MY secret love

Summary

Orpheline depuis ses 10 ans, Jade a grandi dans les foyers, traînant avec elle les cicatrices d’un passé brisé. À 18 ans, elle pense enfin pouvoir respirer : une famille stable l’adopte. Une belle maison. Une nouvelle vie. Un nouveau départ. Mais tout s’écroule quand elle découvre que Luca, lui aussi adopté, vivra sous le même toit qu’elle. Luca. Celui qu’elle déteste depuis toujours. Celui qui l’énerve, l’agace, l’exaspère. Mais Jade le sait : cette haine n’est qu’un masque. Car au fond d’elle, c’est lui qu’elle aime depuis le début. Et c’est justement ça qu’elle ne se pardonne pas. Comment aimer quelqu’un qu’on prétend détester ? Comment partager un toit avec un garçon qui fait battre ton cœur plus fort chaque fois qu’il entre dans la pièce ? Et surtout… que faire quand ce garçon devient, aux yeux du monde, ton frère adoptif ? Entre rejet, attirance et sentiments interdits, Jade va devoir affronter la vérité : parfois, les émotions les plus puissantes naissent là où on s’y attend le moins.

Genre
Romance
Author
Yasmine
Status
Ongoing
Chapters
2
Rating
5.0 1 review
Age Rating
16+

1

Si on m’avait dit qu’à dix-huit ans, je serais encore en train d’attendre qu’une famille veuille bien de moi, j’aurais ri. Froidement. Amèrement.

Mais aujourd’hui, j’étais là. Assise à l’arrière d’une voiture trop silencieuse, les mains crispées sur mes genoux, une valise cabossée à mes pieds. Tout ce que je possédais entassé dans un vieux sac. C’est fou comme dix-huit années de vie peuvent tenir dans si peu d’espace.

La travailleuse sociale m’a lancé un sourire compatissant à travers le rétroviseur.

— Tu vas aimer les Bennett, Jade. Ils sont adorables. C’est une belle famille.

Adorables. Ce mot me fait presque rire. Ça fait des années qu’on me le sort à toutes les sauces, comme une promesse creuse. “Tu vas voir, cette famille est différente”, “Ils vont t’aimer comme leur fille”, “C’est ta chance”. Et chaque fois, la même issue : l’attachement, l’illusion, puis le rejet.

Mais aujourd’hui, je n’ai plus le luxe de dire non. C’est ma dernière chance d’avoir une famille avant que le système ne me lâche. Avant que je ne sois livrée à moi-même, pour de bon.

La voiture s’arrête devant une grande maison aux volets blancs et aux rosiers parfaitement taillés. Le genre de maison qu’on voit dans les séries américaines. Trop propre, trop parfaite. Ça m’angoisse. J’ai l’impression d’être un coup de feutre noir sur une page blanche.

Je sors de la voiture. La porte d’entrée s’ouvre, et un couple s’avance vers moi. Ils sourient. Chaleureusement. Trop chaleureusement. Je déteste déjà ce moment.

— Jade ? Moi c’est Sarah, et voici mon mari, Daniel. On est si heureux que tu sois là.

Je force un sourire. Faux. Poli. Ma spécialité.

— Merci.

Elle me prend dans ses bras. Je reste raide. Pas de contact, s’il vous plaît. Je me détache discrètement, espérant qu’elle comprenne le message.

Ils me font entrer. La maison sent le pain chaud et la lavande. Des cadres photo recouvrent les murs. Des sourires figés dans le bonheur. Une maison pleine de vie. Je me sens étrangère ici. Comme un meuble qu’on ne sait pas encore où placer.

— Tu vas dormir à l’étage. On a préparé une chambre rien que pour toi. On espère que tu t’y sentiras bien.

Je hoche la tête. Je monte, laissant ma valise traîner sur les marches. Quand j’ouvre la porte, je m’arrête.

La chambre est… belle. Trop belle. Des murs crème, des draps lilas, un bureau blanc, une petite bibliothèque. Même des livres que j’aime. Comment savent-ils ça ? Ont-ils lu mon dossier ?

Un détail me frappe : deux brosses à dents dans la salle de bain attenante. L’une bleue. L’autre verte.

