Chapitre 1
Février 2020
Communauté d’Ashton
Avec un énième soupir, Jay’ian s’affala dans son siège en passant une main dans ses cheveux.
Bientôt quatre mois s’étaient écoulés depuis ce tragique accident qui avait enlevé la vie à son père, Doyle Merridrew, et plongé sa sœur cadette dans un profond coma.
Malgré tout, il n’avait toujours pas la moindre piste dans son enquête sur cet incident. Car non, cet accident n’était pas un simple événement survenu inopinément.
Les éléments trouvés sur place ne concordaient pas avec ceux d’un simple accident de voiture. Et son intuition lui disait qu’il y avait quelque chose de plus sombre derrière tout ça.
Cela faisait des mois que Jay’ian fouillait dans les vieux dossiers de son père, espérant trouver un indice, un motif, n’importe quoi qui pourrait l’aider à comprendre ce qui s’était réellement passé ce soir-là.
Même en enchaînant les recherches, les hypothèses et les nuits blanches, Jay’ian ne trouvait toujours rien de concret. Il était toujours au point mort, sans la moindre piste.
Il était déjà plus de minuit lorsque son téléphone se mit à sonner. Le flic leva les yeux des nombreux dossiers étalés sur son bureau pour répondre à l’appel. C’était Louella, sa femme.
— Allô ?
— Il est minuit passé. Où tu es ?
Rien qu’à la tonalité de sa voix, Jay’ian pouvait constater son épuisement. Entre la crise à son travail depuis la mort du Régent Merridrew, l’obsession de son mari pour son enquête et leur jeune fils d’un an, Louella était constamment débordée.
— Désolé, je suis encore au bureau. Je n’ai pas vu le temps passer.
En entendant la réponse de son mari, Louella soupira à l’autre bout du fil.
— Je sais que cette enquête est importante pour toi, Ian. Mais ça ne t’empêche pas de prendre soin de toi, de nous. Je ne t’ai pas vu de la journée, je ne sais pas si tu te nourris correctement et Rykwell n’arrête pas de me demander où tu es.
— Comment va mon petit bonhomme ?
— Je viens de le mettre au lit et j’aimerais beaucoup que son père soit là quand il se réveillera, dit-elle avec une pointe de colère qui n’échappa pas à Jay’ian.
— Désolé, Lou. Je vais bientôt rentrer, promis. Je t’aime.
— Je t’aime aussi.
Après avoir raccroché, il replongea dans ses recherches. Il était déterminé à trouver des réponses, coûte que coûte. Il savait que sa famille avait besoin de lui, mais il ne pouvait pas lâcher prise, pas avant d’avoir trouvé la vérité.
Quelques minutes plus tard, il fut de nouveau interrompu par un appel. Cette fois-ci, c’était sa mère.
Seraphina Merridrew n’avait pas pu pleurer longtemps la mort de son mari. Malgré la douleur du deuil, la veuve était restée courageuse et forte. Et il n’y avait qu’une raison à ça.
— Bonsoir, mon chéri.
— Bonsoir, Maman, dit Jay’ian sans quitter des yeux ses dossiers.
— Laisse-moi deviner, tu es encore au bureau.
Seraphina savait que son fils était investi corps et âme dans la recherche de la vérité sur cet accident. Au début, elle le soutenait. Elle voulait aussi comprendre ce qui était arrivé à son mari et à sa fille. Mais plus les mois sans résultats passaient, plus la veuve perdait goût à cette enquête.
— Je ne peux pas abandonner, tu le sais très bien.
— Oui, je le sais. Mais je sais comment te faire quitter ton bureau, annonça-t-elle sur un ton léger et mystérieux.
— Qu’y a-t-il ? demanda Jay’ian, légèrement sur ses gardes.
— Elle s’est réveillée, annonça-t-elle d’une voix émue.
— Qui ça ?
Sur le coup, il se sentit idiot. De qui d’autre sa mère aurait-elle pu parler ? C’était elle, sans aucun doute.
— Quand ? s’empressa-t-il de demander.
— Il y a quelques minutes. Les médecins sont actuellement en train de la prendre en charge.
— J’arrive tout de suite !
Sans attendre une seconde de plus, le flic plongea son téléphone dans sa poche avant de se lever précipitamment de son siège, faisant tomber quelques-uns de ses dossiers au passage.
