2 - SURTENTION

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Summary

Vous avez aimé « Court-Circuit » et la romance intense entre Mia et William ? Préparez-vous à plonger dans une nouvelle tempête d’émotions ! Leur fille, Emma, est désormais une femme accomplie, forte et indépendante. Mais son pire ennemi n’est autre qu’Ethan Prince, héritier de la famille rivale. Entre eux, c’est la guerre… du moins en apparence. Car sous les piques acérées et les regards de défi se cache une tension brûlante, une attraction interdite qui menace d’exploser à chaque instant. Quand les secrets du passé refont surface, bouleversant leurs certitudes, leur haine pourrait bien se transformer en une passion dévorante. Mensonges, désir, trahisons… Êtes-vous prêt à découvrir une romance qui fera battre votre cœur à mille volts ? Surtension vous réserve une histoire électrisante où chaque page vous tiendra en haleine !

Status
Complete
Chapters
41
Rating
5.0 7 reviews
Age Rating
18+

Chapitre 1 - EMMA

Le reflet que je croise chaque matin dans le miroir ne m’appartient pas tout à fait. Il raconte une histoire, celle d’une lignée imposante et d’un héritage qui pèse plus lourd que n’importe quel bijou de famille. Il y a dans mes yeux verts cette lueur farouche que j’ai héritée de mon père, une étincelle de défi, une promesse de ne jamais fléchir. Et dans l’éclat de mes cheveux roux, la flamme de mes ancêtres danse encore, insoumise. Ce feu, je le sens courir sous ma peau chaque fois que je me lève pour affronter une journée de plus, un regard de plus à soutenir, un monde de plus à convaincre.

J’ai grandi dans une forteresse de tendresse et d’exigence. Mes parents, Mia et William Campbell, sont admirés, respectés… redoutés, parfois. Leur amour est immense, peut-être trop. Il entoure, il étouffe. Il rassure autant qu’il emprisonne. Et mes frères… Nathan, l’aîné, si sérieux qu’il en devient parfois un second père, avec ce besoin irrépressible de veiller sur moi. Et Matthew, l’enfant terrible aux sourires faciles, star des stades et des réseaux, qui charme le monde sans jamais se laisser atteindre. Ils m’aiment. Je le sais. Mais leur affection est une armure dont je ne peux jamais vraiment me défaire.

Dans cette famille où tout semble couler comme un fleuve d’or, j’ai trouvé ma voie dans l’ingénierie. Pas par rébellion, mais par amour du concret. J’aime les lignes pures, les structures solides, le frisson silencieux d’un plan qui devient matière. Ma mère, avec sa grâce architecturale et son regard d’aigle, m’a tout appris. Un jour, je prendrai sa place. C’est écrit. Mais pas encore. Pour l’instant, je construis, j’apprends, je me bats pour exister autrement qu’à travers un nom.

Le dernier projet que nous avons mené ensemble, à Montréal, a marqué un tournant. J’y ai laissé une partie de moi, une idée, une vision, une trace. Et quand je contemple cet hôtel, ses lignes tendues vers le ciel et ses baies ouvertes sur le Saint-Laurent, je sais que j’y ai semé quelque chose de vrai. Quelque chose de mien.

Mais ce qui nous attend maintenant… La Martinique. Ce mot seul fait vibrer quelque chose en moi. L’idée d’un chantier sur cette île où l’air est gorgé de lumière et de secrets me trouble plus que je ne veux l’admettre. C’est un rêve pour ma mère. Et pour moi, ce pourrait bien être un tournant. Ou un piège. Car depuis quelques mois, des signes inquiétants assombrissent l’horizon : sabotages, pressions, rumeurs… Des murmures anciens viennent troubler les fondations de notre empire. Et au cœur de ce projet, il y a peut-être bien plus qu’un simple hôtel à ériger.

Avant cela, il me faut traverser une dernière épreuve : le bal annuel des Campbell.

Une mascarade. Un théâtre de regards brillants et de sourires trop lisses. Dans notre hôtel new-yorkais, les lustres scintillent comme des promesses creuses. Je déteste ces soirées. Elles m’obligent à jouer un rôle qui me colle à la peau comme une robe trop serrée. Fille parfaite. Héritière modèle. Belle, mais pas trop. Brillante, mais jamais arrogante. Intéressante, mais jamais menaçante.

Heureusement, j’ai Cathy. Ma cousine. Ma complice. Elle déteste tout ça autant que moi. Entre deux flûtes de champagne et trois piques échangées avec des tantes hautaines, elle sait me faire rire. Nous avons cette manière à nous de survivre, de nous glisser entre les lignes sans jamais nous perdre.

Les hommes, eux… ils ne sont plus un problème.

Ils ont été des rêves. Puis des blessures.