Je fronce les sourcils.

— Ah, oui… Jade, on ne t’a pas encore dit, intervient Sarah derrière moi, un peu gênée. Tu ne seras pas seule. Il y a quelqu’un d’autre ici, un autre jeune que nous avons adopté il y a un an.

Mon cœur rate un battement.

— Qui ? je demande, la voix tendue.

Elle hésite.

— Il s’appelle Luca.

Le sol se dérobe sous mes pieds. Non. Pas lui. Pas lui.

— Ce n’est pas possible…

Mais c’est trop tard. Une porte claque dans le couloir, des pas lourds montent l’escalier… et le monde s’effondre quand je le vois.

Il est là.

Luca.

Toujours aussi sûr de lui, les cheveux en bataille, le regard insolent. Il me fixe. Moi aussi. On reste figés l’un face à l’autre. Un frisson me parcourt.

— Jade. Quelle surprise, dit-il, un rictus moqueur aux lèvres.

Je serre les dents.

— Je pourrais dire pareil, crache-je.

Sarah intervient, confuse.

— Vous vous connaissez déjà ?

Je ne réponds pas. Lui non plus.

On ne se “connaît” pas. On s’est côtoyés. En foyer. Pendant deux ans. Et chaque jour était une guerre silencieuse. Entre ses provocations et mon orgueil. Il m’a poussée à bout, plus d’une fois. Il sait exactement où frapper. Il a ce regard, celui qui voit tout ce que je tente de cacher. Celui qui me fait me sentir… vulnérable.

Mais ce que Sarah ignore, c’est la vérité.

Je le déteste. Parce que je l’aime.

Depuis la première fois qu’il m’a regardée. Depuis la première fois qu’il m’a protégée d’un autre garçon au foyer, sans rien dire. Depuis ce jour où il a volé un livre pour moi et me l’a déposé en silence. Je l’ai repoussé, ignoré, blessé. Parce que c’était plus simple de le haïr. Parce qu’avouer ce que je ressentais me faisait peur.

Et maintenant, on vit sous le même toit.

Dans la même famille.

Avec des parents qui nous voient comme frère et sœur.

Je suffoque.

Luca passe près de moi, frôle mon épaule. Il chuchote, assez bas pour que seuls nous deux entendions :

— Alors, la petite Jade va devoir apprendre à vivre avec moi ? Ça promet…

Je le déteste. Je le hais.

Et pourtant, alors qu’il s’éloigne dans le couloir, je me rends compte que mon cœur bat beaucoup trop vite.

Je reste là. Figée. Comme si mes jambes avaient oublié comment bouger.

Son odeur, son souffle sur ma peau, son regard… tout en lui fait remonter des souvenirs que j’avais soigneusement enfouis. Je croyais les avoir enfermés à double tour. Mais Luca, il a toujours su forcer les portes.

Je reprends ma valise, la traîne jusqu’à ma nouvelle chambre. Quand je referme la porte derrière moi, l’air me semble plus épais. Comme si l’oxygène refusait d’entrer dans mes poumons.

Je m’assois au bord du lit et je laisse tomber ma tête entre mes mains.

Pourquoi ici ? Pourquoi lui ?

Je me sens trahie. Par le système. Par la vie. Par cette fausse promesse de paix. J’étais prête à faire un effort. À essayer de croire encore à une famille. Mais pas comme ça.

Pas avec Luca dans l’équation.

Parce que Luca, c’est un feu que je n’ai jamais su éteindre.

Flash.

Je revois son visage, couvert de bleus, après une bagarre au foyer. Il avait dit que ce n’était pas grave. Que c’était normal. Que c’était “comme ça, ici”.

Il m’avait donné son dessert ce soir-là. En silence. Juste posé devant moi, sans me regarder. Et pourtant… il savait que je n’avais pas mangé depuis deux jours.

Il avait toujours cette façon d’aider sans jamais demander. De tendre la main sans laisser croire qu’il le faisait par gentillesse. Il portait sa douleur comme un tatouage invisible, et je la reconnaissais. Parce que j’avais la même.