C’était la première fois depuis des mois qu’il se sentait aussi soulagé, aussi rassuré. Il ne lui fallut que quelques minutes entre quitter son bureau et monter dans sa voiture.
Alors qu’il s’apprêtait à mettre le contact, un détail surgit soudainement dans son esprit. Un détail important qu’il ne pouvait pas négliger. Sans hésitation, Jay’ian saisit son téléphone pour composer un numéro.
— Kaelian ! Tu as un appel !
Tout en ramenant sa couverture vers lui, Kaelian Harkness se retourna dans son lit cherchant désespérément à dormir.
Depuis l’accident, il n’arrivait presque plus à trouver le sommeil. Il était constamment rongé par l’inquiétude. Et si elle ne se réveillait pas ? Et si elle finissait par céder et quitter ce monde ? Et si...
Sa vie n’était plus qu’un cauchemar depuis ces quatre derniers mois. Sans elle à ses côtés, il avait fini par perdre le nord, se sentant constamment perdu, incomplet.
— Kaelian !
Sans frapper à la porte, Eileen entra brusquement dans la chambre, le combiné à la main.
— On ne peut même plus dormir tranquille dans cet appartement ? grogna-t-il en lançant un regard noir à sa colocataire.
— Tiens, dit-elle sans relever son avis. C’est important.
Sachant qu’elle ne le laisserait pas tranquille avant qu’il ne réponde à cet appel, il se redressa pour prendre le combiné des mains d’Eileen. Il colla l’appareil à son oreille avant de lâcher un “Ouais ?” presque agressif.
— C’est Jay’ian.
Rien qu’en entendant cette voix, le jeune homme revoyait les images des derniers mois qui avaient suivi l’hospitalisation de sa petite amie.
Kaelian avait été l’équipier de Jay’ian aux services de police depuis le début de leur carrière. Ils se connaissaient depuis l’université. Jay’ian était le mec populaire et aimé de tous. Lui quant à lui était plutôt timide et réservé. Ils n’avaient pas toujours eu les mêmes délires, mais cela ne les avait jamais empêchés de devenir meilleurs amis. Ils étaient sur la même longueur d’onde, soudés. Une vraie équipe. Puis tout avait basculé du jour au lendemain.
— Écoute Ian, commença Kaelian d’une voix calme. Je te l’ai déjà dit la dernière fois, c’est fini. Je ne peux pas continuer comme ça. Alors je vais te le dire une bonne fois pour toutes...
— Elle est réveillée.
La voix de Jay’ian était à peine audible, mais cela ne l’empêcha pas de l’entendre parfaitement. D’un coup, il sentit ses mains trembler, sa mâchoire se crisper et ses yeux s’embuer de larmes. Il n’en croyait pas ses oreilles.
Il ouvrit la bouche pour parler, mais la refermait aussitôt à chaque tentative.
— Je suis en route vers le Centre Hospitalier. Viens me rejoindre.
Jay’ian marqua une pause avant de reprendre d’une voix plus calme :
— Viens la retrouver, elle t’attend.
Sans dire un mot en réponse, il se leva d’un bond de son lit. Il enfila rapidement un jean et un pull, attrapant ses clés et son téléphone portable en chemin.
Eileen le regardait, les yeux écarquillés de surprise de voir une étincelle de vie retrouvée dans ses yeux. C’était la première fois depuis qu’ils étaient colocataires qu’il montrait une telle réaction.
Le jeune homme déboula rapidement hors de l’appartement pour retrouver sa voiture garée dans le parking souterrain. Il s’engagea rapidement sur la route, puis roula à toute vitesse vers l’hôpital.
Même si la joie de la retrouver était présente, il savait que cela pouvait signifier bien plus. Comme si une pièce importante du puzzle venait de faire son retour.
Alors que Jay’ian sortait de son Audi, le phare d’une voiture qui entrait dans le parking l’aveugla. Ce ne fut qu’une fois que le conducteur coupa le contact de sa voiture qu’il reconnut son ancien équipier.
L’allure amaigrie, les cheveux en bataille et les yeux soulignés de cernes, il avait devant lui une version de Kaelian qu’il aurait préféré ne jamais voir.
— Salut, Ian.
