Le Croc de Sobek (MxM - Vampires)

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Summary

Devenu vampire, il croise le chemin de l’homme qui a juré d'éradiquer son espèce. Et pourtant... ︵‿୨⛧୧‿︵ Charly, nommé directeur du département d’archéologie du British Muséum à la suite de la disparition de son mentor, décide de se rendre à une soirée pour oublier une rupture qui le fait replonger dans ses démons de jeunesse. Mais une étrange morsure change sa vie à jamais, le plongeant aux portes de la mort. C'est là qu'il rencontre Dan. Dan est un dhampire arrogant, agressif et désagréable, mais surtout un chasseur de vampires. Les vastes connaissances de Charly en histoire antique suffiront-elles à lui épargner sa lame d’argent, ou sa vie vampirique prendra-t-elle fin lors d’une nuit plus sombre que les autres ? Le dhampire cache t-il un double jeu derrière sa froideur ? Et pourquoi tous les regards se tournent-ils vers l’aile égyptienne du musée à la veille d’une exposition sur le redoutable Sobek ? ︵‿୨⛧୧‿︵ 𝗗𝗶𝘀𝗰𝗹𝗮𝗶𝗺𝗲𝗿 : 𝗦𝗲𝘅𝗲, 𝗦𝗮𝗻𝗴, 𝗩𝗶𝗼𝗹𝗲𝗻𝗰𝗲 Cette histoire vous plaira si vous avez aimé des films et séries comme Blade, Moon Knight ou encore X-men ! J’y emprunte beaucoup de mes codes de narration (ainsi que l’ambiance !). Bonne lecture donc ! 𝗖𝗿𝗲𝗱𝗶𝘁𝘀 𝗱𝗲 𝗹𝗮 𝗰𝗼𝘂𝘃𝗲𝗿𝘁𝘂𝗿𝗲 : Réalisée par moi-même avec Stable diffusion & photoshop.

Status
Complete
Chapters
2
Rating
5.0 6 reviews
Age Rating
18+

Prologue - Le Gamin

“Entrer dans le monde du surnaturel par la grande porte, à mon âge, c’est une expérience d’une vie dira t-on. La destinée fait bien des choses.”

𝕵𝖔𝖚𝖗𝖓𝖆𝖑 𝖉𝖊 𝕵𝖆𝖈𝖊 𝕳𝖆𝖙𝖔𝖗𝖞𝖘

︵‿୨⛧୧‿︵

1984

Jace avait toujours adoré les vernissages.

A l’âge vénérable de soixante-deux ans, il ne perdait encore rien de la fougue de ses jeunes années : le sentiment d’exhalation à l’approche de la date, l’envie folle de faire découvrir à tous de nouvelles pièces uniques, de raconter de nouvelles histoires...

Il pouvait encore se remémorer chacune des expositions qu’il avait dirigées, chaque trésor qu’il avait fait parvenir jusqu’au British Museum, honorant encore et toujours les rendez-vous qu’il fixait à ses visiteurs. Fidèle au poste.

Ancien archéologue émérite, le terrain ne lui manquait pas tant ; physiquement, il ne pouvait plus vraiment y trouver son compte, dans tous les cas. Chaque année passée à vivre sur cette terre avait marqué son corps : ses muscles se raidissaient, sa tête s’allégeait et sa vue baissait - nul doute que la cécité le rattraperait assez vite.

Mais il restait là, presque partie intégrante du mobilier du musée.

— Félicitations mon vieux. Fit la voix joyeuse du directeur des lieux, qui leva sa coupe de champagne en sa direction, l’interrompant dans ses pensées.

Petit homme dans la cinquantaine, Conrad Baker portait son âge au travers de ses joues creuses et de son regard pâle - il aurait pu figurer sans la moindre difficulté dans la galerie des momies. Mais son tempérament fort éloigné de son apparence faisait que Jace appréciait énormément cet homme un peu trop dynamique qui l’avait toujours soutenu depuis sa nomination.

Il sourit poliment, contemplant sans vraiment le voir le grand poster au-dessus de la banque d’accueil de la section égyptologique du British. Un grand portrait d’Osiris, dieu des morts, s’y étalait, souligné par de beaux lettrages dorés “Egypte : les songes de l’au-delà”.

