Louve et Sorcière 4

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Summary

Une Reine contestée. Une magie incontrôlable. Un avenir incertain. Théodora a triomphé d’Angie, la sorcière qui menaçait l’équilibre des meutes, mais la victoire a un prix. Désormais Reine des loups-garous, elle doit faire face aux tensions politiques et aux traditions qui refusent d’accorder le pouvoir à une femelle Alpha. Alors que des factions conservatrices s’opposent à son règne, une force mystérieuse grandit en elle : une magie hybride, née de la bataille, qui pourrait bien bouleverser tout ce qu’elle croyait savoir sur son destin. Tandis qu’Arsène lutte pour consolider leur royaume, Théodora découvre un secret enfoui depuis des siècles — un héritage capable de changer à jamais l’avenir de leur espèce. Entre alliances fragiles, révélations inattendues et une menace tapie dans l’ombre, pourra-t-elle préserver l’unité des siens sans se perdre elle-même ? L’ultime combat ne fait que commencer.

Status
Complete
Chapters
44
Rating
n/a
Age Rating
16+

Chapitre 1

26 juillet 2017 – Château de Loudenvielle

Des rideaux blancs, illuminés par des guirlandes, couvraient les murs. La lumière des spots, incrustés dans le plafond blanc, se reflétait sur les voilages écrus qui tapissaient les murs. Cela apportait une ambiance chaleureuse et feutrée à la pièce.

Je me tenais droite au centre de l’estrade de la salle de réception du château de Loudenvielle, drapée dans une robe vert feuillage, les épaules nues, le corsage serti de broderies. L’étoffe flottait doucement autour de mes jambes, portée par la brise légère qui entrait par les hautes fenêtres ouvertes sur la vallée.

Les Alphas et la meute de Loudenvielle étaient assis autour de tables dispersées dans la salle. Leurs regards braqués sur moi, certains pleins d’admiration, d’autres de curiosité, d’autres encore d’attente prudente.

Le cœur battant, je laissai mon regard glisser vers Arsène. Il se tenait à ma droite, vêtu d’un smoking noir, les mains croisés dans son dos, l’air calme, mais tendu. Ses yeux verts étaient rivés aux miens, me soutenant silencieusement, et ce simple échange me donna la force de continuer.

Charles, à ma gauche, était vêtu d’un costume noir impeccable. Sa chemise blanche cachait ses bandages. Il se tenait droit malgré la douleur, le visage grave, les traits fermés. Il ne portait pas de couronne, et pourtant, sa seule présence imposait le respect.

Je fis quelques pas en avant, mes talons résonnant sur le parquet vitrifié. Le silence s’installa aussitôt, comme suspendu dans l’attente de mes paroles.

— Alphas de toutes meutes et loups-garous, commençai-je, la voix claire. Je me tiens devant vous en tant que Reine choisie par la magie lupine, mais aussi par les forces élémentaires. Une nouvelle ère s’ouvre pour notre peuple.

Je marquai une pause. Tous m’écoutaient.

— J’ai choisi Arsène, Alpha du Limousin, comme Roi. Mon âme sœur, mon égal. Il a toujours marché à mes côtés, dans les épreuves les plus difficiles.

Un murmure d’approbation s’éleva parmi les rangs. Arsène ne bougea pas, mais je sentis son amour inconditionnel réchauffer notre lien.

— Et parce qu’aucune Reine ne peut régner seule, j’ai décidé de m’entourer d’un Conseiller suprême. Un homme dont la loyauté, la vision et le courage n’ont jamais flanché, même face à la mort.

Je me tournai vers Charles. Il soutint mon regard, sans ciller.

— Charles, ancien bras droit du Roi Jacques, protecteur de ma meute avant même que j’en prenne la tête, prêtera aujourd’hui serment devant vous tous.

Charles fit un pas en avant. Un souffle parcourut l’assemblée. Il s’agenouilla, le poing droit posé sur le cœur. Mais il marqua un instant d’arrêt, le regard fuyant. Ses mâchoires se crispèrent, ses épaules se raidirent.

