Premier soufle
Je suis née un matin d’hiver, dans le silence froid d’un hôpital aux murs immaculés. Quelques jours plus tard, mes parents me ramenèrent dans une maison. Le sol nu, sans carrelage. Le vent s’engouffrait par les murs mal isolés, sifflant comme une plainte. La seule chaleur venait d’un poêle à bois, dont la flamme fragile semblait lutter pour survivre.
Mon père me déposait devant, emmitouflée dans trois couvertures.
« Il ne faut pas qu’elle ait froid », murmurait-il, sa voix chargée d’une tendresse inquiète.
La vie n’était pas tendre. Avec moins de 2000 € pour quatre bouches, mes parents se débattaient. Mon père travaillait sans relâche, ses mains se durcissant à force d’efforts. Ma mère, elle, passait ses journées entourée de ses seize chats, qu’elle coiffait, caressait, aimait… plus qu’elle ne nous aimait, parfois.