— Salut, répondit-il simplement, ne sachant pas vraiment quoi dire.
Il se contenta de le fixer, laissant au passage un silence gênant s’installer entre eux. Cette situation était des plus irréelles puisque ces deux-là avaient toujours tout à se dire. Ce fut finalement Kaelian qui brisa la glace.
— Je suis désolé, Ian, je n’aurais pas dû te laisser tomber. Mais comprends-moi, je... sans elle, c’était devenu trop...
— Je ne t’en veux pas, Kaelian. Vraiment.
Il sentit un poids se lever de son cœur en entendant ses paroles. Kaelian savait qu’il était une personne compréhensive, mais il avait tout de même redouté sa réaction après son abandon soudain de l’enquête. Il baissa les yeux, honteux de sa faiblesse.
Jay’ian s’approcha doucement de son équipier et posa une main sur son épaule. Il pouvait sentir la tension dans son corps, la culpabilité qui le rongeait.
— On a tous nos limites. Je comprends que cette situation a été difficile à traverser pour toi. Mais on ne peut pas abandonner, plus maintenant.
Kaelian releva les yeux vers lui, ses yeux remplis d’autres choses que de regrets pour la première fois depuis longtemps. Il savait que Jay’ian avait raison, que malgré les obstacles et la douleur, ils ne pouvaient pas abandonner leur quête de vérité.
— Tu as raison. On doit continuer. Pour elle. Pour savoir ce qui s’est réellement passé cette nuit-là.
D’un geste synchronisé, les deux hommes se serrèrent la main comme pour sceller une promesse.
— J’aime mieux ça. Bon retour parmi nous Kae, fit Jay’ian en renforçant sa poigne. Et maintenant, si on allait enfin la retrouver.
— Je n’attends que ça, répondit-il, souriant pour la première fois depuis des mois.
Alors qu’ils s’engageaient dans le couloir du Centre Hospitalier menant à la chambre, ils furent aussitôt alertés par des cris mêlés. Jay’ian reconnut la voix du personnel médical chargé de sa sœur, mais aussi celle de sa mère.
— Mademoiselle, s’il vous plaît, arrêtez ! supplia une infirmière au moment où les deux jeunes hommes entraient en trombe dans la pièce.
C’était une scène pour le moins inattendue. Seraphina était assise sur une chaise, la main sur sa poitrine. Deux infirmières étaient en train de crier, le visage inquiet.
Et assise dans son lit d’hôpital, Jay’anilou. Arrachant la perfusion intraveineuse de son bras, son regard vide traversant toute la pièce, comme un animal blessé qui se sentait en danger.
Les pauvres infirmières continuaient en vain de la raisonner mais rien n’y faisait, la jeune Merridrew ne les écoutait pas.
— Ani ?
À l’entente de la voix de Kaelian, elle se retourna vers lui, les yeux grands ouverts. Elle se détendit d’un coup, laissant tomber la perfusion par terre.
— Kae...
Sans un mot, il s’approcha d’elle pour la serrer dans ses bras. Ce moment, il l’avait tellement attendu. Il avait maintes fois rêvé de pouvoir la serrer à nouveau dans ses bras.
— Tu es enfin là, Ani. Je n’ai jamais cessé de t’attendre, tu sais.
Alors qu’elle sentait ses larmes couler sur son cou, elle ferma doucement les yeux, profitant simplement de sa présence. Elle avait encore l’esprit embrouillé, toujours un peu confuse par ce qui se passait.
— C’est bon, vous pouvez la prendre en charge maintenant, dit Jay’ian aux deux infirmières tout en s’avançant vers Seraphina. Maman, tu devrais peut-être prendre l’air.
La veuve acquiesça doucement avant de laisser son fils l’emmener à l’extérieur, laissant le personnel médical s’occuper de sa fille.
La main de Kaelian tenait fermement celle de sa petite amie, restant auprès d’elle tandis que les infirmières pouvaient enfin s’occuper d’elle.
Une seule personne au monde était capable de calmer Jay’anilou quand l’insécurité la submergeait : Kaelian Harkness.
— Kae ?
— Oui, Ani.
— Qu’est-ce qui se passe ? Pourquoi je me suis réveillée dans cette chambre d’hôpital ?
