L'appel du destin

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Summary

Alors qu'elle avait enfin accepté d'accompagner son amie dans un voyage d'affaires. Aweya n'aurait jamais imaginé que ce voyage allait changer sa vie à jamais. Transporté dans un monde inconnu par un appel désespéré. Pour le meilleur et pour le pire. Mais n'est ce pas le destin? Après tout il faut toujours un début, un point de départ, un déclenchement.

Status
Ongoing
Chapters
3
Rating
n/a
Age Rating
18+

Chapter 1


Le présent


Cette fois-ci, ça suffit. Cela ne servira strictement à rien, et elle n'avait aucune envie de rester une minute de plus à énumérer en vain ce qui s'était passé. Cette énième séance avait juste pour but de rassurer son amie qui s'inquiétait. Mais Aweya n'en pouvait plus.


Les regards insistants de la psychologue la faisaient passer pour une folle.

D'ailleurs, elle commençait à le croire. Elle ne pouvait que se raccrocher à l'amour qu'elle ressentait pour lui, il n'y avait que ça de réel. Elle pouvait même dire qu'il n'y avait que ça qui la maintenait en vie à cet instant.


— Aweya, vous êtes avec moi ?


Heureusement qu'elle était soumise au secret professionnel. Sinon, elle serait déjà enfermée dans un hôpital pour les fous.


— Oui, chuchota Aweya.


— Parfait ! Donc, si je résume vos dires lors de nos séances : le jour de cet accident, vous avez été transportée au milieu de nulle part, dans une forêt? Et ensuite, vous vous êtes réveillée dans l'eau, au milieu de nulle part, avant qu'il ne survienne ?


Les larmes brouillant sa vision, elle se leva brusquement du canapé avec la ferme intention de partir d'ici. Elle perdait son temps.


— Nous n'avons pas terminé, asseyez-vous, s'il vous plaît, insista Madame Barot en remontant ses lunettes.


— Bien sûr que si, nous avons terminé. Je n'en peux plus de vous expliquer à chaque fois la même chose. Non, je n'ai pas été transportée ni kidnappée. Vous ne faites que déformer mes propos, et voyez-vous, j'en ai assez.


Les cheveux attachés dans un chignon strict, Madame Barot se leva à son tour et passa ses mains dans ses cheveux pour repousser des mèches inexistantes, dans un geste sans doute nerveux.


— Mais enfin, comment voulez-vous que je croie à cette histoire ? demanda la psychologue.


— Et comment expliquez-vous que je sois réapparue quelques mois après ma disparition au large d'un océan mortel ? rétorqua Aweya.


Stella Barot se racla la gorge, cherchant ses mots. Pour obtenir les informations qu'elle voulait, elle devait faire preuve de patience.


---


— Mais enfin, Awa, pourquoi as-tu quitté la séance en plein milieu ? sermonna son amie Tara.


Assise en tailleur sur le lit, brossant ses cheveux, Aweya était presque absente, regardant à peine son amie qui attendait une réponse, les mains sur les hanches.


— Elle ne faisait pas preuve de professionnalisme, répondit-elle simplement.


Tara prit une profonde inspiration et monta la rejoindre sur le lit. Elle lui prit la brosse des mains et lui brossa les cheveux en silence. Un silence qu’Aweya finit par briser.


— Toi aussi, tu ne me crois pas, n'est-ce pas ?


Tara s'arrêta dans ses gestes et chercha ses mots.


— Tu sais, Awa, ton histoire est assez difficile à croire, commença Tara.


Aweya acquiesça en silence, la tête baissée.


— Mais moi, je suis ta meilleure amie, et je sais que tu n'as aucune raison de me mentir. Alors, je te crois.


Aweya manifesta son soulagement en fermant les yeux, tentant de refouler ses larmes.


— Et puis, tu as tout de même essayé de le rejoindre. Tu te rends compte que tu allais y laisser la vie ? sermonna Tara.


Les jours qui avaient suivi le retour d'Aweya avaient été très difficiles. Elle était bien sûr heureuse de revoir son amie.

