MASK - PURITY (MxM)

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Summary

Mask, une organisation de tueurs en série, sévit dans les rues de Nightdale depuis de nombreuses années, offrant à celle-ci le plus haut tôt de criminalité jamais recensé. Au sein de cette ville, une unité spéciale a été montée pour démanteler ce réseau criminel. Verity Byrne, inspecteur dans cette unité qui lutte contre Mask, se retrouve mêlé à de nombreuses enquêtes. Et pour cause : pour la première fois de sa carrière, l'un des criminels se prend d'obsession pour lui. Il est alors pris pour cible par « Purity », surnommée « Le tueur à la rose ». Lorsqu'une lettre arrive au bureau de Verity, une chasse à l'homme commence alors.

Status
Ongoing
Chapters
15
Rating
4.0 2 reviews
Age Rating
18+

Chapitre 1 - Purity

Verity


La lueur des gyrophares autour de cette maison de banlieue m’aveuglait. Éprouvé par la fatigue, je peinai à ne pas froncer les sourcils en relevant la tête vers tous les agents de la paix qui s’activaient. Les bandes jaunes qui barraient la route aux civils trop curieux leur assuraient aussi qu’un crime avait bien eu lieu. Ça aurait été mentir d'affirmer que la tranquillité de cette jolie petite banlieue n’avait jamais été troublée par des atrocités. Contrairement à Dreamdale, ville jumelle de notre petit coin de cauchemar, Nightdale était habitué à vivre son lot de cauchemar.

Je soupirai et coupai le contact avant de sortir de ma voiture. Les journalistes déjà présents, tels des rapaces prêts à se repaître de la moindre information, braquèrent leurs caméras sur moi. Je relevai une main pour couvrir mon visage et soulevai la bande jaune afin de passer, trop hâtif de me séparer de ses malades qui aimaient l’atrocité. Même les honnêtes citoyens avaient appris à aimer les crimes. Ils avaient peur, mais ça n’était rien à côté de leurs curiosités morbides.

— Agent Byrne, nous vous attendions ! s’écria un policier, l’air blafard.

Je compris qu’il s’agissait certainement d’un petit bleu. Au vu de sa grandeur et de ses grands yeux verts, il ne passait pas inaperçu. Si j’avais déjà croisé sa route, je m’en serais souvenu. Il semblait être prêt à vomir à tout moment et peut-être l’avait-il même déjà fait ! Déjà équipé d’une combinaison intégrale, son masque était suspendu à son cou. Je m’attendais à trouver quelque chose de particulièrement monstrueux entre les murs de cette belle maison. Il me tendit un dossier, m’exposant ses mains tremblantes. Je le saisis et posai ma main sur la sienne.

— Comment t’appelles-tu ? me renseignai-je.

— B… Bashir, monsieur. Je… je suis nouveau.

Je hochai la tête. Je serrai ses doigts dont les gants avaient déjà été retirés et ouvris le dossier pour le consulter en même temps.

— Bashir, répétai-je d’une voix douce. Ça va aller. Des atrocités du genre, tu en verras tous les jours et tu ne t’y habitueras jamais, mais nous avons des psychologues qui font de très bons soutiens. Si tu n’es pas à l’aise avec ça, tu peux en parler avec un de tes aînés.

Il ne répondit pas, mais je sentis sous ma paume ses tremblements refluer. Je ne le lâchai pas, mais je m’intéressai plus sérieusement au dossier. Je remarquai que le couple qui avait violemment été assassiné était de jeunes mariés. Sans surprise, les deux avaient grandi à Nightdale et ils avaient récemment déménagé dans ce quartier. J’avais donc leurs noms et prénoms ainsi que les éléments principaux de leurs vies que les policiers avaient pu trouver. Je n’étais pas dupe. Si on m’avait appelé, ça n’était pas pour rien.

— Est-ce que tu te sens d’entrer Bashir ? Autrement, tu peux rester là et veiller à ce que personne ne s’infiltre sur la scène de crime. C’est déjà arrivé.

— En fait…

Il n’eut pas le temps de terminer que mon coéquipier et ami me tomba dessus. Jace, aussi géant que l’était Bachir, enroula son bras autour de mes épaules. Je me ployai sous son poids.

— Je vois que tu as rencontré le petit bleu. Tu dois t’occuper de Bashir. C’est lui qui va me remplacer, assura Jace.

