Mon Nouveau Jouet (Tome 6)

All Rights Reserved ©

Summary

Elles pensaient posséder la ville. Elles vont découvrir ce que signifie posséder l'enfer. L'Empire Leduc est à son apogée. Maïra et Élara contrôlent le gouvernement, la police fédérale et le fret logistique jusqu'en Ontario. Mais un écho sanglant du passé vient de réveiller un monstre endormi : la Bratva. Pour la mafia russe, la corruption et le chantage ne sont que des jeux d'enfants. Ils ne veulent pas de pouvoir politique. Ils veulent du sang, des territoires et le remboursement intégral d'une dette contractée dans la violence. Quand les camions de Boréale Logistique commencent à exploser et que les alliés des Leduc sont démembrés un par un, Maïra réalise que ses milliards et ses secrets ne la protègeront pas. Traquée dans sa propre tour de verre, la Reine Noire doit faire face à un ennemi sans visage et sans pitié. Pour survivre à l'Hiver Rouge, elle devra libérer ses propres démons et accepter de devenir plus monstrueuse que ceux qui veulent la détruire. La guerre tactique est terminée. C'est l'heure du carnage. - Dédicace à : Caëlle / @callee1804

Status
Ongoing
Chapters
6
Rating
n/a
Age Rating
18+

Chapitre 1 : L'Étoile de Sang

(Point de Vue : Maïra)

Une heure du matin.

L’ascenseur privé filait vers le rez-de-chaussée à une vitesse vertigineuse, silencieux comme un tombeau de verre. Élara se tenait à mes côtés, les yeux rivés sur l’écran de sa tablette, calculant déjà les rendements du port de Montréal que nous venions de voler à la province. J’étais épuisée. La médaille d’or du Ministre, que j’avais laissée traîner sur mon bureau quarante-cinq étages plus haut, me semblait déjà appartenir à une autre vie.

Nous étions intouchables. Nous avions acheté la justice, plié la police, et la ville entière nous appartenait.

C’est ce que je croyais. Jusqu’à ce que les portes en acier brossé s’ouvrent sur le hall principal de la Tour Horizon.

L’odeur me frappa la première.

Ce n’était pas le parfum d’ambiance habituel, ce mélange de cèdre blanc et d’ozone propre qui flottait toujours dans le lobby. C’était une puanteur chaude, animale, écœurante. L’odeur ferreuse et sucrée du sang frais, mélangée à l’effluve rance de sphincters relâchés dans la mort. Mon estomac se contracta violemment.

Élara : Bordel de merde... murmura-t-elle, sa tablette lui glissant des mains pour s’écraser sur le sol.

Je m’avançai, pétrifiée. Mes talons nus claquèrent contre le marbre blanc de Carrare.

Le hall était désert. Les deux gardes de sécurité de nuit, d’anciens militaires surarmés qui devaient surveiller les accès, n’étaient plus à leur poste. Les écrans de contrôle de l’accueil grésillaient, couverts d’une bouillie de pixels morts.

Et au centre de l’immense pièce immaculée, sous le lustre en cristal, se trouvait le message.

Il n’avait pas été écrit sur du papier. Il avait été peint à même notre marbre de luxe. Une immense étoile à huit branches, le symbole exact des Vor v Zakone russes. La peinture n’était pas sèche. Elle était épaisse, sombre, coagulante par endroits. Des litres et des litres de sang humain avaient été déversés et étalés avec une précision maniaque pour former ce sceau de la Bratva.

Mais ce n’était pas le symbole qui figea le sang dans mes veines. C’était ce qui trônait au centre parfait de l’étoile.

Une main sectionnée.

Pas une coupure chirurgicale, propre et nette. L’avant-bras avait été massacré, probablement à coups de hachoir émoussé ou de machette rouillée. Les os du radius et du cubitus saillaient à travers une bouillie de chair violacée et de tendons déchirés. La moelle osseuse jaunâtre perlait sous la lumière crue du hall. La peau de la main était d’une pâleur cadavérique, marbrée de bleu, les ongles noircis par la terre et le sang séché.

Je portai instinctivement une main à ma bouche pour retenir un haut-le-cœur.

Le dos de cette main morte était couvert de tatouages enchevêtrés. Mais un détail attira mon regard, me glaçant jusqu’à la moelle. Autour du poignet sectionné, baignant dans la flaque poisseuse, une montre tactique noire tictaquait encore. Une Leduc Security. Un modèle exclusif, crypté, que Léo fabriquait uniquement pour l’élite de la garde rapprochée de Viktor.

Des bruits de pas lourds et précipités résonnèrent derrière nous. Viktor venait de débouler de la cage d’escalier de service, son arme de poing déjà dégainée, le canon balayant les angles morts du lobby. Il s’arrêta net. Son visage, habituellement d’un calme granitique, se décomposa.

Il s’avança lentement vers le centre de l’étoile de sang, ignorant le liquide poisseux qui tachait ses bottes. Il s’accroupit près du membre sectionné. L’air était si lourd qu’on aurait pu le couper au couteau.

Avec une lenteur morbide, Viktor utilisa le canon de son arme pour retourner la main morte. Sur la face interne du poignet, au-dessus des veines tranchées, un petit tatouage de crâne enflammé apparut.

Je vis la poitrine du mercenaire se soulever brusquement.

Viktor : C’est... c’est Marcus, croassa mon beau-frère, la voix brisée par un mélange d’horreur et de rage sourde. Un de mes snipers. Il était avec moi lors du raid de l’entrepôt d’Anjou l’année dernière.

Il leva les yeux vers moi. Le grand loup de l’Empire Leduc semblait soudain vulnérable, terrifié par le fantôme qu’il venait de réveiller.

Viktor : Il n’était pas en service ce soir, Maïra, continua-t-il, les mots s’arrachant de sa gorge. Il était chez lui. Avec sa femme et sa fille de quatre ans.

Le silence qui suivit fut plus assourdissant qu’une explosion.

Je reculai d’un pas, mon regard balayant notre luxueux hall d’entrée souillé par les viscères. Morvan jouait avec nos cerveaux. Il nous envoyait des énigmes, des défis intellectuels. La Bratva ne jouait pas. Ils venaient d’entrer dans ma forteresse la plus sécurisée de la ville pour y déposer un morceau de viande appartenant à l’un de mes hommes les plus mortels.

L’État ne me sauverait pas. Le Ministre de la Sécurité Publique se pisserait dessus s’il voyait ça. Mes milliards ne servaient à rien contre des bouchers.

L’Hiver Rouge venait de commencer, et nous avions déjà du sang jusqu’aux chevilles.