Entre passion et danger

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Summary

Lila croyait partir en vacances. Elle n’imaginait pas perdre le contrôle de son destin. Aspirée avec sa famille dans un monde parallèle après le passage du Triangle des Bermudes, elle découvre une réalité où les dieux règnent Enlevée par le Dieu de la Mort et des Ténèbres, Lila se retrouve face à une entité aussi redoutable que fascinante. Contre toute logique une relation interdite naît fragile et dangereuse, défiant les lois de ce monde. Mais lorsque son corps et son esprit commencent à lui échapper, Lila comprend que certains liens dépassent le simple désir… et qu’ils ont toujours un prix

Status
Ongoing
Chapters
3
Rating
4.5 4 reviews
Age Rating
18+

Chapitre 1 Le Portail du Destin

Bip. Bip. Bip.

Un grognement m’échappa tandis que j’enfouissais mon visage sous l’oreiller.

Pas encore…

Juste cinq minutes de plus.

À contrecœur je tendis le bras vers mon réveil. Mes doigts frôlèrent le bouton mais au lieu de l’éteindre je le fis valser sous mon lit.

Génial.

Maintenant je allais devoir me lever pour aller le récupérer.

Comme chaque matin c’était la guerre entre moi et ce fichu réveil.

Sauf qu’aujourd’hui je n’avais pas le choix. Dans moins d’une heure je serais en route pour l’aéroport prête à embarquer vers une destination qui promettait d’être incroyable.

— Debout ma puce !

La voix enjouée de ma mère monta depuis le rez-de-chaussée.

— Mmh… j’arrive…

Je grommelai encore engourdie par le sommeil.

Mon téléphone vibra brusquement sur la table de nuit.

Sans même ouvrir les yeux je tâtonnai à l’aveugle avant de décrocher.

— Ouais… ?

La déferlante de cris qui suivit me fit presque lâcher le téléphone.

— AAAAAAAH !

— Lila ! Dis-moi que t’es réveillée ! T’as bien dormi ? T’es prête ? Tu crois qu’on va rencontrer des gens sympas là-bas ?!

Je grimaçai en éloignant l’appareil de mon oreille.

Aucune hésitation possible.

Lise était déjà à son maximum d’énergie.

— Lise… respire. Sérieusement.

Si tu continues à parler comme ça tu vas t’évanouir avant même d’arriver à l’aéroport.

— Pff… t’es nulle.

Elle marqua une micro-pause puis repartit de plus belle.

— Mais quand même tu te rends compte ?

Dans quelques heures on sera sous le soleil un cocktail à la main loin de tout !

Un sourire étira malgré moi mes lèvres.

Lise et son enthousiasme incontrôlable…

Impossible d’y échapper. Impossible d’y résister.

— On va vivre le voyage de notre vie

ajouta-t-elle la voix soudain plus douce presque solennelle.

On éclata de rire toutes les deux.

À cet instant précis la porte de ma chambre s’ouvrit.

— Ah… tu es déjà réveillée ma chérie ?

Ma mère me regardait avec un sourire attendri.

— Allez viens. Ton père nous attend.

— D’accord maman.

Je ramenai mon téléphone à mon oreille.

— Je te laisse Lise. On se retrouve tout à l’heure.

— D’accoooord. Bisous !

« lança-t-elle avant que je ne raccroche. »

Je glissai mon portable dans ma poche et suivis ma mère jusqu’à la cuisine.

Mon père était assis à la table un café fumant devant lui plongé dans son journal comme chaque matin.

— Ah ma chérie viens t’asseoir. On est un peu pressés

« me lança-t-il en jetant un bref coup d’œil à sa montre. »

Ancien militaire il avait toujours conservé ce ton ferme presque autoritaire. Avec le temps j’avais appris à ne plus m’en formaliser. C’était sa manière à lui de veiller sur nous.

— Chéri détends-toi on a largement le temps

« répondit ma mère avec douceur fidèle à son rôle de médiatrice. »

Je haussai simplement les épaules avant d’engloutir quelques tartines à la hâte puis je filai terminer de me préparer. Une dernière vérification de ma valise et j’étais prête.

Presque.

Plongée dans ma musique les écouteurs vissés aux oreilles je ne remarquai pas tout de suite sa présence.

Ce n’est qu’en levant les yeux que je le vis appuyé contre l’encadrement de la porte. Les bras croisés une assurance tranquille dans le regard un léger sourire au coin des lèvres.

