Chapitre 1 | Effet papillon
Effet papillon
Christophe
Est-il possible de vouloir rompre avec un homme génial parce qu'un autre type hante mes pensées depuis des mois ? Oui, c'est ce qui m'arrive, et ça me ronge.
Je m'en veux d'être aussi faible. Gabriel et moi formions un couple depuis deux ans, et tout allait super bien entre nous. Du moins, jusqu'au jour où, sans raison apparente, quelqu'un d'autre a fait irruption dans ma vie. Le pire, c'est que je le connaissais déjà de vue, mais je n'y avais jamais prêté attention, pas même quand je le surprenais à me regarder avec une sorte d'adoration. À l'époque, ça me faisait rire de le voir comme hypnotisé par ma personne, et ça s'arrêtait là. Sauf que, dernièrement, je rencontre ce gamin partout. Oui, pour moi, c'est un gamin, ou plutôt, j'ai décidé de lui donner ce surnom pour maintenir une certaine distance entre nous.
J'étais à mille lieues d'imaginer que plus je le côtoierais, plus il me ferait tourner la tête. Ce gamin est devenu une véritable obsession. Et pour couronner le tout, Gabriel s'éloigne de plus en plus, accaparé par son succès et ses voyages. Quand on se voit, on ne parle que de lui, de ce qu'il vit. Je finis par me refermer sur moi-même. Ce que nous partagions disparaît peu à peu. La semaine dernière, il m'a proposé de le rejoindre à Paris, mais j'ai refusé de déménager. Hors de question de m'éloigner de ma fille et de mes petits-enfants. Après vingt ans sans avoir pu partager le quotidien de mon seul et unique enfant, il est hors de question de m'en priver davantage, même pour Gabriel. Au fond, je devrais fuir, loin du gamin. Et pourtant, j'ai décidé de rester.
Gab n'a pas été étonné, il s'en doutait. Je pense que nous nous rendons compte, lui comme moi, que notre relation s'éteint naturellement. On s'appelle de moins en moins, les messages se font rares. Je l'ai vu sur les réseaux sociaux, dans plusieurs soirées dont il ne m'a jamais parlé. Il mène sa vie de son côté.
Mon téléphone vibre. Il est plus de deux heures du matin. Surpris, je regarde qui m'appelle. C'est Gabriel. Je décroche, étonné.
— Allô ?
Pas de réponse. Juste des respirations.
— Allô ? Gab ?
J'entends deux souffles puissants, puis des soupirs suspects.
— Tu aimes ça.
Ce n'est pas la voix de Gabriel.
— Oui. Vas-y. Maintenant. Prends-moi.
Cette fois, c'est la voix de mon mec. Je raccroche. Pas besoin d'en entendre plus, j'ai bien compris le message. Jamais je n'aurais cru que Gabriel me larguerait de cette manière. Je le croyais moins lâche. Et dire que je m'étais retenu de céder à mes envies pour ce gamin, par respect pour mon couple.
Quel con. Mon cœur se serre. Les larmes me montent aux yeux. Même si nous étions en train de nous éloigner, j'aurais aimé une autre fin. Moins brutale. Moins irrespectueuse.
Je saisis mon téléphone pour envoyer un message à Gabriel et mettre un terme définitif à ces deux années.
« Tu aurais simplement pu me dire que notre relation était terminée. Tu n'avais pas besoin de m'appeler pendant que tu te faisais prendre. Après deux ans, je pensais mériter une meilleure fin. Je te souhaite de trouver ce que tu recherches ailleurs. Tu nous voulais exclusifs, mais au final, tu n'as pas tenu ta parole. Ne me contacte plus. Je te bloque. »
Message envoyé. Je suis officiellement célibataire. Ça fait mal, mais je survivrai. Après plusieurs heures, le sommeil me gagne enfin.
Mon téléphone sonne. Je râle d'être réveillé. Le nom de ma fille s'affiche sur l'écran. Je décroche.
— Papa ?
— Hmmm…
— Je te réveille ?
— Oui. J'ai eu du mal à m'endormir. Il est quelle heure ?
— Onze heures. Comme je ne t'ai pas vu au bureau, je me suis occupée de tes clients. Tu ne m'en veux pas ?
— Jamais, ma fille. Merci. Je n'étais pas dans mon assiette.
— Je m'en doute. Sa voix hésite soudainement.
— Pourquoi tu t'en doutes ?
— J'ai eu un appel paniqué de Gabriel ce matin.
Un rire sarcastique s'échappe de ma gorge.
— Paniqué ? Rassure-toi. Quand je l'ai entendu, il était au paradis en attendant de se faire prendre. Il va très bien. Il aurait juste pu rompre autrement.
Je sens l'hésitation de ma fille.
— Désolé de t'imposer mes problèmes.
— Ne t'excuse pas, papa. Gabriel a reçu ton message. Au début, il m'a dit qu'il n'avait pas compris. Puis il a vu que son téléphone t'avait appelé.
— Que son téléphone m'avait appelé ? Incroyable. Oui, son téléphone m'a appelé et j'ai entendu la fin de votre conversation.
— Il jure qu'il ne t'a pas appelé.
— Ça ne change rien au résultat.
— C'est ce que je lui ai dit. Tu vas bien ?
— Sur le coup, non, mais ça ira.
— Tu l'as bloqué ?
— Oui. Je ne veux plus rien à faire avec lui. Cette séparation était inévitable.
— Si tu le dis. Tout ce que je peux te dire, c'est qu'il a pleuré au téléphone. Il voulait prendre un avion pour venir te parler. Je lui ai demandé de ne rien faire.
— Tu as bien fait. Comment fais-tu pour si bien me connaître ?
— Je suis ta fille.
— Effectivement. Et les enfants ? Ton mari ?
— On va tous bien. Tu veux qu'on se voie pour le repas de midi ?
— Plutôt demain. J'ai besoin de traîner aujourd'hui. D'avoir du recul.
— Comme tu veux.
Derrière elle, j'entends une voix qui ne m'est pas inconnue.
— Je vais t'aider.
Mon cœur s'agite, comme il le fait dès que le gamin est à portée de voix ou de vue.
— Comme tu n'es pas seule, je te laisse.
— Ok. T'inquiète, lui aussi, je le gère. On rit tous les deux.
Ceux qui connaissent le gamin savent qu'il faut de la patience pour le supporter : il n'arrête pas de jacasser, il s'impose, bouge tout le temps et, le pire, c'est que cela ne me dérange absolument pas. Quand il déploie toute cette énergie, il me distrait. La vie me semble plus belle, plus intense.
Je suis complètement fou, pas de doute. Quand j'ai ce genre de pensées, Gabriel est très loin. Même si l'entendre au téléphone avec son amant m'a blessé, je n'ai plus de sentiments pour lui. C'est triste de devoir me l'avouer.
En y repensant, je saisis mon téléphone pour débloquer son numéro. Je me promets de l'appeler pour que nous en finissions définitivement.