— Je sais que tu es encore sous le choc mais ça va aller, je te promets, rassura Kaelian. Pour l’instant, prends le temps de te reposer et de bien récupérer.
— Récupérer de quoi ? s’étonna Jay’anilou. J’allais très bien hier, tu l’as bien vu.
— Qu’est-ce que tu viens de dire ?
Cette fois-ci, c’était Jay’ian. Il avait laissé sa mère à l’extérieur pour lui laisser le temps de respirer un peu.
— J’ai dit quelque chose de bizarre ? demanda-t-elle, voyant le même étonnement et la même incompréhension sur le visage des deux jeunes hommes.
Son frère cligna plusieurs fois des yeux, confus par la situation. Il s’avança dans la pièce pour se placer aux côtés de Kaelian, demandant au passage aux deux infirmières de prévenir le médecin en charge de sa sœur.
— Ani, quel jour on est aujourd’hui ? demanda doucement Kaelian une fois les infirmières sorties.
— Hum, le 1er Novembre, non ? répondit-elle, un peu confus.
— Qu’est-ce qu’on a fait hier ?
— Euh... tu m’as emmené à cet hôtel, le Corridors. Tu avais encore du travail à l’agence, du coup je suis rentrée seule, répondit-elle. Et puis... et puis je me suis réveillée ici. Je ne comprends toujours pas pourquoi d’ailleurs.
L’accident avait eu lieu l’année dernière, le 31 octobre. Le soir même de l’évènement qu’elle énumérait.
La confusion s’installa dans la pièce alors que Jay’anilou semblait être dans une réalité totalement différente. Ils se regardèrent avec des expressions mêlant l’inquiétude et la confusion.
Kaelian se leva lentement, laissant Jay’ian aux côtés de la jeune femme. Il commença à faire les cents pas dans la pièce, réfléchissant intensément.
— Ani, que s’est-il passé après votre après-midi à l’hôtel ? demanda son frère d’une voix hésitante.
Jay’anilou fronça les sourcils, essayant de se remémorer les événements. Cependant, elle semblait complètement perdue.
— Je ne sais pas, Ian, j’ai dû rentrer à l’appart. Pourquoi tu me poses cette question ? demanda-t-elle, désorientée.
Il se mordit la lèvre inférieure, se demandant s’il devait oui ou non lui révéler la vérité sur ce qui s’était passé. Il ne voulait pas l’effrayer, ni la perturber davantage.
Kaelian, tout aussi inquiet, s’approcha et prit les mains de sa petite amie d’un geste réconfortant.
— Tu te sens bien, Ani ? Tu rappelles de ce qui s’est passé les dernières semaines avant notre après-midi ? essaya-t-il avec précaution.
Elle parut se concentrer, fermant les yeux un instant avant de les rouvrir, toujours aussi confuse.
— Oui, je m’en rappelle. Mais après l’après-midi à l’hôtel, mes souvenirs sont plus flous, admit-elle.
Kaelian sentait la tension monter en lui. Il savait qu’il allait devoir faire face à une situation difficile : lui expliquer l’accident et ce qui s’était passé depuis.
— Ani, il faut qu’on parle, commença-t-il d’une voix grave. Il y a quelque chose que tu dois savoir sur ce qui s’est passé après ce fameux après-midi.
Elle le regarda perplexe, tandis que l’atmosphère dans la chambre devenait de plus en plus lourde. Une discussion cruciale se préparait, une discussion qui pourrait changer le cours des événements.
— Qu’est-ce qu’il y a ? demanda-t-elle, l’inquiétude commençant doucement à la gagner.
Il serra doucement ses mains dans les siennes, cherchant à la calmer. Il aurait tellement aimé lui épargner ça, mais hélas, elle devait connaître toute l’histoire.
— C’est à propos de ce qui s’est passé après notre après-midi, commença doucement Kaelian. Tu...
Il secoua doucement la tête, essayant de rassembler son courage.
— Papa et toi avez été victimes d’un accident de voiture. Tu as été dans le coma depuis quatre mois maintenant, termina Jay’ian.
Aussitôt, la jeune femme ouvrit grands les yeux, la bouche entrouverte.
— Non, ce n’est pas possible, répliqua-t-elle. Je n’avais pas vu Papa de toute la journée.