— T’es prête ma chérie ? Le taxi nous attend en bas.

— Oui !

Je lui rendis son sourire en refermant ma valise.

— C’est parti.

— Attends laisse-moi la prendre.

D’un geste sûr presque machinal il souleva la valise comme si elle ne pesait rien. Sans un mot de plus il prit la direction de la sortie.

Je le suivis le cœur battant d’excitation.

Trente minutes plus tard nous retrouvions enfin Lise et sa mère à l’aéroport.


À peine m’aperçut-elle que Lise se précipita vers moi et me sauta dans les bras.

— Lila !

« s’écria-t-elle débordante d’enthousiasme. »

Je ris en la serrant contre moi. Je comprenais son excitation.

Après tout ce voyage était une véritable récompense pour notre dernière année de lycée.

Nos parents nous avaient offert la plus belle des surprises

un séjour en République dominicaine.

Mais avant d’y arriver une escale nous attendait à Miami.

Un long voyage commençait.

Après les retrouvailles nous nous dirigeâmes vers le comptoir d’enregistrement. Lise sautillait presque sur place incapable de tenir en place.

— Tu réalises qu’on passe par Miami ? MIAMI Lila !

« s’exclama-t-elle en agitant son billet sous mon nez. »

— Oui j’ai bien compris

« répondis-je en riant. »

— Maintenant calme-toi avant que le personnel de l’aéroport ne pense que tu représentes une menace pour la sécurité.

Elle me tira la langue avant de rejoindre sa mère déjà occupée à tendre ses documents à l’agent.

Quand ce fut mon tour je glissai mon passeport et mon billet sur le comptoir. L’agent une femme au sourire professionnel tapota quelques secondes sur son clavier avant de me tendre ma carte d’embarquement.

— Vol pour Miami avec correspondance pour Punta Cana. Vous voyagez ensemble ?

« demanda-t-elle en désignant Lise et nos parents. »

— Oui et elle est déjà surexcitée alors je m’excuse d’avance

« plaisantai-je. »

L’agent esquissa un sourire avant de nous rendre nos passeports.

— Parfait. Enregistrement terminé. Vous pouvez déposer vos bagages au tapis numéro trois.

Je rejoignis Lise déjà en train de scruter les écrans des départs.

— Prochaine étape la sécurité !

« annonça-t-elle avec un sourire triomphant. »

Je soufflai en secouant la tête.

Ce voyage promettait d’être inoubliable… à commencer par le passage en douane.

Après avoir déposé nos bagages nous nous dirigeâmes vers les portiques de contrôle. Une longue file de passagers s’étirait devant nous.

Nos parents avançaient calmement sans la moindre tension. À l’inverse Lise jetait des regards nerveux aux agents de sécurité.

— T’as jamais cette impression qu’on a tous l’air coupables ici ?

« me souffla-t-elle en retirant ses baskets. »

— C’est surtout parce que toi tu es incapable d’avoir l’air normale

« répliquai-je en riant tout en déposant mes affaires dans un bac en plastique. »

— Les filles concentrez-vous

« intervint sa mère en pliant soigneusement sa veste. »

Nous passâmes une à une sous le portique. Un bip strident retentit lorsque Lise s’avança. Elle se figea aussitôt.

— Oh non… j’ai rien fait je le jure !

L’agent lui demanda de lever les bras pendant qu’une collègue passait un détecteur le long de son corps. Quelques secondes plus tard elle fut autorisée à passer.

— T’as failli finir en prison Lise

« plaisantai-je. »

— Moque-toi… j’ai failli faire un malaise

« souffla-t-elle en remettant ses baskets. »

Mon père lui était déjà de l’autre côté.

Droit calme parfaitement à l’aise il avançait sans la moindre hésitation. Les contrôles ne semblaient pas l’atteindre. Ancien militaire il se déplaçait avec cette assurance tranquille

À cet instant je me surpris à penser que rien ne pouvait nous arriver tant qu’il était là

Une fois réunis nous nous éloignâmes du contrôle soulagés. Direction les boutiques duty-free.

Dans les allées lumineuses nos mères discutaient tranquillement près d’un stand de cosmétiques tandis que Lise et moi nous arrêtions devant un rayon de parfums.

— Je prends lequel ? Vanille ou coco ?

« demanda-t-elle en vaporisant son poignet. »

— Aucun

répondis-je en lui retirant la bouteille des mains.