Ce n’était pas la première fois qu’on me donnait la responsabilité de former les nouveaux, mais c’était bien la première fois qu’une recrue était si jeune et qu’elle serait directement liée à moi. S’il remplaçait Jace, alors il allait devenir mon coéquipier. Cependant, je ne montrais rien de ma réticence. Bashir semblait au bord de la crise d’angoisse et je ne voulais pas le tracasser plus encore avec mes hésitations. S’il avait été recruté, son profil psychologique avait été assuré. À la place, je lâchai sa main et récupérai la combinaison qu’un autre agent me tendit. Couvrant intégralement mes habits, de la tête au pied, je n’eus qu’à enfiler tes gants, des protèges chaussures ainsi qu’un masque. Je regardai ensuite Bashir et lui fis signe de me suivre. Finalement, il n’allait pas pouvoir rester dehors.

— Bashir, dis-lui ce qu’il s’est passé. Quand ton coéquipier arrive le dernier sur une scène de crime, tu dois lui faire un récap’ de tout ce que toi tu sais déjà pour gagner du temps. Il en sera de même pour lui, informa Jace.

Je levai la tête vers lui, refermai le dossier, et pénétrai dans la maison.

— C’est toi ou c’est moi qui dois le former ? taquinai-je.

Jace me sourit, complice, et je rigolai discrètement afin de ne pas paraître irrespectueux. Bashir se racla la gorge, quelques gouttes de sueur perlant sur son front, et il prit la parole :

— De ce qu’on sait, il n’y a pas de trace de luttes. Ils ont certainement été « attrapés » durant leur sommeil. Ils ont été attachés à des chaises et… éviscérés vivant. Mais le voisinage assure ne pas avoir entendu de cris.

— Ils étaient inconscients, reprit Jace qui ne put s’en empêcher. On fait déjà des tests pour savoir ce qu’on leur a injecté. Je préviens, c’est dégueu. Enfin, pour toi je m’en fais pas, mais… si tu dégueules encore le bleu, tu vas virer de l’œil.

Bashir hocha la tête, l’air coupable, et je pressai son bras pour lui montrer mon soutien. Malgré l’angoisse qui devait lui retourner les boyaux, il avait bien parlé. Il savait ce qu’il disait et ça n’était pas donné à toutes les nouvelles recrues. Il m’indiqua le chemin et je replaçai correctement mes gants en montant les escaliers pour atteindre la chambre. Un haut-le-cœur rattrapa Bashir dont la main se plaqua sur sa bouche sous le regard noir de Jace. Pour le moment, je me désintéressai des deux.

Lorsque je pénétrai la chambre, mon nez se fronça sous l’odeur nauséabonde.

— Ça doit bien faire plus de quarante-huit heures que les cadavres sont là, remarquai-je.

— C’est leur état qui vous fait dire ça ? s’informa Bashir, la voix étouffée.

— Non, l’odeur, répondis-je en chœur avec Jace.

Je plaquai mon avant-bras devant mon nez, comme si celui-ci pouvait être plus utile que mon masque, et je m’accroupis. À terre, les intestins des victimes avaient été soigneusement répartis dans toute la pièce. Partant des corps, ils s’étendaient dans toute la chambre telle des racines. Ça allait être laborieux de marcher pour atteindre les corps. Je me tournai vers Bashir pour lui dire de m’attendre à sa place, de ne pas bouger, et après m’être assuré auprès des médecins légistes que je pouvais avancer, je rejoignis les corps.

C’était atroce. Encore une fois, j’avais affaire à une horreur. Aucun être humain n’était capable de ça. Il n’y avait que des monstres qui pouvaient commettre de tels crimes et recommencer. Je reconnaissais ce mode opératoire : agir sans causer de lutte, éviscérer les victimes, répartir les intestins de façon « théâtrales ». Nightdale avait son lot d’emmerdes, mais surtout, son lot de meurtre atroce. Ça avait été tel que la population avait eu interdiction de déménager hors de Nightdale afin que cette dernière ne se retrouve pas sans habitant.

— Agent Byrne, nous avons trouvé ceci.

Je relevai la tête vers l’un des médecins légistes. Il s’agissait d’une petite carte faite en papier texturé, soigneusement conservée dans un sac à conviction. En encre rouge, des racines y avaient été imprimées, rappelant l’emplacement des intestins dans la pièce. Il n’y eut sans surprise qu’une seule courte phrase sur ce papier reconnaissable : « Et ils retournèrent à la terre ». Je soupirai et me tournai vers Jace et Bashir pour leur donner la carte. Puis, je me tournai vers le légiste, l’estomac rendu fragile par cette vue, l’odeur et la situation.

— J’ai vu ce que je voulais. Emmenez les corps et faites-y le nécessaire. Envoyez-moi un rapport détaillé. Je veux savoir si ce fou furieux a changé quoi que ce soit dans son mode opératoire.

L’ordre donné, je retournai sur mes pas et quittai la chambre. Je fis signe à Bashir de me suivre et Jace en fit de même.

— Qui a découvert les corps ?

— Les parents de la défunte. Ils ont été emmenés au poste, affirma Bashir.