Ce n’était pas la soumission d’un homme qui cédait à un destin tracé. C’était le choix d’un guerrier qui, en s’inclinant, renonçait à un futur différent. Un royaume qui aurait pu être le sien.

— Moi, Charles, fils de la meute de Loudenvielle, jure devant tous les Alphas, devant la lune, devant la magie lupine, fidélité et loyauté à notre Reine Théodora, à notre Roi Arsène, et au peuple des loups-garous. Je jure de conseiller avec sagesse, de protéger sans relâche, et de toujours faire passer l’avenir de notre peuple avant mes propres désirs.

Un silence solennel suivit ses paroles. Puis je posai la main sur sa tête inclinée, sentant la chaleur de son front contre ma paume.

— Tu es désormais lié à nous par le serment ancien. Conseiller suprême du royaume.

Il releva la tête. Nos regards s’accrochèrent une dernière fois, un instant suspendu dans le temps. Il n’y avait plus de place pour les regrets.

Arsène s’approcha, son regard fixant brièvement Charles. Il posa sa main sur son épaule, ses doigts la serrant légèrement. Un geste silencieux, lourd de sens. L’assemblée se leva comme un seul corps et poussa un hurlement d’allégeance. Il résonna entre les murs du château, comme un cri de meute, sauvage, puissant, libre.

Je compris alors que nous avions franchi un cap. Ensemble. Et que, malgré la douleur, malgré les pertes, nous étions prêts à construire un nouveau royaume.


Le château baignait dans le calme du matin, un calme qui, Arsène le savait, ne durerait pas longtemps. Déjà, des bruits légers résonnaient dans le couloir. De petits pas, rapides et déterminés, résonnaient sur les dalles du couloir, hésitants et maladroits à la fois.

Un sourire étira ses lèvres avant même que la porte de son bureau ne s’ouvre à la volée.

Sullivan apparut dans l’encadrement, le souffle court, sa chevelure blonde en bataille et ses joues rosies par l’effort. Il s’était enroulé dans une couverture trop grande, trainant derrière lui comme une cape royale. Ses petits doigts agrippaient l’étoffe avec solennité, comme un souverain s’apprêtant à monter sur son trône.

— Je suis Papa, le Roi ! déclara-t-il, la voix bien trop aigüe pour paraître imposante.

Il brandit un bâton qu’il avait sûrement ramassé dans les jardins et le pointa vers un ennemi invisible.

— Qui ose me défier ? tonna-il, du moins essaya-t-il.

Arsène laissa échapper un rire bas et chaleureux, incapable de retenir son amusement. Sullivan fronça aussitôt les sourcils.

— Papa ! C’est pas drôle !

Arsène posa son coude sur son bureau et se pencha légèrement en avant, tentant de prendre un air sérieux malgré le sourire qui menaçait toujours d’étirer ses lèvres.

— Ah, pardon, ta Majesté, répondit-il, en imitant un ton grave. Continue. Montre-moi ce que fait un Roi.

Sullivan se redressa, visiblement ravi d’être pris au sérieux, et bombant fièrement le torse, il reprit son rôle avec plus d’intensité encore.

Arsène s’adossa lentement dans son fauteuil, observant les mouvements enthousiastes et maladroits de son fils. Il était une tempête d’énergie et d’imagination, transformant le moindre objet en une épée, une armure, une arme. Son regard s’attarda sur le petit garçon, sur cette innocence débridée, et soudain, une pression familière vint lui serrer la poitrine.

Sans s’en rendre compte, il fixa ses mains croisées posées sur son bureau.

Était-ce ainsi que son propre père l’avait observé, des années plus tôt ?

Il ferma brièvement les yeux, laissant remonter un souvenir gravé dans sa mémoire. Un bureau en bois massif, une lumière tamisée, une voix posée et calme. Son père n’avait jamais levé la voix contre lui, jamais cédé aux démonstrations excessives d’affection, mais chaque regard, chaque parole avait compté. Il lui avait appris à être un homme juste, à reconnaître la différence entre le bien et le mal, sans compromis. A toujours donner le meilleur de lui-même, parce que c’était ainsi que l’on gagnait le respect de ses pairs.