Mon père déjà impatient consulta sa montre.

— Ne traînez pas trop. L’embarquement commence dans vingt minutes.

Nous fîmes quelques achats rapides bonbons magazines pour passer le temps avant de rejoindre nos parents à la porte d’embarquement.

L’instant tant attendu arriva enfin.

Nous nous faufilâmes dans la file billets en main. À l’entrée de l’avion une hôtesse nous accueillit avec un sourire professionnel.

— Bienvenue à bord. Vos sièges sont rangées 17 et 18.

— On est séparés ?

« s’étonna Lise. »

— Ne t’en fais pas on reste proches

la rassura sa mère.

Nos parents prirent place juste derrière nous tandis que Lise et moi nous installions côte à côte.

Je m’assis côté hublot observant le ballet des bagages dans les compartiments mon père vérifia une dernière fois nos passeports par simple réflexe.

— Détends-toi chéri on ne va pas se faire expulser de l’avion

« plaisanta ma mère. »

— On ne sait jamais

« répondit-il avec un demi-sourire. »

Lise me donna un léger coup de coude.

— On y est Lila… Ça y est.

Lise trépignait sur son siège incapable de tenir en place. Son excitation était contagieuse.

Je jetai un dernier regard par le hublot. L’avion roulait doucement sur la piste

— Prêtes pour l’aventure ?

Mon père posa une main rassurante sur mon épaule. Sa voix avait ce ton calme qui me donnait confiance même quand je sentais mon cœur s’emballer.

— Plus que jamais.

Les moteurs rugirent. L’avion quitta le sol et tout mon corps se colla au siège sous la poussée. Le monde familier s’éloignait déjà.


Neuf heures plus tard la chaleur de Miami nous frappa dès la sortie de l’avion. Même l’air conditionné semblait incapable de la contenir.

— Oh mon dieu il fait déjà une chaleur de malade !

Lise s’éventait frénétiquement les yeux brillants. Son passeport semblait plus petit dans ses mains tant elle tremblait d’impatience.

Mon père consulta l’heure sur son téléphone fronçant légèrement les sourcils.

— Trois heures avant notre prochain vol. On va en profiter pour marcher un peu et prendre l’air.

L’aéroport s’étendait à perte de vue palmiers en pot boutiques aux vitrines éclatantes et des notes de musique latino qui s’échappaient par moments. Tout donnait déjà un avant-goût de vacances.

Nous nous installâmes dans un petit café bondé. Lise fixait les écrans d’affichage comme si elle découvrait un trésor.

— Regarde ! Bahamas Porto Rico Cancun… J’ai envie de tout faire !

— Déjà essayons d’arriver en République dominicaine

« répondis-je en mordant dans mon sandwich goûtant enfin la sensation de nourriture normale après le vol. »

Le temps fila sans qu’on s’en rende compte. Bientôt l’annonce retentit :

— Vol 227 à destination de Punta Cana. Embarquement porte 32.

Nous nous levâmes en même temps. L’excitation de Lise se mêlait à la fatigue qui commençait à peser sur nos épaules et celles de nos parents.

— Après ce vol direction l’hôtel. Pas de discussion

lâcha ma mère avec un petit sourire complice.

Je secouai la tête amusée tout en récupérant ma valise. La République dominicaine n’était plus très loin.

Le vol se déroulait normalement.

Lise somnolait contre mon épaule. Mes parents lisaient calmement. À travers le hublot l’océan s’étendait à perte de vue.

Puis sans prévenir une violente secousse fit trembler l’appareil.

Lise se redressa d’un coup.

— C’était quoi ça ?

Les lumières vacillèrent. Je fronçai les sourcils et regardai mes parents. Ils échangèrent un bref regard silencieux mais ne semblaient pas paniqués.

Une voix s’éleva dans les haut-parleurs.

— Mesdames et messieurs veuillez attacher vos ceintures. Nous traversons une zone de turbulences.

L’avion trembla de nouveau. Plus fort.

— Ok… là ça devient bizarre

« murmura Lise en agrippant l’accoudoir. »

Je me penchai vers le hublot.

Mon cœur se serra.

Le ciel bleu quelques minutes plus tôt avait viré à un gris irréel. L’horizon semblait onduler l’océan se déformait comme une illusion.

Les moteurs rugirent. Une sensation étrange me traversa comme une pression sourde dans la poitrine.