— Justement, tu ne t’en rappelles probablement pas. Tu dois sûrement avoir une amnésie partielle due au choc de l’accident.
— Et Papa, il est dans le même état que moi ?
— Non, fit Jay’ian, baissant la tête.
Jay’anilou le fixa un moment, attendant la suite qui ne vint jamais. Puis, elle finit par comprendre par elle-même.
— Il est mort, c’est ça ?
Son frère hocha la tête en affirmation tandis que Kaelian posa des mains réconfortantes sur les épaules de sa bien-aimée.
— Ça va, tu tiens le coup ? demanda-t-il d’une voix qui se voulait rassurante.
Elle hocha doucement la tête, ses yeux s’embuant de larmes.
— C’est horrible, souffla-t-elle.
Elle resta silencieuse un moment.
— C’est bizarre. Je ne sais pas pourquoi...mais une partie de moi me dit que c’est sûrement une bonne chose.
Presque instantanément, Jay’ian écarquilla grand les yeux.
— Pardon ? Comment la mort de Papa peut-elle être une bonne chose ?
Elle resta silencieuse un moment avant de doucement repousser son petit ami.
— J’en sais rien, murmura-t-elle en s’entourant de ses bras.
À ce moment, un médecin entra dans la pièce, un dossier sous le bras.
— J’ai besoin de m’entretenir seule avec la patiente, annonça-t-il en saisissant le dossier entre ses mains.
— D’accord, accepta Jay’ian en se levant.
— On reviendra. Tu n’as aucune raison de t’inquiéter, fit Kaelian en déposant un baiser sur son front.
Puis les deux jeunes hommes quittèrent la pièce, une multitude de questions trottant dans leur esprit.
Communauté de Valencourt
Alors qu’on toquait à la porte de son bureau, Johassey Khangrave leva les yeux de son ordinateur pour inviter la personne à entrer. Cela faisait bientôt trois ans qu’il avait succédé à son père au poste de Régent de la Communauté et peu de personne n'oserait venir le déranger sans y avoir été autorisé au préalable.
Un jeune homme entra dans la pièce. C’était un homme de vingt-six ans aux cheveux châtains bouclés et aux yeux verts perçants. Carter Rivers, son bras droit.
— Qu’y a-t-il ? demanda Johassey d’un ton aussi froid que son regard gris orageux.
— Eh bien, on vient de me dire à l’instant que la petite Merridrew était sortie du coma.
— Je vois, dit-il simplement.
Carter tira une chaise pour s’asseoir, un sourcil levé en l’air.
— “Je vois” ? répéta-t-il. C’est ta seule réaction ?
— Tu t’attendais à quoi ?
— Je ne sais pas trop, avoua-t-il. Mais je m’attendais quand même à une réaction moins froide de ta part.
Johassey soupira doucement avant de se lever de son siège pour s’approcher de la fenêtre de son bureau. Tout en regardant à l’extérieur d’un air pensif, il se remémora le visage de Jay’anilou. Elle obsédait son esprit constamment, jour et nuit. Et il savait que le moment était venu pour lui de faire ce qu’il avait à faire.
— C’est du passé maintenant, c’est fini, dit-il. Tout ce que je peux faire à présent, c’est honorer ma promesse.
Carter l’écouta en silence, sachant que c’était un sujet sensible à aborder avec lui. Parce qu’avant d’être son bras droit, il était son meilleur ami. Sans doute le seul ami qu’il avait. Il était parmi les seuls personnes à être au courant de cette période de sa vie.
— Ça veut dire qu’on continue le plan ?
— Oui. Maintenant qu’elle est réveillée, c’est le moment le plus vulnérable.
— D’accord. Des nouvelles de Wynter ? demanda le bras droit du Régent.
— Il a fait de nouvelles découvertes qui se révèlent être inestimables pour la suite du plan.
Il revint derrière son bureau.
— Je te les ferai parvenir plus tard.
— Bien reçu. Bon, je vais te laisser, dit Carter en se levant de son siège. Je vais commencer les préparatifs pour la suite de l’opération, on se voit plus tard.
— D’accord.
Après que son second ait quitté la pièce, Johassey se laissa tomber dans son siège. Il passa une main sur son visage avant de murmurer :
— À nous deux, Jay’anilou Merridrew. Ça risque d’être particulièrement agité pour toi.