Théo D'or [Romance MM] 1

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Summary

[Romance MM] Fraîchement installé en ville, David, 35 ans, créateur de parfums discret mais passionné, trouve refuge dans un café chaleureux où il prend l’habitude de commencer et finir ses journées. Derrière le comptoir, Théodore, le propriétaire, gère son établissement avec rigueur tout en élevant seul son fils de cinq ans. Au fil des semaines, une routine s’installe entre eux, rythmée par des échanges anodins et des regards volés. David, ouvertement gay, n’attend rien de cet homme silencieux, tandis que Théodore, persuadé d’être hétéro, refuse d’écouter le trouble grandissant qui s’empare de lui. Tout bascule le jour où Théodore surprend David en train d’embrasser un autre homme. Entre non-dits, quiproquos et un passé qui pèse lourd, Théodore devra apprendre à aimer comme il n'a jamais aimé… ou de se laisser aimer comme il l'a toujours voulu.

Genre
Romance
Author
Themys_E
Status
Complete
Chapters
22
Rating
4.6 8 reviews
Age Rating
18+

Mercredi – Espoir

David poussa la porte du café, accompagné du tintement familier du carillon annonçant l’arrivée d’un client. Il était à peine sept heures, et l’endroit baignait déjà dans une atmosphère chaleureuse. Les murs aux teintes pastel captaient les premiers rayons du soleil printanier, diffusant une lumière douce et réconfortante.

En avançant vers le comptoir, il laissa l’odeur du café fraîchement moulu envelopper ses sens, se mêlant aux notes feutrées d’une playlist jazzy. Dès sa première visite, il s’était senti comme chez lui. Il esquissa un sourire en voyant le dos du propriétaire qui rangeait des tasses derrière le comptoir. Son regard effleura, presque malgré lui, la courbe discrète de ses hanches, et il imagina un instant ses mains qui les caressaient.

Théodore, la trentaine, affichait toujours ce sourire franc et expressif qui donnait à son café une touche de chaleur supplémentaire. Aujourd’hui, il portait un jean noir qui dessinait parfaitement les formes de ses fesses, honorées par le nœud blanc du tablier.

À Paris, David ne lui aurait sans doute pas accordé un seul regard. Mais ici, il prenait son temps pour le détailler. Les cheveux bruns de Théodore, d’une longueur raisonnable, laissaient deviner quelques boucles indisciplinées. Son visage, aux traits anguleux, était mis en valeur par des yeux gris foncé et empreints de sincérité. Son corps, mince et agile, semblait parfaitement adapté aux exigences de son métier.

David n’aurait jamais cru prendre autant de plaisir à observer un homme bouger avec cette aisance naturelle. Mais, il savait à quoi s’en tenir. Au fil de leurs discussions, il avait compris que le propriétaire était hétéro. Alors, il se contentait maintenant de le regarder sans aucune attente.

— Café, monsieur ? demanda Théodore, lui jetant à peine un coup d’œil sans le reconnaître.

C’était dans ces moments-là qu’il se sentait comme tout le monde. David, 35 ans, était l’un des créateurs de parfums de la société de cosmétiques Reina, dirigée par son père. Pendant des années, sa mère avait tenu son frère cadet et lui à l’écart des affaires familiales. Et depuis la sortie de son premier parfum, dix ans plus tôt, il avait dû apparaître davantage en public, à contrecœur, regrettant l’époque où il pouvait encore passer inaperçu. Son visage avait été placardé tant de fois qu’il ne pouvait plus mettre un pied dehors sans être reconnu.

S’installer provisoirement dans la demeure de ses grands-parents avait été une bonne idée. Il n’y avait plus mis les pieds depuis son enfance. Puis, sa curiosité avait redoublé quand sa grand-mère lui avait parlé du nouveau propriétaire du café qu’elle avait vendu. L’agencement était resté le même, mais Théodore y avait ajouté quelques touches personnelles. Des plantes colorées, fraîches et pétillantes offraient à cet espace un cadre intemporel.

Son regard se posa un instant sur la vieille machine à grain qui servait de décoration sur une étagère. Il sourit en se souvenant d’y avoir gravé son prénom lorsqu’il était enfant. Sa grand-mère avait été furieuse, plus par crainte qu’il ne se blesse que par l’état de l’objet. C’étaient de bons souvenirs et, finalement, il ne regrettait aucunement d’avoir accepté leur proposition.

Paris l’étouffait. Les soirées mondaines et les gens superficiels commençaient à le rendre austère et insensible. Là-bas, chaque apparition publique alimentait des spéculations et lui volait un peu plus de son intimité. Les hommes qu’il fréquentait ne voyaient en lui qu’une façon d’accéder plus facilement à la réussite.

David était grand, athlétique et avait hérité des cheveux sombres de son père et des yeux bleus de sa mère. Son visage carré et viril avait marqué les esprits lors de ses premiers clichés pour son parfum, attirant le regard d’autres professionnels du milieu. S’il avait trouvé cela amusant, il avait très vite compris que l’amour n’avait pas de place dans ce monde. Cette solitude l’avait éloigné de sa passion, l’empêchant de composer ce qu’il avait toujours aimé créer. Après cinq ans de mannequinat, il s’était définitivement retourné dans ses créations.

Préserver son anonymat était devenu une seconde nature. Ici, c’était plutôt simple de se fondre parmi les habitants. Sa grand-mère parlait souvent de son père, ce qui lui permettait de passer à travers les mailles du filet, mais il préférait rester méfiant. Aujourd’hui, il était facile de s’introduire dans la vie privée des personnalités reconnues grâce à Internet.

Il avait donc pris le nom de jeune fille de sa mère, troqué ses costumes sombres contre des jeans et des pulls confortables, et laissé pousser une barbe, lui qui d’ordinaire se rasait tous les deux jours. Par précaution, il portait aussi des lunettes de vue, de simples montures rectangulaires en plastique noir, avec des verres anti-UV. Un détail anodin, mais suffisant pour brouiller les regards curieux. Elles transformaient ses traits familiers en ceux d’un homme ordinaire. Il se sentait un peu comme Superman, à ceci près que son costume de héros tenait plus du pull en laine que de la cape rouge.

— Comme tous les matins, répondit-il, amusé par sa phrase habituelle, tout en déposant sa veste longue sur le dos d’un tabouret.

Il s’assit et s’accouda, et enfin Théodore se retourna, visiblement embarrassé lorsqu’il le reconnut.

— David ! s’exclama Théodore. Pardon, je n’avais pas fait attention que c’était toi.

— Ce n’est pas grave, chuchota-t-il en remontant ses lunettes sur le nez.

— Euh... ok, donc... bafouilla son interlocuteur. Un double expresso, accompagné de bugnes.

— Tu commences à me connaître, répondit-il en acquiesçant.

Théodore inclina légèrement la tête en haussant un sourcil. Une fossette se dessina au coin de ses lèvres, et David sentit son cœur battre un peu plus fort, troublé par ce charme inattendu.

— Je retiens les habitudes de mes bons clients.

Très vite, une routine bien huilée s’installa. Il avait cru qu’il s’en lasserait, mais c’était tout le contraire. Il s’en réjouissait d’avance chaque jour.

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