Des cris éclatèrent dans la cabine.

— C’est quoi ce délire ?!

Mon père prit la parole calme trop calme.

— Tout va bien. Les pilotes maîtrisent la situation.

Mais son regard…

Il ne quittait pas l’extérieur.

Puis en un battement de cils tout s’éteignit.

Plus de bruit. Plus de vibrations.

Un silence total. Écrasant.

Je n’arrivais plus à respirer.

L’avion sembla traverser quelque chose d’invisible.

Une fraction de seconde plus tard il fut projeté violemment dans tous les sens.

Les passagers hurlaient. Les lumières explosèrent en étincelles. Lise se cramponna à moi tandis que mes parents nous entouraient de leurs bras.

— Accrochez-vous !

« hurla mon père. »

Une secousse encore plus brutale fit basculer l’appareil presque à la verticale.

À travers le hublot je ne voyais plus l’océan.

Seulement un immense tourbillon de brume noire

Puis un bruit déchirant lacéra le ciel. Un hurlement de métal supplicié qui fit vibrer mes os.

— Oh mon Dieu…

« souffla Lise les yeux exorbités. »

L’avion se brisa. Net.

Sous l’effet de la décompression l’arrière de l’appareil fut littéralement arraché englouti par l’abîme. Des rangées de sièges disparurent dans un vortex d’air hurlant emportant des vies d’un seul coup.

— PAPA ! MAMAN !

Je les vis. Ils s’agrippaient à tout ce qu’ils pouvaient leurs visages déformés par la terreur. Mon père tendit une main vers moi ses doigts effleurant le vide… puis la section arrière se détacha complètement basculant dans les nuages. Je poussai un cri mais le vacarme du vent me le vola instantanément.

Nous plongions. Le nez de l’appareil piqua vers l’enfer.

À côté de moi Lise n’était plus qu’un masque de larmes silencieuses. L’air me giflait la peau la pression m’écrasait les poumons au point de m’empêcher de hurler. Tout tournoyait.

BOUM !!

L’impact ne fut pas un son ce fut une onde de choc qui brisa tout. L’avion laboura la terre broyant la végétation dans un fracas de fin du monde avant de s’encastrer contre une muraille de roche.

Puis le noir. Un silence plus lourd que la mort.


— Lila… Lila réveille-toi…

Une voix lointaine. Tremblante. Je revins au monde dans un bourdonnement assourdissant comme si un essaim de guêpes s’était logé dans mon crâne. J’ouvris les paupières : une lumière pâle presque laiteuse inondait la cabine éventrée.

Tout n’était plus que métal tordu et pluie de verre brisé.

— Lila !

Je tournai la tête avec une lenteur douloureuse. Lise était là prostrée les bras enroulés autour de son crâne le corps couvert de poussière grise.

— Lise… ?

Ma voix n’était qu’un croassement rauque.

— Lila… L’avion il s’est coupé en deux !

« hoqueta-t-elle en se redressant les yeux égarés. »

Je ne répondis pas. Mes poumons brûlaient. L’air ici était épais chargé d’une odeur de terre mouillée et de quelque chose d’artificiel de chimique. Autour de nous la jungle semblait vivante : les arbres gigantesques et torsadés paraissaient nous observer.

— On doit sortir d’ici

« murmura Lise en me tendant une main tremblante. »

Je l’attrapai.

En me hissant hors des décombres chaque muscle hurla. Une douleur sourde me traversait le corps diffuse poisseuse comme si le crash avait laissé son empreinte sous ma peau.

Mes parents.

Où étaient-ils ?

Je balayai le chaos du regard. De la tôle arrachée des sièges éventrés des bagages éventrés eux aussi leurs entrailles colorées éparpillées dans la boue.

— Papa ?

— Maman ?

Ma voix se perdit aussitôt.

La jungle me répondit par son silence. Un silence lourd presque vivant à peine troublé par un bruit humide un bruit de succion quelque part dans la végétation.

— Lila…

La voix de Lise tremblait.

— Je… je ne vois pas nos parents.

Ses yeux brillaient d’angoisse.

—N..ne t’inquiète pas O..0n va les trouver. Je te le promets.

« lui dis-je sans être certaine d’y croire. »

Autour de nous d’autres survivants commençaient à émerger du chaos.