— Merci. C’est surtout à vous tous que je dois le succès de ce beau projet. Il répondit finalement, haussant les épaules.

— Ne sois pas modeste. Je te raccompagne ?

Le vieil archéologue hocha la tête, enfilant son caban de tweed anglais avec des gestes un peu raides. Conrad lui emboîta le pas, le retenant par le bras pour l’aider à marcher droit.

A l’extérieur, la nuit était tombée. L’éclairage urbain était la seule chose qui donnait un visage à peu près humain au centre-ville de Londonnien. Ombres frémissantes, les voitures circulaient entre les immeubles au style néo-classique, imperturbables.

— Tu devrais te reposer Jace.

Conrad semblait inquiet.

— La retraite... Tu veux en parler ? Sourit le vieil homme, balayant la rue du regard.

Les lueurs des phares jaunes se reflétaient dans ses lunettes aux verres épais.

— Ouais. Je ne veux pas te donner l’impression qu’on te fout à la porte mais... Je vais essayer de te trouver un assistant. Le temps que tu le formes...

Le cinquantenaire lui tendit une pochette plastifiée :

— Charly Eckermann. J’ai trouvé son profil intéressant. Il est un peu jeune mais avec du terrain... Regarde juste son CV.

Jace hocha la tête, resserrant son manteau contre lui sans toucher au document.

— J’y penserai. Merci Conrad. On se voit...

— Dans une semaine mon vieux. Repos. On m’a dit que tu avais dormi dans la réserve la nuit dernière.

La pluie s’intensifia.

— On me dénonce maintenant ?

— Rentre chez toi.

Le vieil archéologue haussa les épaules, déployant son parapluie.

Une ambiance de fin de règne pesait depuis plusieurs mois sur le conservatoire des arts égyptiens du musée. Il aurait dû s’en douter. Comme tous les hommes qui avaient été là avant lui, on le remplacerait. Du matériel plus neuf, des ordinateurs plus performants. Des jeunes gens plus compétents.

Bientôt - trop vite - il ne serait plus là pour veiller sur ses propres découvertes. Sur celles de ses aînés. Adieu la pierre de rosette, bienvenue à la maison de retraite.

D’une démarche un peu claudicante, il s’engagea dans la rue, parapluie à la main, déambulant avec peine jusqu’à la station de métro la plus proche. Les marches humides étaient plus que glissantes, mais il tint bon, agrippé à l’escalator. Le métro était désert.

Une ambiance de fin de règne donc...

Le couloir tapissé de gros carreaux blanc semblait presque oppressant. Les néons grésillaient faiblement. On aurait dit un caveau ; 1922, Toutankhamon.

Le regard de Jace, lavé par les années de recherche, s’arrêta sur un empilement d’ordures ; des poubelles, des vieux meubles, des matelas. S’y tenaient habituellement un petit groupe de jeunes sans domicile fixe profitant de la nuit pour y faire la fête. Ce soir, ils dormaient les uns contre les autres, couchés sur le flanc.

A moins que ?

Non définitivement, l’ambiance était étrange. Pas de traces de bières sur le sol. Aucun ghetto-blaster crachant des rythmes venus d’outre-Atlantique. Le silence était total. Écrasant. Anormal. Seules sifflaient les rames du métro, enfoncées dans les entrailles de la terre.

Un bruit attira soudain l’attention du vieil archéologue. Un soupir ? Un pleur peut-être. Si ses yeux étaient fatigués, son ouïe était encore fine.

— Il y a quelqu’un ?

Sa voix rebondit en écho dans les couloirs carrelés. A nouveau, un reniflement se fit entendre. Dans le flou qu’était sa vision, une petite silhouette attira son attention, prostrée sur elle-même, juste à côté des ordures.

Il s’approcha, frissonnant. Un enfant...?

— Hé... Tu es perdu ?

C’était une étrange façon de s’adresser à un gamin en détresse. Mais Jace n‘avait jamais été bon avec ses congénères des temps présents.