Mais aimer Luca, c’était comme plonger dans une mer glacée, sans fond. On croit que c’est supportable, et puis on se noie.

Je me lève d’un coup, furieuse contre moi-même.

Contre ce cœur qui bat trop vite.

Contre ces pensées qui reviennent alors que je devrais juste… l’ignorer.

Je défais mes affaires. Une chemise, un vieux carnet, trois bouquins. Une photo déchirée de mes parents. Je la glisse sous l’oreiller, comme si ça pouvait suffire à me protéger.

Un coup léger frappe à ma porte.

Je sursaute.

La voix de Sarah résonne doucement.

— Jade ? Le dîner est prêt. Tu peux descendre si tu veux… ou prendre ton temps, bien sûr. Il n’y a aucune pression.

Elle est douce. Trop douce.

Et moi, je suis dure. Abîmée.

— J’arrive, je murmure.

Quand je descends, Luca est déjà là, assis à la table. Il mâchouille une pomme, l’air de s’ennuyer. Ses yeux croisent les miens une seconde. Pas plus. Mais c’est suffisant pour allumer quelque chose d’orageux dans mon ventre.

Daniel me sourit et tire une chaise.

— Installe-toi, Jade. Tu veux du poulet ou des pâtes ? On a tout mis au centre, tu peux te servir.

Je hoche la tête. Silence. Toujours ce silence.

Sarah comble les vides avec sa voix joyeuse. Elle parle d’un parc pas loin, d’une école de danse si jamais ça m’intéresse, de la bibliothèque municipale. Luca ne dit rien. Moi non plus.

Mais je sens son regard sur moi, de temps en temps.

Et chaque fois qu’il regarde, je retiens mon souffle.

Parce que je sais ce qu’il pense.

Parce que je pense la même chose.

Ce dîner ressemble à une pièce de théâtre. Une scène parfaite pour une famille parfaite. Mais moi, je suis l’intruse. Et Luca… c’est l’explosion silencieuse.

À un moment, Sarah rit d’un souvenir, et Daniel lui touche doucement la main. C’est beau, presque trop. Je détourne les yeux. Je sens la brûlure monter. Alors je me lève brusquement.

— Je peux sortir prendre l’air ?

Sarah sursaute, mais acquiesce doucement.

— Bien sûr. Prends ton temps, Jade.

Je claque presque la porte derrière moi.

Le vent me gifle. Il fait nuit. L’air est lourd d’humidité, de secrets qu’on n’a pas encore dit.

Je marche jusqu’au bord du jardin, m’assois dans l’herbe encore tiède. Je fixe le ciel. Pas d’étoiles. Juste des nuages épais. Je me demande si elles sont là quand même, derrière. Si elles brillent sans qu’on les voie.

— Toujours aussi dramatique, souffle une voix derrière moi.

Je sursaute.

Luca est là. Bien sûr qu’il est là.

Il s’allume une cigarette, s’adosse contre un arbre, et me regarde avec ce demi-sourire qui me rend folle.

— Tu comptes me fuir combien de temps ?

Je ne réponds pas.

Il continue :

— Je savais pas que tu venais ici. J’aurais peut-être dit non, sinon.

Mensonge. Je le vois dans ses yeux. Il savait.

— Tu veux quoi, Luca ? je crache, sèchement.

— Rien. Juste… t’entendre parler. T’as toujours eu cette façon de dire les choses comme si elles allaient exploser.

Je le fixe.

— Et toi, t’as toujours aimé faire semblant d’en avoir rien à foutre. Mais je te connais. Je sais que tu ressens.

Il ne dit rien. Il tire une bouffée, puis murmure :

— Et toi, tu ressens encore trop.

Je détourne les yeux.

On ne se parle pas. On se provoque. On se teste.

C’est toujours comme ça entre nous. Et pourtant, c’est comme une danse. Une vieille habitude. Un poison qu’on avale en connaissance de cause.

Et dans le silence de la nuit, alors qu’on est là, à quelques mètres l’un de l’autre, je réalise une chose.

Je ne suis pas prête.

Pas prête à vivre avec lui.

Pas prête à revivre tout ça.

Mais surtout… pas prête à retomber.