07 Septembre 2001
> Certaines blessures ne se voient pas.
Certains silences font plus mal que des cris.
Et parfois, dans les nuits les plus noires, on se rend compte que ce sont les histoires qu’on n’entend jamais qui pèsent le plus.
Le sommeil est censé guérir, réparer.
Mais quand la douleur vient de l’intérieur, du cœur ou de l’esprit, il n’y a rien qui puisse recoller les morceaux.
Je suis réveillée depuis trois nuits.
Trois nuits où le monde se dérobe sous mes yeux.
Où chaque seconde pèse une éternité.
Mes pensées se battent,
mon souffle s’accélère,
et les murs de ma chambre se referment sur moi comme une prison invisible.
Je m’appelle Aïcha.
J’ai seize ans.
Je suis d'origine dominicaine et française
Je vis à Québec.
Mais personne ne sait vraiment ce qui se passe dans ma tête.
Je suis là, chaque jour,
à sourire, à parler, à prétendre que tout va bien,
alors que tout s’effondre en silence.
03h12.
Je fixe le plafond blanc,
entendant le bruit sourd de mon cœur qui tambourine dans mes tempes.
Mes mains tremblent sans que je comprenne pourquoi.
Je suffoque sans air.
J’ai froid et chaud en même temps.
J’ai peur de rien, et de tout.
Parfois, j’entends des murmures.
Peut-être que c’est juste ma tête qui me joue des tours.
Les ombres dansent dans ma chambre,
et je ne sais plus où est la réalité.
Sous mon lit, un petit sachet m’attend, comme une vieille connaissance.
Discret. Mortel. Tentant.
Je tire une ligne.
Le goût est amer, piquant, et pourtant familier.
Je ne cherche pas à fuir la vie, juste ce bruit incessant, cette douleur sourde qui ne veut pas me lâcher.
Mes parents dorment.
Ils croient que je suis juste fatiguée.
Que c’est le stress du lycée, la pression des notes, les réseaux sociaux.
Ma mère imagine que je suis « juste un peu tendue »,
mon père pense que je suis « trop scotchée à mon téléphone ».
Ils ne savent pas que je me noie.
Que chaque sourire est un masque pour cacher mes profondeurs sombres.
[...]
L’insomnie n’est pas qu’une absence de sommeil.
C’est un état où tu deviens étranger à toi-même.
Tu pleures quand tu devrais rire.
Tu ris quand tu devrais hurler.
Tu deviens un fantôme invisible, perdu dans un corps qui ne te reconnaît plus.
Je ne sais pas combien de temps je tiendrai encore.
Je sais juste que ça se fissure, que ça s’effrite,
petit à petit, jusqu’à ce qu’il ne reste plus rien.
[...]
> Et toi, tu sais…
Combien de filles comme moi passent inaperçues ?
Combien finissent par disparaître sans que personne ne le remarque ?
Combien se battent sans arme contre ce vide ?
Aïcha en fait partie.
< Parce que parfois, ce ne sont pas les blessures visibles qui tuent.
Mais celles que personne ne voit.
Si tu crois connaître quelqu’un, regarde au-delà des apparences.
Certains silences crient plus fort que des mots.