Un homme blessé tentait de se redresser le visage ravagé par la douleur une main pressée contre son flanc ensanglanté. À quelques mètres une hôtesse de l’avion restait figée les yeux dans le vide les mains couvertes de sang qui n’était peut-être pas le sien.

La panique me saisit à la gorge.

L’air empestait le carburant la terre brûlée le métal chaud. Chaque respiration me donnait la nausée.

Ma tête tournait encore. Je m’appuyai contre un morceau de carlingue tordu sa surface brûlante sous mes doigts.

Lise me saisit le bras plus fort cette fois.

— Par là.

Elle m’entraîna vers l’endroit où l’autre partie de l’avion s’était écrasée là où la forêt se refermait déjà sur les débris.

Peut-être qu’il y avait d’autres survivants.

Peut-être que mes parents étaient encore en vie. Je m’accrochai à cette idée comme à une bouée. Parce que sans elle je sentais que je sombrerais.


Nous nous enfonçâmes dans la jungle laissant l’épave derrière nous.

La végétation se refermait sur notre passage hostile. Les arbres tordus semblaient nous observer leurs feuilles frémissant dans un murmure continu qui me glaçait le sang.

L’air était lourd saturé d’humidité. Une odeur douce-amère de terre mouillée et de végétation en décomposition me collait à la gorge rendant chaque respiration plus difficile.

Nous avancions sans repères incapables de nous orienter.

Ici rien ne ressemblait au monde que je connaissais.

Le temps lui-même paraissait altéré étiré

Un cri fendit l’air.

— Lila !

— Lise !

Mon cœur manqua un battement. Cette voix.

Je me mis à courir. Sans réfléchir. Sans sentir la douleur.

Les lianes fouettaient mon visage griffaient mes bras s’accrochaient à mes vêtements mais je continuais. Derrière moi j’entendais la respiration affolée de Lise ses pas irréguliers sur le sol détrempé.

— Papa !

Ma voix se brisa.

Nous courions à l’aveugle guidées par cet appel comme par un fil fragile prêtes à tout pour ne pas le perdre.

Puis au détour d’un arbre gigantesque dont l’écorce semblait pulser d’une lueur bleutée irréelle je le vis.

Debout.

Immobile.

Mon père.

Le temps se suspendit.

Son visage était maculé de sang une entaille barrait son front mais ses yeux…

Ses yeux étaient ouverts. Vivants.

Je n’eus même pas conscience de mes jambes qui cédèrent sous moi.

Je me jetai contre lui.

Le choc de son corps solide réel me coupa le souffle. Mes mains s’agrippèrent à sa veste comme si cette fois je pouvais vraiment le perdre s’il me lâchait.

— Tu es là…

Ma voix n’était plus qu’un murmure étranglé.

— Tu es vivant…

Les sanglots me submergèrent d’un coup violents incontrôlables. Toute la peur accumulée toute l’angoisse la certitude d’avoir déjà trop perdu… tout explosa.

Il me serra contre lui.

Fort.

Ses bras tremblaient. Je sentais son cœur battre à toute allure contre ma tempe aussi affolé que le mien. Sa main se posa sur mes cheveux répétant le même geste encore et encore comme pour s’ancrer lui aussi dans cette réalité.

— Je suis là

« murmura-t-il. »

— Je suis là ma chérie. Ça va aller.

Mais je sentais que ce n’était pas vrai.

Pas complètement.

Il se détacha légèrement juste assez pour me regarder. Son regard parcourut mon visage mes bras mes épaules comme s’il vérifiait que je n’étais pas une illusion.

Puis ses yeux glissèrent derrière moi.

Vers la jungle.

Son expression changea.

La tendresse laissa place à quelque chose de plus dur. Plus ancien.

Il se redressa lentement son corps tout entier se tendant comme s’il revenait brusquement à un état qu’il connaissait trop bien.

— Il faut qu’on bouge.

Sa voix était basse. Tranchante.

— Maintenant.

Mon père nous fit signe d’avancer.

— L’épave n’est pas loin.

On doit comprendre où on est tombés.

Sa voix ne laissait aucune place à la discussion.

Nous nous enfonçâmes de nouveau dans la jungle progressant avec difficulté entre les racines épaisses et la végétation agressive. Chaque pas s’enfonçait dans un sol humide spongieux qui semblait vouloir nous retenir.

On aurait dit le décor d’un film d’aventure… sauf que rien ici n’était mis en scène. Rien n’était rassurant.

