Jackson Ville

All Rights Reserved ©

Summary

Hailey a 18 ans. Orpheline depuis ses 4 ans, elle déménage dans sa nouvelle famille d’accueil à Jackson Ville, espérant y être bien accueillie. Mais petite bourgade réputée pour tous les phénomènes étranges qui s’y passent, Hailey va très vite déchanter quand la mort soudaine d’une habitante va venir troubler, une nouvelle fois, la tranquillité de la ville. Et plus encore lorsqu’elle va commencer à recevoir des lettres mystérieuses de la part d’un dénommé A. Qui est-il ? Et qui a tué Grace Delacourt, cette femme solitaire qui n’avait, en apparence, rien à se reprocher ? Hailey va mener son enquête, aidée de ses nouveaux amis. Mais plus les morceaux du puzzle s’imbriquent, et plus le lien entre A et le meurtre est évident. « Quand la vérité crève les yeux, certains préfèrent devenir aveugles », Josette Sauthier.

Status
Complete
Chapters
20
Rating
n/a
Age Rating
16+

Prologue : Une ville bien sombre

8 : 30 :


Il fait froid ce matin-là. Le soleil est à peine levé et la brume frôle encore le sol. Quant au loin, je vois apparaître le train qui va m’emmener tout droit en enfer.

- Alors, tu as tout ?

Sa voix me sort de mes pensées, un peu trop envahissantes, ces derniers temps, il faut le dire. C’est sûrement dû à toute cette situation.

Après un moment, je finis par lui répondre.

- Hum, je crois, oui. J’ai de l’air dans mes poumons et quelques feuilles pour écrire.

Elle me regarde avec un petit sourire, qu’elle essaye de dissimiler, mais sans grand résultat.

- Très drôle ! me répond-elle. Et plus sérieusement ?

- Oui, soupiré-je. Mes cartons sont partis avant-hier et j’ai avec moi mon ordi et deux, trois vêtements au cas où mes bagages auraient du retard.

Et au moment même où je finis ma phrase, elle apparaît, habillée avec sa jupe trop serrée, son chemiser décolleté jusqu’au nombril, son maquillage qui fait sapin de Noël, et ses talons que même un sourd entendrait.

- Mais regardez qui voilà ! ne puis-je m’empêcher de murmurer lorsqu’elle arrive à notre niveau.

Elle me dévisage avec un petit étonnement.

Je sens que ça va être long et ennuyant.

- Bonjour Hailey. Je suis Maggie Lags, me tend-elle sa main.

Je la regarde, mais ne la serre pas.

Faut pas déconner. On n’est pas amies, à ce que je sache.

Ma mère me lance un regard qui veut dire « soit gentille, s’il te plaît ». Alors sans trop d’entrain, je la salue tout en levant les yeux au ciel.

- Bonjour.

- Alors, comment vas-tu depuis la dernière fois ? me demande-t-elle.

L’espace d’un instant, j’ai vraiment envie de l’envoyer paître, mais je me ravise. On m’a élevée autrement. A la place, je me contente de lâcher un simple « bien ».

- Donc tu n’as eu aucun problème ?

Je me retiens de justesse de lui demander si elle est sourde. Elle vient de me poser la question, et je lui ai donné une réponse. Alors pourquoi insiste-t-elle ?

- Je vous l’ai déjà dit, tout s’est très bien passé, dis-je un peu sèchement. D’ailleurs, je ne comprends toujours pas pourquoi je dois partir. Je suis très bien avec Gigi.

- Son mari est mort.

Ce n’était pas la peine de retourner le couteau dans la plaie. J’étais à son enterrement, merci bien !

- Et elle accumule les dettes, continue-t-elle sur sa lancée, ne se rendant même pas compte ­ ou ignorant totalement, au choix ­ le voile de tristesse qui vient de prendre place sur le visage de Jocelyne. Même avec l’argent que nous lui donnons, les frais médicaux de son mari sont trop importants et elle n’arrive pas à tout payer.

- Mais si vous ne lui donnez plus de salaire pour me garder, comment voulez-vous qu’elle arrive à s’en sortir ! lancé-je, excédée. Et puis je ne me suis pas remise de la mort de Titou.

Elle lève un sourcil face à mon ton, ou peut-être face au surnom que j’ai donné au mari de Jocelyne.

- Titou ? répète-t-elle, ne comprenant pas.

J’avais raison. Elle ne sait même pas qui est cette personne.

- Il était comme mon père et Gigi est comme ma mère. Vous ne pouvez pas nous séparer. Vous n’avez pas le droit. J’ai besoin d’elle ! hurlé-je presque.

- Je sais que c’est difficile de partir d’une famille d’accueil après autant d’années, mais Jocelyne… ta mère, se reprend-elle après avoir croisé mon regard noir, a besoin de trouver un travail qui paye mieux pour pouvoir rembourser ses dettes.

- Vous ne savez rien, soufflé-je en baissant la tête, plus pour moi-même que pour elle.

- On se reverra, essaye de me rassurer Jocelyne, en posant sa main sur mon épaule droite. Je te le promets. Mais en attendant, tu vas aller vivre chez de nouvelles personnes qui seront toutes aussi gentilles que moi !

- Comment peux-tu le savoir ?

- On ne confie pas un enfant à une famille qui le délaisse. Si tu veux, je te promets de venir te voir une fois par mois.