Arsène ouvrit lentement les yeux.

Son père avait été un guide, un modèle à suivre. Mais lui… que pouvait-il offrir à Sullivan ?

— À quoi penses-tu ?

La voix douce de Théodora le sortit de ses pensées.

Il leva les yeux vers elle. Elle se tenait dans l’encadrement de la porte, une tasse de thé entre ses doigts, sa longue chevelure rousse retenue en un chignon serré. Son regard ambré l’observait avec cette chaleur qu’il lui connaissait si bien, mais aussi avec cette acuité qui faisait d’elle une Reine.

Elle s’avança sans un bruit, posant sa tasse sur le bureau avant de s’asseoir en face de lui.

— Tu te demandes si tu es à la hauteur ? demanda-t-elle.

Arsène détourna les yeux, fixant Sullivan qui, perché sur une chaise, continuait son petit théâtre.

— Il me voit comme un héros, dit-il enfin. Mais suis-je vraiment quelqu’un qu’il devrait admirer ?

Théodora tendit la main et effleura son bras, un contact doux mais assuré.

— Tu ne lui donnes pas le choix, répondit-elle avec un sourire. Tu es déjà son héros. Pas parce que tu es parfait. Mais parce que tu es là, chaque jour, pour lui.

Il tourna la tête vers elle, captant l’intensité de son regard.

— Tu sais, ajouta-t-elle, son ton devenant plus léger, il y a des jours où je me demande si je serai à la hauteur. Être Reine, être mère…

Elle marqua une pause, ses traits se détendant comme sous l’effet d’un souvenir lointain.

— Tu te souviens de l’hiver dernier ? Quand tu voulais me montrer la cascade gelée de l’Eventail ?

Arsène plissa légèrement les yeux, méfiant.

— Oui, après trois heures de marche en rond ! rit-elle. Tu refusais d’admettre que tu étais perdu. Moi, j’étais gelée et toi, tu essayais de faire comme si tout était normal. Mais au bout d’un moment, même ton loup t’a trahi et a commencé à tourner sur lui-même !

Un silence amusé flotta entre eux. Puis Arsène prit un air faussement songeur.

— Mais maintenant que j’y pense… ce n’est pas ça qui m’a le plus marqué cet hiver-là.

Théodora haussa un sourcil.

— Ah oui ? C’est quoi alors ?

Un sourire en coin étira les lèvres d’Arsène, l’éclat espiègle dans ses yeux verts annonçant un piège.

— Le repas.

Elle fronça les sourcils.

— Quel repas ?

— Celui que tu as voulu me préparer, le soir de la première neige. Celui où tu voulais « m’impressionner ».

Théodora pâlit légèrement, puis détourna le regard.

— Ah. Ce repas-là.

— Oui. Arsène croisa les bras, savourant pleinement la situation. Celui où tu as réussi à carboniser un rôti entier… et où la sauce avait une consistance indéfinissable, entre la boue et le ciment.

— C’était une sauce aux champignons ! protesta Théodora, les bras croisés.

— C’était une attaque biochimique, répliqua-t-il, un sourire en coin, réprimant un rire.

Elle lui donna une tape sur la main, boudeuse, mais ses lèvres trahissaient un sourire amusé.

Un silence complice s’installa alors qu’ils reportaient leur attention sur Sullivan. Perché sur sa chaise, il brandissait fièrement son bâton, comme s’il venait de conquérir un royaume entier.

— Il sera un bon Alpha, dit Arsène, confiant.

Théodora hocha doucement la tête.

— Oui. Parce qu’il a un père qui lui montre la voie.

Leurs regards se croisèrent. Dans cet instant suspendu, tout semblait à sa place. Une famille, avec ses doutes, ses imperfections, mais unie, prête à affronter l’avenir.