Des bruits nous entouraient sans cesse. Des craquements des froissements

Je n’arrivais pas à chasser cette certitude oppressante.


Soudain la végétation s’ouvrit.

Nous débouchâmes dans une petite clairière.

D’autres survivants s’y étaient regroupés.

La scène était chaotique.

Des morceaux de l’avion jonchaient le sol éventrés tordus certains encore fumants. Une partie de la carlingue avait brûlé laissant derrière elle une odeur âcre de métal fondu et de chair calcinée. Ailleurs des flammes mourantes projetaient une lumière vacillante sur les visages hagards.

Je repérai rapidement deux passagers à l’écart.

Un homme et une femme réfugiés sous le tronc d’un arbre tombé. Leurs vêtements étaient déchirés maculés de sang et de boue mais ils respiraient. C’était déjà beaucoup.

Je m’approchai prudemment.

— Vous allez bien ?

Ma voix tremblait malgré moi.

L’homme une cinquantaine d’années peut-être releva lentement la tête. Son regard était vide de sommeil saturé de peur. Une entaille profonde barrait sa tempe.

— On… on s’en sort

« murmura-t-il comme s’il essayait de s’en convaincre. »

— On s’en sort…

Il tenta de se redresser posa une main au sol… puis retomba aussitôt à bout de forces.

La femme à ses côtés leva les yeux vers moi.

Ses mains étaient couvertes de sang. Je ne savais pas si c’était le sien.

Dans son regard je vis quelque chose qui me serra la poitrine.

De la reconnaissance.

Et une peur immense.

Plus loin j’aperçus enfin ma mère et Olivia. Un soulagement fugace m’envahit aussitôt balayé par la scène qui s’offrait à moi. Je courus vers elles mes jambes de plomb protestant à chaque foulée.

— Maman ! Maman !

Elle tourna le visage vers moi. Son sourire était si faible qu’il semblait sur le point de s’effacer. À ses pieds un homme était allongé le corps secoué de soubresauts.

— Mince… qu’est-ce qui s’est passé ?

« haletai-je le souffle court. »

— Ne t’inquiète pas tout va bien

« murmura-t-elle d’une voix qui manquait singulièrement de conviction. »

— Ça va aller.

Elle cherchait désespérément à me protéger mais l’état de l’inconnu ne mentait pas. L’homme tremblait violemment

ses dents claquant dans un bruit sinistre. Mon regard glissa vers sa cheville : une plaie monstrueuse la lacérait et un sang sombre presque noir s’en écoulait pour imbiber la terre.

— On va trouver de l’aide

« dis-je d’une voix tremblante. »

Je m’accroupis les mains tendues pour compresser la blessure mais elle m’arrêta d’un geste de la main. Son regard était grave.

— Non reste avec ton père et les autres rescapés. Il faut que vous trouviez un endroit sûr.

Je m’apprêtais à protester le cœur battant à tout rompre quand un autre cri fendit l’air.

Plus lointain.

Plus bref.

Je me redressai d’un bond et aperçus à quelques mètres de là un petit groupe de survivants regroupés près des débris.

Mais à mesure que je m’approchais quelque chose se mit à clocher.

Le visage de mon père se durcit. Il avait attiré Lise contre lui une main fermement posée sur l’arrière de son crâne comme s’il cherchait à la soustraire à ce qu’elle pourrait voir.

— Qu’est-ce qu’il se passe ?

Ma voix tremblait.

Il ne me répondit pas tout de suite. Son regard parcourait la clairière glissant d’un tronc à l’autre

Puis il se pencha légèrement vers moi et murmura :

— Ces bruits.

Je tournai lentement la tête.

Entre les arbres quelque chose bougeait.

Des silhouettes sombres glissaient entre les feuillages furtives

Des ombres.

Non.

Des créatures.

Un frisson glacé me parcourut l’échine.

— Reste près de moi Lila

« murmura mon père les yeux plissés le corps prêt à réagir au moindre mouvement. »

Je hochai à peine la tête.

Puis Un cri éclata. Cette fois il venait du fond de la jungle.

Un cri humain.

Brisé. Déchiré.

Tout autour de nous le monde sembla se figer.

Plus personne ne parlait. Plus personne ne respirait vraiment.

Nos regards restaient accrochés à la forêt dense insondable comme si quelque chose allait en surgir à tout instant.

Et au fond de moi une certitude terrible s’imposa. Nous n’étions pas seuls.

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