Max, d’abord. Mon premier amour. La douceur incarnée. Un garçon qui savait écouter, comprendre, aimer… mais qui se cherchait encore. Un jour, il a trouvé sa vérité. Il était gay. Et moi, je n’ai pas pleuré. J’ai souri. Parce que malgré la douleur, il m’a offert la plus belle amitié qu’on puisse recevoir. Max est resté. Il connaît mes silences, mes ombres. Il sait où ça fait mal, et il évite de s’y aventurer.

Liam, lui, n’a évité aucune douleur.

C’était à l’université. Un regard brûlant, des mots savamment choisis, un charme félin. Il m’a séduite comme on conquiert un territoire. Lentement, avec précision. Au début, j’ai voulu y croire. J’ai aimé la manière dont il me faisait me sentir vivante, désirée. Et puis, petit à petit, les fissures sont apparues. Les silences, les mensonges, les absences. J’ai découvert qu’il n’aimait pas moi, mais mon monde. Mon nom. Mon influence.

Et une nuit, il a frappé.

Je n’oublierai jamais le craquement de mon dos contre le mur, le goût métallique du sang sur ma langue, ni le noir qui m’a engloutie. À l’hôpital, le regard effondré de mon père m’a transpercée plus que la douleur physique. Ce soir-là, j’ai enterré la naïveté. J’ai fermé les portes de mon cœur avec des chaînes épaisses.

Depuis, je me protège. Je souris poliment. Je repousse les avances. J’évite les pièges. Et dans cette carapace, je me sens en sécurité. Les hommes ne sont plus que des distractions passagères. Je n’ai ni le temps, ni l’envie de donner plus.

Mais ce soir… Ce soir, quelque chose gronde. Une intuition, un frisson. Comme si, dans cette salle éclatante, quelque chose ou quelqu’un allait fissurer la surface. Me forcer à ressentir de nouveau.

Je devrais me méfier de ce pressentiment. Et pourtant, une part de moi l’attend. L’espère.

Peut-être suis-je prête à affronter plus que les regards curieux et les compliments vides.

Celui qu’on m’a appris à détester. Celui qui incarne tout ce que je méprise… et tout ce que je désire fuir.

Mais s’il est là ce soir… s’il ose me défier du regard…

Alors peut-être que cette réception, si prévisible, deviendra le premier chapitre d’une histoire que je n’avais pas prévue.

Et Dieu sait que les histoires imprévues sont les plus dangereuses… et les plus enivrantes.

Je crois… je crois que c’est exactement ce dont j’ai envie. Même si je n’arrive pas encore à me l’avouer.

Moi, la petite fille sage.

Celle qui a toujours bien fait les choses, sans vagues, sans débordements. Celle qui n’a jamais fait la une des journaux pour des frasques trop voyantes, contrairement à Matthew. J’ai toujours suivi les règles, bien sagement, comme on suit une ligne droite tracée à la règle.

J’aime l’ordre. J’aime quand tout est clair, maîtrisé, sans surprise.

Mais… peut-être. Peut-être que s’il y avait un peu de folie dans ma vie… un peu de chaos… quelque chose qui vienne gratter sous la surface lisse de mon quotidien… peut-être que je ne serais pas totalement contre.

Je secoue la tête, brusquement, comme pour chasser ces images d’une autre vie, d’un autre moi.

Non. Ma vie est parfaite comme elle est.

Je n’ai pas besoin de désordre. Je n’ai pas besoin de flamme ou de vertige.

Je vais me concentrer sur le travail. Rien d’autre.

Pas de distractions. Pas de tentations. Rien qui pourrait me détourner de mon objectif.

Je veux prouver à mes parents qu’ils peuvent être fiers de moi. Je veux qu’on me voie moi, Emma, pas juste “la fille de Mia et William Campbell”. Pas “la sœur de Nathan et Matthew”.

Juste… moi.

Je soupire, longuement. Le miroir me renvoie mon reflet. Sage. Parfaite. Contrôlée.

Et pourtant, quelque part dans mon ventre, un frisson. Comme un murmure. Une faille. Une porte entrouverte.

Mais je n’y prête pas attention.

Pas encore.

Pour l’instant… je dois me concentrer sur une seule chose : me préparer pour la soirée qui m’attend.

Et, croyez-moi, c’est de loin l’épreuve la plus difficile pour moi.

J’y vais pour faire bonne figure. Parce que c’est important pour mes parents. Parce que ça se fait.

Mais à l’intérieur, je sens déjà mes nerfs se tendre comme les cordes d’un violon trop accordé. Mes talons m’attendent, alignés devant le lit comme des armes que je redoute d’enfiler. Et cette robe… trop fendue, trop près du corps… me donne déjà l’impression d’être déguisée.