Mais elle était aussi morte de chagrin à l'idée qu'elle ne pourrait plus revoir celui pour lequel son cœur battait à tout rompre, celui qui lui avait fait découvrir ce qu'était l'amour.

Elle était également tourmentée et inquiète d'être partie dans une telle situation. Elle ne savait même pas s'il était encore en vie. Voilà ce qui la tuait à petit feu.


Aweya était bien consciente que rester présente ici ne changerait peut-être rien, mais elle n'avait même pas eu le temps de lui dire au revoir.


— Il me manque tellement, si tu savais, avoua-t-elle.


Il lui manquait terriblement. Elle n'aurait jamais cru tomber amoureuse d'un homme pareil. Et encore moins se retrouver dans une telle situation.


Aweya se laissa tomber sur le lit, suivie de son amie. Tara était sa seule amie. C'était même plus que cela : elle était comme la sœur qu'elle n'avait jamais eue.


Elles s'étaient rencontrées au lycée, puis perdues de vue avant que le destin ne les réunisse à nouveau. Tara était passionnée d'histoire, contrairement à Aweya, et il était naturel qu'elle ait choisi de devenir guide touristique.


Après le lycée, Aweya avait voulu travailler immédiatement pour réunir assez d'argent et réaliser son rêve. Elle souhaitait ouvrir un restaurant de pâtisseries végétariennes.

Ce rêve venait de sa mère, qui était végétarienne. Elle refusait de goûter à la moindre sucrerie ou pâtisserie de peur qu'elle ne contienne un ingrédient d'origine animale.


Depuis son plus jeune âge, Aweya s'était donc amusée à créer des recettes adaptées, et elle devait admettre que beaucoup de personnes, notamment sa mère, les adoraient. Elle s'était dit : pourquoi ne pas partager ses créations avec le monde ?


---


— Le petit déjeuner est servi ! cria Tara.


Même depuis la salle de bain, Aweya pouvait entendre son amie crier. Cela la sortit de ses pensées, qui se concentraient sur les changements de son corps.


Aweya avait remarqué, à sa surprise, qu'elle avait pris quelques kilos malgré la situation. Mais son visage avait perdu son éclat d'avant. Ses yeux étaient ternes, et elle avait des poches sous les yeux.


Elle s'habilla avec désinvolture et quitta la salle de bain.


— Tu m'as l'air de bonne humeur, aujourd'hui, Tara, remarqua Aweya.


— Comment ne pas l'être ? Tu sors enfin de ton lit sans que je sois forcée de le faire.


Une moue apparut sur le visage d’Aweya alors que Tara souriait à pleines dents.


— J'ai rendez-vous chez le médecin aujourd'hui, tu as oublié ? C'est toi-même qui as pris le rendez-vous pour moi, rappela-t-elle.


Aweya prit un morceau de pain et y étala de la confiture, sous le regard mi-figue, mi-raisin de son amie.


— Qu'est-ce que tu ferais sans moi, dis-moi ? chantonna Tara.


Aweya s'arrêta de manger et regarda Tara avec sérieux. Tara l’interrogea du regard en retour.


— Tu ne devrais pas t’inquiéter pour moi autant, tu sais. Je me sens comme un boulet pour toi. Alors que le but était...


— Arrête, Aweya ! Je te coupe tout de suite, répliqua Tara.


Elle s’approcha d’Aweya et lui prit doucement la main.


— Awa, commença-t-elle. Tu es ma meilleure amie, ma confidente, mon pilier. Si je n’arrive pas à te soutenir dans les moments difficiles, comme tu l’as fait pour moi, alors qu’est-ce que je suis ?


Tara la prit dans ses bras avant de continuer.

Une étreinte qu’Aweya rendit avec force, mélangeant chagrin et reconnaissance.


— Tu n’es pas un boulet pour moi. Les amis, ça se soutient. Et puis, si mon amie ne va pas bien, qui va me préparer mes bons petits plats habituels ?


La plaisanterie de Tara fit rire Aweya à travers ses larmes.