— Toi et moi Bashir, on s’occupe des parents. Jace, vois auprès du voisinage encore une fois s’ils ne savent rien. Si quelqu’un dit quoi que ce soit qui te semble important, envoie-le au poste, ou ramène-le-moi.

Je sortis de la maison suivie des deux et gagnai ma voiture avec Bashir. J’avais une confiance aveugle en Jace, alors je ne craignais pas qu’il passe à côté de quoi que ce soit. Pour Bashir, j’avais des doutes. Il n’était certainement pas habitué au terrain et sans mon appui, je ne préférais rien tenter, pas pour le moment. Je pris le temps de masser mes tempes avant de conduire. J’étais particulièrement épuisé et cette soirée promettait d’être longue. Je n’étais malheureusement pas près de rentrer à la maison.

En conduisant jusqu’au poste de police, je n’essayais pas de faire la conversation à Bashir. Je ne voulais pas qu’il se sente mal à l’aise dans le silence, mais il semblait plongé dans ses pensées. Certainement, essayait-il de se reprendre. À sa place, je n’aurais pas voulu être interrompu dans ma « transe », alors je me tus. Lorsque je me garai pour enfin rejoindre le poste, Bashir semblait plus… « adulte ». La panique lui avait donné un air juvénile, mais maintenant qu’il avait retrouvé son sérieux, il semblait plus adulte.

— Les parents en priorité. Je veux entendre ce qu’ils ont à dire.

En gagnant les locaux, une sensation étrange m’envahit. Je me sentis profondément gêné. Plusieurs regards se braquèrent sur moi et je lançai des regards interrogatifs à Bashir, mais ce dernier ne semblait rien trouver sur moi qui aurais pu susciter tant d’yeux braqués sur ma personne. Je n’eus ma réponse qu’en passant devant les bureaux, et donc le mien. On m’appela plusieurs fois et je dus faire un détour.

— Byrne, t’as une lettre.

Je fronçai les sourcils.

— Vous m’avez appelé pour une lettre ? m’indignai-je auprès de mes collègues. Je suis occupée. Je la lirais plus tard.

— Byrne, insista l’un d’eux, c’est une lettre.

Frappée d’un éclat de lucidité, je m’avançai vers mon bureau. J’enfilai immédiatement des gants, toujours présent sur mon bureau. Je pris l’enveloppe blanche que j’ouvris et sans relever le regard vers Bashir, je lui demandai :

— Tu sais ce qu’on fait ici, hein ? Contre qui l’on se bat ?

— Oui, monsieur. L’unité spéciale dont nous faisons partie se bat activement contre la plus grande menace de Nightdale : Mask.

— Il arrive parfois que ces connards fous furieux envoient des lettres. Lorsque ça arrive, on sait qu’un crime a été commis, qu’il sera commis ou bien que l’un de nous est pris comme cible.

Je retirai la lettre de l’enveloppe et une petite carte en chuta. Il y avait un papier texturé, mais la phrase imprimée et le petit dessin était différent. Sur ce bout de papier, il y avait, non pas des racines, mais une rose originaire de Nightdale : la Purity of Red, suivi d’une phrase « là où bourgeonne la rose, je vois ».

— Ces détraqués se sont tous attribué un symbole, celui de leur meurtre, et une phrase signature pour qu’on les reconnaisse. Pour nous, c’est un travail ; pour eux, c’est un jeu, affirmai-je en lui tendant la carte.

Je ne sus quoi ressentir lorsque je me mis à lire la lettre. Mes collègues m’entourèrent pour la lire aussi. J’étais encore sensible à l’odeur et à la cruauté humaine, mais la perversion malsaine et l’obsession de ces malades ne me faisaient plus rien. J’étais immunisé. Malgré cela, lorsque j’eus fini de lire les mots écrits soigneusement de façon calligraphique, mon cœur se souleva.


« Cher Verity Byrne,

Je vous ai vu. Au détour de cette rue, là où les ténèbres de Nightdale ont conquis toutes les pauvres âmes qui y sont enfermées, vous étiez là. Dans cette rue mensongère, vous étiez la seule vérité. Votre présence s’est ancré en mon être et votre sourire a brûlé d’une flamme incandescente votre visage sur mes paupières.

Ainsi, je vous vois même lorsque mes yeux se ferment pour aller trouver les mauvais rêves, mais vous n’en êtes pas. Non, vous êtes la douceur dans ce flot d’angoisse. Vous êtes le songe inatteignable de toutes mes nuits et celui auquel je rêve éveillé chaque jour. Demain, vous me verrez. Au détour d’une rue, vous croiserez mon regard et peut-être marquerais-je à mon tour vos paupières.

Je vous ai vu, Verity Byrne, et je vous verrais encore.

Purity. »