Je regarde mon reflet dans le miroir, les lèvres pincées. J’ajuste une mèche de cheveux. Un soupir m’échappe.

Je pourrais rester ici. En pyjama avec un bon livre ou une série et un bol de popcorn. M’épargner l’agitation, les faux-semblants, les jeux de séduction que je maîtrise mal.

Mais je n’ai pas le choix.

Je dois y aller.

Et puis… une part de moi, infime mais vibrante, curieuse, se demande ce qui se passerait si je laissais un peu de désordre entrer.

Juste un peu.

Assez pour me rappeler que je suis vivante.

Je ferme les yeux. Inspire profondément.

Allez, Emma. Juste une soirée.

Je traîne encore quelques instants, les coudes sur la couette, une serviette autour des cheveux, repoussant l’échéance de devoir enfiler cette robe trop ajustée et ces talons que mes pieds redoutent déjà.

Pour tuer le temps — ou pour l’étirer, je ne sais plus — j’ouvre machinalement mes réseaux sociaux.

Évidemment, le bal de ce soir est partout. Stories, posts, tags… le tout enveloppé dans un filtre doré, façon rêve éveillé. Tenues de gala, champagne, paillettes et vanité assumée.

Et puis, au détour d’un défilement, je tombe sur l’article.

“Les plus beaux célibataires présents au gala de ce soir” un top 10 sponsorisé par un magazine bien trop curieux.

En première position : Nathan. Mon frère, évidemment. Cravate parfaite, sourire d’acteur, regard de tombeur. Il adore ça. En deuxième : Matthew. Toujours plus insolent, chemise à moitié ouverte, posant avec une flûte de champagne comme s’il venait de sortir d’un clip de musique pop.

Et à la troisième position…

Ethan Prince.

Mon estomac se serre. Un vieux relan de dégoût remonte, acide, amer.

Lui. Toujours lui.

Mon propre enfer personnel.

Je ferme les yeux. Soupire. Longuement.

Pourquoi faut-il toujours qu’il soit là, partout ? Comme une mauvaise habitude dont on n’arrive jamais vraiment à se défaire.

Il suffit de son nom pour que tout en moi se crispe. Et pire encore… il suffit de son visage.

Ce regard trop sûr de lui. Cette mâchoire qu’on aurait envie de gifler…

Je repose mon téléphone sur la table de nuit, un peu trop vite. Comme si j’essayais de repousser quelque chose d’invisible mais tenace. Un frisson. Un souvenir. Une brûlure ancienne.

Je serre les dents.

Non.

Ce soir, je ne me laisserai pas troubler. Pas par lui. Pas encore.

Je suis là pour briller, pas pour me laisser happer par les fantômes du passé.

Parce que ce qu’il faut savoir sur Ethan Prince… C’est qu’il n’a pas juste été un garçon agaçant. Ce n’était pas un flirt manqué, ni une simple querelle d’adolescents.

Non. Il a fait de ma scolarité un enfer sur terre.

Il m’a traquée à coups de moqueries. Fait naître des rumeurs salissantes dans les couloirs. Planté des graines de doute jusque dans le regard de mes amis.

Il s’arrangeait toujours pour que je me sente seule, mise à l’écart. Que personne n’ose vraiment m’approcher.

Il jouait à ce jeu cruel où il était le roi, le garçon populaire, le type qu’on admire… et moi, la cible silencieuse de ses humiliations, la fille qu’on pointe du doigt mais qu’on n’écoute jamais.

Et ce n’était pas juste au collège. Il a continué. Longtemps. Jusqu’à l’université.

À croire qu’il prenait un plaisir malsain à me rabaisser, à s’assurer que je ne trouve jamais ma place. Que je sois toujours “la fille des Campbell” trop sage, trop droite, trop sérieuse, avec une étiquette collée au front.

Il n’a jamais levé la main sur moi. Non. Ethan Prince savait être plus subtil.

Il préférait le venin lent. Celui qui se distille dans les coins des regards, dans les sous-entendus, dans les messes basses.

Alors non, je ne veux pas le croiser ce soir. Je ne veux pas sentir son parfum arrogant flotter autour de moi. Je ne veux pas capter son sourire de travers, ni entendre sa voix jouer à l’indifférent.

Parce que, malgré les années… malgré le temps… je n’ai pas oublié.

Et surtout, je ne lui ai jamais pardonné.

Mais au fond de moi, une part honteuse s’éveille. Une part que je déteste. Celle qui veut savoir à quoi il ressemble aujourd’hui. S’il se souvient. S’il regrette. S’il ose encore me regarder comme si j’étais invisible.

Je serre la mâchoire. Non, ce soir, je ne me laisserai pas atteindre.

Je suis Emma Campbell.

Et je ne suis plus la petite fille que tu brisais en silence, Ethan.