La petite silhouette s’agita, laissant échapper un sanglot. Une chevelure noire épaisse coupée au bol, un t-shirt bien trop grand pour sa carrure juvénile... Que faisait un enfant si jeune seul, dans le métro, à cette heure-ci...?

— Je ne veux pas te faire peur... Petit ? Réponds moi.

Jace s’était approché davantage, son monde s’éclairant - à cette distance, il voyait à peu près à qui il avait affaire. Il aurait peut-être dû s’abstenir.

Le gamin releva son visage vers lui, révélant deux iris d’un noir si sombre qu’il crut être englouti. Mais ce qui frappa immédiatement le vieil homme - et il avait visité de nombreux tombeaux, c’était dire - ce fut ses lèvres. Des lèvres maculées de sang ; un sang frais, trop vif. Le rouge dégoulinait le long de sa gorge, tâchant sa peau d’un blanc laiteux.

La mâchoire de Jace se décrocha. La vision était insoutenable.

— Oh mon dieu... Tu es blessé ? Il Demanda d’une voix qu’il voulait calme, tendant la main vers le gamin.

Sa bouche n’était pas la seule partie de son corps à être maculée de sang. Les nippes qu’il portait l’étaient tout autant, imbibées jusqu’à coller à sa peau. A certains endroits, il avait séché, colorant le tissu miteux d’un marron sinistre.

— M-mon-monsieur je suis désolé... Gémit le petit garçon.

Il était dans un état lamentable, certes, mais c’était un petit garçon. D’une douzaine d’années, tout au plus.

Sonné, Jace s’approcha doucement, sortant un mouchoir propre de sa poche. Il s’agenouilla - autant que ses genoux le permettaient - puis essuya avec douceur la joue de l’enfant :

— Dites rien à la police... Je... Ils étaient gentils avec moi... Il hoqueta pour seule réaction, levant ses prunelles sombres vers lui.

De grosses larmes ruisselaient sur ses joues creuses, se mêlant au sang encore frais. Ses lèvres tremblaient, laissant voir deux petites dents pointues terriblement sales.

Dans un réflexe purement enfantin, il s’agrippa au manteau de Jace qui passa une main rassurante dans ses cheveux noirs, balayant la scène du regard pour essayer de comprendre ce qui avait bien pu se passer.

— Tu n’as rien à expliquer... Tu as des parents ? De la famille que je peux prévenir ? Il demanda doucement.

Cet enfant était sans doute né dans la rue, devait même traîner avec les zonards de Holborn Station. Ils avaient dû être agressés il y a quelques minutes, alors même que lui sirotait son champagne, bien au chaud dans le musée.

— Je-Je je suis désolé... J’avais faim et...

Le petit garçon pointa du doigt le corps de l’un des sans-abris.

Un haut-le-corps souleva la poitrine de Jace lorsqu’il réalisa : non, il ne dormait pas. Son corps était étrangement immobile, les yeux grands ouverts, fixant le vide comme une statue. Ses mains ridées se mirent à trembler, un frisson glacé remontant le long de sa colonne ; la stupeur s’emparait de son esprit.

L’homme qu’il voyait si souvent traîner dans le coin, à qui il donnait même parfois une petite pièce, était mort.

Les quatre jeunes entassés étaient des cadavres. La gorge lacérée - sans doute à l’aide d’un petit couteau, ils baignaient dans leur sang, leurs corps raidis abandonnés sur les matelas crades du métro Londonnien, leur dernière sépulture.

— Je voulais pas tuer monsieur... Hoqueta le gamin je voulais pas...

Silencieux, Jace ôta son manteau, le déposant avec soin sur les épaules de son étrange interlocuteur qui enfouit son visage dans le tissu à carreaux, le mouillant de ses larmes.

— Tuer ? On vous a agressés, c’est ça ?

Et soudain, Jace réalisa. Le sang qui gouttait de la bouche du gamin ne provenait pas d’une quelconque blessure, non. Il y en avait trop. Il serait déjà mort si c’était le cas.

Les marques sur les corps sans vie.

Les pleurs de l’enfant qui se blottissait à présent contre lui, le visage plongé dans son cou.

Mon dieu...