One piece, une lutte au travers des cieux.

Summary

Lise, connue sous le nom de Bella, est une médecin pirate, mais aussi une combattante redoutable, aussi libre qu'un oiseau. Mais entre devoir, trahison et sentiments refoulés, Bella et Lucci dansent sur un fil prêts à s'élever ou à chuter ensemble dans l'abîme.

Genre
Romance
Author
Megara
Status
Ongoing
Chapters
4
Rating
n/a
Age Rating
18+

Chapitre 1

1.

Elle ne resta pas immobile longtemps à la lucarne.

Observer trop longtemps, c’était déjà s’exposer.

Son regard glissa plutôt qu’il ne se posa, suivant une péniche qui remontait lentement le canal Flaviani, sans jamais s’y attarder. À Water Seven, l’eau portait tout — les bruits, les odeurs… et parfois les regards. Les surfaces mouvantes déformaient les reflets, mais elles n’effaçaient rien.

Elle le savait.

Le canal longeait la rue Georges, juste en contrebas. De là, n’importe qui pouvait lever les yeux. Les fenêtres des étages supérieurs semblaient hors d’atteinte, mais c’était une illusion. Les passerelles, les toits, les balcons… la ville était un empilement de points d’observation.

Lise ajusta légèrement l’angle de la lucarne, réduisant l’ouverture sans la fermer complètement.

Le clapotis de l’eau persistait, régulier, presque trop régulier. Le souffle des moteurs à vapeur se répercutait entre les façades étroites, transformant chaque bruit en écho difficile à localiser. Un klaxon retentit au loin, long, traînant — elle ne tourna pas la tête.

Ne jamais réagir immédiatement.

Plus loin, derrière les façades travaillées du quartier des Songes, le théâtre de la rue Floréal venait d’ouvrir. Les applaudissements montaient, diffus, mêlés aux voix et aux rires. Une distraction parfaite. Un écran sonore.

Ou une couverture.

Son regard passa brièvement sur les toits opposés.

Une fenêtre entrouverte.

Un linge suspendu, immobile.

Une ombre — non, simplement une variation de lumière.

Elle détourna les yeux.

À l’intérieur, la clinique Stern était plongée dans un silence plus dense encore. Ici, chaque bruit avait un poids. Le bois travaillait lentement sous la structure, craquant par instants. Le froissement du papier entre ses doigts semblait trop net, trop distinct.

Elle ralentit ses gestes.

La lumière de la lampe à huile dessinait des lignes précises sur son visage, accentuant la froideur de ses traits. Rien ne dépassait. Rien ne trahissait. Même sa beauté semblait contenue, comme si elle refusait d’exister au-delà du strict nécessaire.

Visible, mais jamais offerte.

Depuis quelques semaines, un bar attirait l’attention à deux rues du théâtre. Les voix alcoolisées dérivaient parfois jusque dans les canaux, portées par l’humidité nocturne. On y évoquait les hommes de Galley-La Company — leurs visages, leurs corps, leur présence.

Elle n’écoutait pas.

Mais elle retenait.

Toujours.

Water Seven fonctionnait trop bien pour être honnête. Trop fluide. Trop stable. Chaque chose à sa place, chaque mouvement prévisible.

Ce genre d’équilibre attirait inévitablement quelque chose.

Ou quelqu’un.

Elle referma le registre sans bruit.

Un instant, elle resta immobile.

Pas figée — attentive.

Le silence changea légèrement.

Ou peut-être était-ce une impression.

Elle ne regarda pas l’horloge.

Inutile.

Il viendrait.

Toujours à la même heure. Toujours avec la même exactitude. Une régularité qui n’avait rien d’humain.

Au début, elle avait observé. Analysé. Cherché une logique.

Elle n’avait trouvé qu’un schéma.

Un homme comme Rob Lucci ne répétait pas une action sans raison.

Alors elle avait cessé de chercher pourquoi.

Et commencé à se demander depuis quand il observait.

Lise redressa légèrement les épaules, ajustant la position des instruments sur la table.

Tout était sous contrôle.

En apparence.

La nuit s’était installée sans qu’elle n’y prête attention.

À Water Seven, le passage du jour à l’obscurité ne se faisait jamais brusquement. La lumière se retirait lentement des canaux, glissant le long des façades avant de disparaître dans l’eau noire, laissant derrière elle un réseau de reflets instables. Une fois le soleil couché, la ville ne s’éteignait pas — elle changeait simplement de rythme.