— Tu es la meilleure amie du monde, tu sais. Je ne sais pas ce que je ferais si tu n’étais pas là, confessa Aweya sincèrement.


Tara mit fin à l’étreinte et lui prit la joue avec un petit sourire espiègle.


— C’est exactement ce que je viens de dire. Arrête de pleurer et va te préparer, et ne laisse pas le docteur en plan comme tu as fait avec la psy.


Aweya acquiesça en souriant. Tara savait toujours comment lui remonter le moral. Elle avait tellement de chance de l’avoir dans sa vie.


— Et toi, tu fais quoi aujourd’hui ? demanda Aweya.


— Je reprends le travail. La facture de la maison ne va pas se payer toute seule. Et, en plus, mon boss est tellement sexy !


Aweya secoua la tête devant les bêtises de son amie. Tara n’avait pas changé.


— Je n’arrive toujours pas à croire que tu ne veux plus être guide touristique, remarqua-t-elle.


Tara haussa les épaules et commença à débarrasser la table.


— Je voulais faire ce métier parce que j’aime l’histoire. Mais il y a d’autres moyens d’utiliser mes connaissances, tu sais, répondit-elle simplement.


Aweya n’était pas totalement convaincue, mais elle n’insista pas.


— Maintenant que j’y pense, tu ne m’as jamais décrit comment il était, lança soudainement Tara. Allez, dis-moi, je sens que ça va m’intéresser.


Aweya leva les yeux au ciel et partit, suivie de près par Tara, bien décidée à avoir ses réponses.


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— Excusez-moi, vous pouvez répéter ?


Aweya avait l’impression que ses oreilles bourdonnaient.


— Je comprends que c’est assez flou, mais d’après les analyses, votre taux d’hormones est très élevé et correspond sans aucun doute à celui d’une femme enceinte. Si vous le souhaitez, nous pouvons procéder à une échographie immédiatement.


Comme un automate, Aweya, les yeux perdus sur le carrelage, se dirigea vers le lit médicalisé et s’y assit.


Conscient de son état, le médecin resta silencieux et prépara la machine. Il lui appliqua le gel sur le bas du ventre, mais elle n’avait même pas la force d’être gênée.


Puis, enfin, les premières images apparurent sur l’écran. C’est à ce moment précis qu’elle réalisa pleinement.


Elle était enceinte.


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À l'annonce de sa grossesse, Aweya passa par une montagne d'émotions. Elle était d'abord heureuse à l'idée d'avoir un enfant, de porter le fruit de leur amour.


Mais cette joie fut vite éclipsée par la peur. Serait-elle capable de s'occuper d'un enfant seule, sans père ? Elle savait que son amie et sa mère, bien qu'elles ne soient pas toujours présentes, l'aideraient. Pourtant, cette frayeur ne la quittait pas.


Puis vint la colère. Une colère dirigée contre elle-même. Elle s'en voulait d'avoir mis sa vie en danger à plusieurs reprises, alors qu'elle portait en elle une autre vie.


Cela faisait maintenant un mois que cette merveilleuse nouvelle lui avait été annoncée. Depuis, elle faisait beaucoup plus attention à elle-même. Elle était retournée travailler dans le café où elle avait travaillé avant, afin de préparer l'arrivée de son trésor tant attendu.


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Après le travail, elle évitait de sortir. La psychologue, censée être une professionnelle, s’était révélée être une trahison. Cette dernière avait divulgué son histoire à un journal. Lors des retrouvailles d’Aweya dans l’eau, là où tout avait commencé, des journalistes étaient présents. D'ailleurs elle se demandait si elle était vraiment une psychologue.


Bien sûr, l'article avait déformé la vérité, la présentant comme une victime de kidnapping tombée amoureuse de son geôlier. Le syndrome de Stockholm.


Les gens qui la reconnaissaient dans la rue étaient partagés entre la pitié et le dégoût.


Et pourtant, en y réfléchissant bien, une partie de cette description n’était pas complètement fausse. Mais pour comprendre, il fallait revenir en arrière quelques mois plus tôt.


Le commencement.