Oui, mais cette famille, ce ne sera pas toi. Toi qui m’as élevée. Toi qui étais là quand ça allait mal. Non, tout sera différent. Et je n’ai pas envie que ça change.

- Bon très bien, dis-je après un moment de réflexion.

- De toute façon, tu n’avais pas vraiment le choix, rétorque Mme. Lags.

J’ai comme une grande envie de la baffer, celle-là !

Si elle pouvait éviter de gâcher mes derniers moments auprès de ma mère avec sa voix de crécelle, ce serait bien.

Et je ne peux m’empêcher de répliquer :

- On ne vous a rien demandé à vous !

- Hailey ! me réprimande Jocelyne.

- Quoi ! Les deux seules fois de ma vie où j’ai vu cette femme, c’était pour m’amener chez toi et pour m’y arracher ! me défends-je.

La moutarde commence à me monter au nez. Non seulement elle me prive de la seule personne qu’il me reste, mais en plus de ça, elle vient mettre son nez partout où l’on ne veut pas d’elle. Et je devrais me laisser faire ?

- Bon, on y va, s’exclame-t-elle agacée.

Tu ne l’es certainement pas autant que moi, Barbie !

- On n’a pas le temps de papoter mille ans ! Tu as pris toutes tes affaires ?

Je lui fais un signe de tête. Je n’ai pas envie de lui parler. Elle me saoule.

- Tes cartons ?

- Ils sont partis avant-hier, l’en informe Jocelyne à ma place, se rendant bien compte de la tension qui règne dans l’air.

- Et tu as quoi dans ton sac ?

Mais elle va me lâcher oui ! Elle n’est pas ma mère, à ce que je sache !

- Quelques vêtements, mon ordinateur, son chargeur et d’autres babioles sans importance ! me retins-je de crier. Et pourquoi vous faites cette tête ?

- C’est juste que je pensais que nous pourrions profiter de ce petit moment toutes les deux, pour discuter.

Alors là, elle peut toujours courir ! Si elle croit sérieusement que je vais la laisser me taper la discute, elle se met le doigts dans l’œil ! Déjà qu’elle me tape sur le système !

- Non mais là, vous rêvez éveillée !

- Bon, dis-lui au revoir et on y va, abandonne-t-elle en s’écartant pour nous laisser un peu d’intimité.

Tellement gentil de sa part !

Je fais un gros bisou à Gigi avant de partir vers le train et de m’y faufiler. Je lui fais un dernier coucou de la main qu’elle me renvoie, puis m’installe à côté de Mme. Lags, à contrecœur.

J’allais devoir supporter cette femme pendant trois quarts d’heure ! Autant me donner une corde pour que je me pende. Ça irait plus vite. Car non seulement, elle est désagréable, mais en plus de ça, son parfum est tellement violent qu’il me donne plus de migraines que ses flots de paroles.

Ce trajet allait vraiment être chiant. Et je regrette déjà Jocelyne alors que nous n’avons même pas quitté la gare.

Quand je pense qu’on m’arrache à la seule personne dont je me souvienne...

Le train se met en marche et je la vois disparaître au loin. J’ai comme l’impression qu’elle m’abandonne ou que je l’abandonne. Je ne sais pas vraiment. C’est peut-être les deux.

- Tu veux peut-être savoir avec qui tu vas passer la prochaine année ? m’interroge l’assistante sociale, tout en sortant un oreiller de voyage.

Je la regarde faire en levant les yeux au ciel.

Cette femme est vraiment… je n’ai même pas de mot pour décrire ce que je pense d’elle.

- Non. Je préfère que ce soit une surprise, dis-je en m’emparant de mon ordinateur portable. Et je ne veux rien venant de vous.

- Très bien, dans ce cas je vais me taire, m’apprend-elle.

T’as raison, ça nous fera des vacances !

- Si j’étais vous, je prendrais un de ces magazines à la con et je le lirais. Trois heures sans rien faire, c’est long.

Elle jette un œil sur les trois magazines qu’un passager a certainement dû oublier. Elle fronce les sourcils, sourit, et fait non de la tête devant certaines photos, comme si elle était dégoûtée.

Mais qu’est-ce qu’elle peut bien me saouler avec ses airs supérieurs !

Et puis, j’ai d’autres choses à faire que de papoter avec une femme que j’ai vu deux fois dans ma vie et qui me sert de garde du corps pour mes voyages entre l’orphelinat et les familles d’accueil.

Je décide donc qu’il vaut mieux m’en retourner à mes affaires.

« Aux yeux de tous, Jackson Ville est une ville banale. Mais aux yeux de ses habitants, elle n’est qu’un foyer de mensonges et de secrets. Une ville maudite, qui n’attire que les ennuis. Entre toutes ses histoires terrifiantes et ses horreurs passées, on devrait plutôt l’appeler la ville des crimes.

Toutes les personnes qui vivent dans là-bas vous diront que si on a le choix entre partir ou rester, mieux vaut partir. Car elle tue personne par personne. Famille par famille. Jusqu’au dernier.

A dater de ce jour, je ferai partie de ces personnes, et je sais que je devrai être forte. Car toutes ceux qui sont faibles ou qui ont des secrets ne survivent jamais très longtempsà Jackson Ville »

Un bruit m’oblige à mettre fin à ma petite séance d’écriture. Et une voix annonçant la gare de Jackson Ville me fait comprendre que je suis bel et bien arrivée en enfer.

Et voilà ! C’est ici que commence mon histoire… et la vôtre, aussi !