oublier celle-là ?

Pourquoi ne pas l’interroger ? Elle sait peut-être quelque chose. Après tout Shango était son père.

Nous n’avons appris que très récemment qu’ils étaient parents. C’est elle-même qui nous l’a avoué le jour où elle a successivement tenté de séduire Jaali puis de le tuer.

Alors si Shango n’est plus là pour parler, peut-être qu’elle, elle parlera. Elle doit probablement être au courant de certaines choses.

Il faudra que demain j’en parle à mon père. Il faudra retourner voir le roi, et lui demander de ramener Elma à Kylma pour qu’elle soit interrogée. Peut-être que finalement, nous aurons des réponses et une piste à suivre.

C’est avec cet espoir que je m’endors.

Le lendemain matin, je trouve mes parents dans la salle à manger. Je vois qu’ils sont préoccupés. Cette histoire nous affecte tous. Trouver une piste qui s’avère être une voie sans issue est un coup dur.

Je m’installe à table avec eux, et leur fais part de mon idée d’interroger Elma. Mon père hoche la tête, mais je vois bien qu’il n’est pas convaincu. Il n’a pas tort, je ne crois pas qu’Elma avoue quoique ce soit, même sous la torture. De plus mon peuple n’utilise plus la torture depuis des millénaires. Il n’existe à Sikoo que trois formes de punition : L’emprisonnement, le bannissement et enfin l’exécution. Et il y a bien longtemps qu’il n’y a pas eu d’exécution. Les dernières remontent à avant ma naissance. Il y a donc plus de vingt-cinq ans. Et nos exécutions visent à débarrasser la société d’une personne malfaisante, pas à la faire souffrir. On utilise un poison très puissant qui agit de manière presque instantanée. Le condamné ne souffre pratiquement pas. Ça montre bien à quel point la violence nous répugne.

Mais cette fois-ci, il est question du prince alors peut-être Suve se montrera cruel et impitoyable.

Je soupire, j’en doute…