Lise tourna une page du registre, sans bruit.

Monsieur Stern et son fils étaient partis plus tôt dans la journée, comme souvent. Ils lui laissaient la clinique, le grenier… et une confiance qu’elle n’avait jamais réellement demandée. Depuis près de deux ans, cet endroit lui servait de point fixe. Un abri, temporaire au départ.

Qui avait duré.

Elle n’avait jamais eu l’intention de rester.

Mais partir demandait une raison.

Et ici, tout fonctionnait trop bien.

Grâce à Galley-La Company, la ville tournait avec une précision presque irréelle. Le travail circulait, l’argent aussi. Les rues restaient propres, les façades entretenues, les habitants occupés. La misère, dans ce quartier du moins, semblait avoir été méthodiquement effacée.

Une anomalie sur Grand Line, océan gangréné par la piraterie.

Elle referma le registre.

Le silence reprit sa place, plus dense.

Elle ne consulta pas l’horloge.

Elle comptait autrement.

Le rythme des péniches.

Les variations de bruit dans la rue.

Le moment précis où le théâtre relâchait son premier flot de spectateurs.

Et surtout—

lui.

Consultation. Médicaments. Départ.

Même en parfaite santé.

Elle avait tenté, au début, de limiter ces visites. Suggéré, sans insister, qu’il n’était pas nécessaire de revenir sans symptôme.

Elle n’avait pas reformulé.

Pas après avoir observé sa manière de la regarder — non pas avec insistance, mais avec cette attention particulière, comme s’il évaluait chaque mot, chaque inflexion, chaque silence.

On ne refuse pas vraiment ce genre d’homme.

Pas frontalement.

Ses doigts glissèrent jusqu’à ses lunettes. Elle les ajusta légèrement, plus par habitude que par nécessité, puis sortit un petit sachet de graines qu’elle posa à portée de main.

Un détail.

Toujours prévoir les détails.

Il n’était pas… intimidant, au sens classique.

Pas bruyant. Pas démonstratif.

C’était autre chose.

S’il cessait de froncer imperceptiblement les sourcils, s’il parlait davantage, peut-être aurait-il semblé presque ordinaire.

Mais il ne parlait pas.

Ou très peu.

La plupart du temps, lorsqu’il était là, la seule voix qui brisait le silence n’était pas la sienne.

Son oiseau.

Une présence absurde, presque déplacée — et pourtant parfaitement tolérée.

Elle n’avait jamais relevé.

La première fois qu’elle l’avait vu, c’était presque deux ans plus tôt.

Un détail qu’elle n’oubliait pas.

Elle s’apprêtait à fermer lorsque son regard avait accroché une silhouette dans une ruelle adjacente. Un corps appuyé contre un mur, trop immobile. Le sang avait été la seule chose évidente dans la pénombre.

Elle n’avait pas réfléchi.

Le traîner jusqu’à la clinique avait demandé plus d’effort qu’elle ne l’avait anticipé. Le nettoyer, le soigner, effacer les traces — bien plus encore. Le sang s’était infiltré partout. Sous ses ongles. Dans les fibres du bois.

Elle s’en souvenait avec précision.

Lui aussi.

Conscient.

Trop conscient.

Il avait refusé toute anesthésie.

Pas par bravade. Pas par orgueil.

Par calcul.

Se rendre vulnérable, même quelques minutes, n’était pas une option.

Pas avec elle.

Pas dans un lieu inconnu.

Elle n’avait pas insisté.

Elle avait observé.

Sa respiration contrôlée.

L’absence de plainte.

La manière dont son regard restait mobile, même affaibli.

Un homme entraîné.

Un homme dangereux.

Un homme qui survivait.

Il n’avait pas remercié.

Il n’avait rien dit.

Au matin, il avait disparu.

Pas de bruit. Pas de trace.

Comme s’il n’avait jamais été là.

Elle avait classé l’événement.

Jusqu’à un an plus tard.

Lorsqu’il était revenu.

Debout. Indemne. Habillé en civil.

Avec cet oiseau posé sur son épaule.

Et depuis—

Il revenait.

Régulièrement.

Sans raison valable.

Lise laissa échapper un souffle presque imperceptible, ses lèvres esquissant quelque chose qui n’était pas tout à fait un sourire.

À l’époque, elle avait cru comprendre.

Un assassin.

Un agent.

Quelqu’un vivant dans un état de vigilance constant.

Mais elle s’était trompée sur un point.

