Prologue
Dans les entrailles de la terre, loin du ciel bleu, nous avions reconstruit notre monde souterrain, né des décombres d’une guerre dévastatrice. La surface, autrefois vivante et pleine couleurs, n’était désormais qu’un souvenir flou transmis sous forme de mythe, de génération en génération.
_ Essaie ça, c’est incroyable, s’exclame Gloria, brisant le fil de mes pensées.
Ce petit bout de femme d’à peine 1m60 me regardait un sourire figé sur les lèvres, attendant désespérément ma réaction. Entre ses mains, un plateau d’encas préparé pour la fête de ce soir.
_ Nelson ! Allô la terre, ici Gloria ! dit-elle en agitant frénétiquement les mains devant moi.
Les bras croisés, j’ancrais mon regard dans le sien.
_ Je suis là, mon amour.
_ Goûte les sandwichs, me supplia-elle du regard.
Je soupirai, en relâchant mes bras, un sourire aux lèvres, et d’un geste délicat, je remis une mèche derrière son oreille.
_Très bien, mais toi tu t’assois, il est impératif que vous soyez tous les deux en forme.
Je lui tendis une chaise avant de saisir le sandwich. Mais mon appétit restait absent, submergé par le stress.
Gloria s’affala sur la chaise, faisant mine de bouder, ses lèvres formant une mou adorable. Elle croisa les bras sur sa poitrine en soupirant dramatiquement.
_ Allez Nelson, fait un effort dit-elle avant de croquer dans son sandwich.
Je pris une profonde inspiration, puis me penchais pour embrasser son front.
_ Pour toi, je ferais tout. Je mordis dans le sandwich et savourai le mélange de saveur.
En voyant mon expression satisfaite, elle éclata de rire, triomphante.
_ Ah! Je savais que tu aimerais ça.
Amusé, je levai les yeux au ciel et consulta ma montre : 19h46. Où est Mia ? Elle avait rejoint notre groupe depuis quelques mois mais peinait encore à s’acclimater.
Une main se posa sur mon épaule me tirant brusquement de mes pensées. Derrière moi Mia me souriait timidement.
_ Ah, vous voilà enfin, répliquais-je rassuré.
_ Je ne louperais cette fête pour rien au monde rassure-toi. Le comité avait pris la décision d’organiser cette fête dans l’espoir de remonter le moral des habitants. Les années sous terre étaient rudes, et les récentes attaques du dômes n’avait rien arrangé. Nous tentions doucement de nous reconstruire mais portions encore les stigmates de ces temps difficiles.
_ Je finissais de nourrir Sienna, expliqua Mia en tenant sa fille dans ses bras.
_ Si c’est pour ma nièce préférée, tu es excusée plaisantai-je.
Sienna, avec ses grands yeux noisette, nous observait avec curiosité.
_ Comment va ma petite princesse ? dit Gloria en s’approchant.
_ Je peux la prendre dit-elle en regardant Mia.
Elle déposa sa fille dans les bras de Gloria.
Tout semblait presque redevenu normal. Nous discutions paisiblement et rigolions en famille. Par moment on pouvait presque oublier la menace qui guettait au-dessus de nos têtes.
La fête commençait doucement à prendre forme, les décorations recyclées, des lumières scintillantes, et des stands avaient été installés par les habitants souriants. La musique légère et joyeuse flottait dans l’air, emportant avec elle les soucis de l’année écoulée.
En regardant ma famille, je sentis une vague d’affection m’envahir. Malgré les épreuves, nous étions ensemble, et personne ne pouvait nous l’enlever. La fête des galeries prenait tout son sens, symbolisant notre nouveau départ, mais aussi l’unité de notre communauté.
_ Chef, il est l’heure m’interpella Jeff.
_ J’arrive. Souhaitez-moi bonne chance, leur dis-je, en tentant de dissimuler mon appréhension derrière un sourire.
_ Attends ! s’exclama Gloria en attrapant mon bras.
Délicatement, elle emprisonna mon visage entre ses mains et déposa un tendre baiser sur mes lèvres.
_ Voilà, maintenant tu peux y aller. Tu es le meilleur, pas besoin de chance, murmura-t-elle.
Je pressais mes lèvres sur son front, sentant son parfum. Je pris une grande inspiration caressant une dernière fois son ventre arrondi, avant de monter sur scène.
Je tapotai légèrement le micro et un son clair et net résonna, attirant l’attention de tous.
_ Tout le monde est là ? Demandais-je, en scrutant l’assemblée.
Les regards se tournèrent vers moi, leurs visages marqués par un mélange de joie et d’inquiétude.
_ Mes chers compagnons, mes chers amis, cette année a été marquée par la tristesse. Je ne vais pas vous mentir, nous avons encore beaucoup de chemin à parcourir avant de retrouver un semblant de vie normal. Comme je vous le répète, nous formons une équipe, une famille. Le dôme a essayé de nous détruire mais regardez autour de vous, nous sommes toujours là. Nous avons survécu, nous avons persévéré, et nous allons devenir plus forts et un jour, nous reprendrons la surface d’assaut. Comme j’aime le dire, nous sommes une machine et chaque rouage, aussi modeste soit-il, est crucial. Je crois en vous, mes amies. Ne perdons pas espoir. Ensemble, nous sommes une force irrépressible, une lumière dans l’obscurité, et chaque défi que nous relevons nous rapproche un peu plus de la surface.
Une vague d’applaudissements s’éleva, portée par l’espoir de chacun.
Chaque applaudissement était l’écho d’une détermination partagée, un murmure affirmant qu’ensemble, nous pouvions surmonter toutes les épreuves
Je balayais l’assemblé du regard, voyant les visages de ceux qui avaient tout sacrifié, mais qui continuaient à se tenir debout.
_ Souvenez-vous, repris-je, que chaque victoire que nous remportons ici est une pierre de plus dans la construction de notre avenir. Ensemble, nous avons surmonté l’impossible, ensemble, nous surmonterons encore plus.
Les applaudissements reprirent plus déterminés. Ce n’était plus seulement l’écho d’un espoir, il s’agissait d’une promesse. La promesse que peu importe les épreuves qui nous attendent nous n’abandonnerons jamais.
Soudain, un fracas assourdissant déchira l’air, suivi d’un second qui fit trembler le sol. La panique s’empara de l’assemblée. Je fus tout a coup envahi par l’angoisse : Gloria n’était plus là.
_ Gloria ! Répond moi ?! criai-je, la cherchant désespérément parmi la foule effrayée.
Les cris des habitants retentissent dans l’air tandis qu’un mur s’effondra sur eux, les ensevelissant sous un amas de pierres et de poussières. Les soldats ennemis surgirent des armes en mains, indifférents à la terreur qu’ils semaient. Ils avancent méthodiquement, tels des machines de destruction. La scène macabre se déroulait sous mes yeux comme un cauchemar.
Les silhouettes désespérées couraient dans toutes les directions cherchant un refuge. La réception, autrefois remplie de joie et d’espoir, était désormais le théâtre d’une tragédie impensable.
Les tables renversées, les décorations détruites.
Je ressenti soudain une douleur sourde à l’arrière du crâne. Un bourdonnement résonna dans mes oreilles, et je perdis l’équilibre. Mes jambes cédèrent sous moi et je m’effondrai. Ma vision se brouilla, me plongeant dans les ténèbres.