Ces hommes-là finissent par relâcher leur attention, tôt ou tard. Une faille, même minime.

Chez lui—

Elle n’en avait jamais vu.

Son regard glissa une dernière fois vers la porte, sans bouger la tête.

Pas encore.

Mais bientôt.




La clochette de la porte tinta.

Un son bref. Net.

Elle ne se retourna pas.

Inutile.

Le haki s’étendit, sans effort apparent — pas une vague, pas une poussée, mais une fine pellicule invisible qui glissa autour d’elle, effleurant l’espace sans jamais s’y attarder. Une habitude. Une vérification.

Il était là.

Immédiatement.

Une présence dense. Stable.

Trop stable.

Comme une masse posée au milieu d’un courant contourné par la force invisible du courant.

Rob Lucci.

Elle n’avait pas besoin de le voir.

Son “empreinte” était toujours la même — rigide, contenue, verrouillée avec une précision presque artificielle.

Mais pas totalement immobile.

Il y avait… une variation.

Infime.

Une tension plus basse que d’habitude. Une fatigue contrôlée, dissimulée sous la même discipline inflexible.

Pas de blessure significative.

Pas ce soir, du moins.

— Bonsoir…. Cui !

C’était l’oiseau qui parlait. Et le visage de l’homme restait impassible.

Rien ne trahissait la légère tension qui s’était installée dans ses épaules.

Elle sentait son regard.

Comme toujours.

— Bonsoir.

Sa voix était calme. Ajustée.

Rien ne trahissait la légère tension qui s’était installée dans ses épaules.

Elle sentait son regard.

Comme toujours.

Et elle se garda bien de le lui rendre.

Regarder, c’était déjà céder quelque chose.

Lise ne cédait rien.

Elle se cachait. De tout. De tous. Des Marines, des pirates, des visages trop insistants, des questions trop précises. Même des rares personnes qui auraient pu prétendre la connaître.

Ce n’était pas de la méfiance.

C’était une nécessité.

Et dans cet équilibre fragile qu’elle maintenait depuis des mois, la simple présence de Rob Lucci était une anomalie.

Une variable inutile.

Dangereuse.

Elle ignorait pour qui il travaillait réellement — mais il n’y avait aucun doute : son rôle au sein de Galley-La Company n’était qu’une couverture. Trop propre. Trop visible. Presque… décorative.

Un homme comme lui n’existait pas à la surface.

Elle n’avait jamais osé poser la question.

Et ne la poserait sans doute jamais.

Il n’était qu’un client.

Un client régulier dont elle se serait volontiers passée.

Parce qu’il observait trop.

Comprenait trop.

Parce qu’il ne regardait pas comme les autres.

Et c’était précisément ce qui posait problème.

Dans le quartier des Songes, on lui avait donné un nom qu’elle n’utilisait jamais.

Bella.

Un mot léger. Presque insultant.

Une façade qu’elle n’avait jamais construite, mais que les autres lui imposaient malgré elle. Les hommes entraient ici sous prétexte de consultation, s’attardaient, tentaient, insistaient.

Elle les renvoyait.

Net.

Sans détour.

Ils revenaient quand même.

Elle savait gérer ça.

Mais lui—

Il ne faisait rien.

Il venait.

S’asseyait.

Observait.

Puis repartait.

Sans tentative. Sans écart.

Sans faute.

Silencieux. Patient.

Comme s’il attendait.

Pas qu’elle cède.

Qu’elle se révèle.

La tension entre eux ne ressemblait pas à celle des autres.

Elle resserra légèrement ses doigts autour du stylo dissimulé dans sa blouse. Le plastique grinça à peine. Une impulsion traversa brièvement son esprit — nette, précise.

Et si pour une fois, elle lui donnait une raison de venir la voir pour autre chose qu’une égratignure bégnine ?

L’envie la prenait à la gorge.

Un geste rapide

Un angle parfait.

Le sang goutant sur le parquet tout en se mêlant à l’encre noire du stylo.

Et peut être aussi, enfin une émotion nette et brutale qu’elle pourrait lui arracher malgré lui.

Possible. Excitant.

Mais inutile.

Et surtout— Risqué.

Trop risqué.

Elle relâcha la pression. Rien ne devait transparaître. Jamais.

Alors elle se retourna.

Son sourire était déjà en place.

Précis. Mesuré. Suffisant.

— Comment puis-je vous aider cette fois-ci ?

A suivre….