Cette inconnue en moi

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Summary

Assise sur les berges de la plage, je la vois regarder au loin les bateaux qui bougent avec la houle. Elle est absorbée ou du moins elle en a l’air. Lisa est en vacances cet été, elle est partie en famille, elle sourit, bronze et parle avec sa famille. Son cœur est joyeux du moins en apparence. Le beau ciel bleu, la mer turquoise, le sable blanc, il y a matière à rêver… Ils profitent ensemble mais au fond, Lisa n’est pas vraiment avec eux sur cette île. Cela fait longtemps que Lisa n’est plus dans son corps, elle fait semblant de tout, de rire, de danser. Non son corps est une carapace vide. Son esprit est ailleurs mis où ? Lisa c’est moi et je vais vous expliquer mon histoire….

Status
Ongoing
Chapters
10
Rating
n/a
Age Rating
16+

Lisa- Quelques années plus tôt

Je me présente, Lisa Powel, bien ancrée dans la vingtaine, jeune fille brune aux yeux clairs et au teint halé mais de corpulence assez forte. Je vis ma vie à 100 à l’heure et je n’ai jamais le temps de rien…

En pleine fleur de l’âge, je suis heureuse et pleine de vie. J’ai des amis en or et une famille que j’aime de tout mon cœur, ma vie est belle.

Je profite de chaque seconde et de chaque occasion pour fêter ce qu’il y a à fêter. Bref, un vrai petit bout en train souriant et pleine de vie et j’en profite.

Il y a une dizaine d’année, un malheur est arrivé, un second, un troisième et ainsi de suite durant plusieurs années. Jeune fille empathique que je suis, je n’ai pas su faire face, vous pensez bien…

Petit à petit, le bout en train s’efface lentement pour laisser place à ma carapace.

A ce moment-là, l’insouciance a disparu.

Aujourd’hui, la vie en a décidé autrement, je revis tout doucement et j’arrive à gérer mes émotions du mieux que je peux. Au détour d’un regard ou d’une parole la vie est parfois étrange mais ce n’est qu’avec le recul qu’on le comprend.

◇ ✢ ◆

C’était un lundi comme les autres.

Je ne me souviens de rien de particulier avant lui. Juste une journée normale, sans relief, sans signe annonciateur.

Et puis il est arrivé.

Sans bruit. Sans urgence. Comme si le monde s’était légèrement décalé pour lui laisser de la place.

Je ne l’ai pas vu tout de suite. Je l’ai senti.

Une sensation difficile à expliquer, comme une pression dans l’air, quelque chose qui m’obligeait à lever les yeux sans savoir pourquoi.

Et là.

Viktor. Même son prénom suffisait à déséquilibrer quelque chose en moi. Le cœur s’emballait sans autorisation, comme si mon corps avait oublié ce que ma tête savait déjà.

Il ne souriait pas vraiment. Il observait. Calmement. Trop calmement.

Son regard a accroché le mien avec une facilité déconcertante, comme s’il n’avait jamais envisagé une autre possibilité que celle-ci : que je le regarde en retour.

Je me souviens de son regard. Vert, profond, presque dérangeant tant il était direct. Il ne cherchait pas à éviter les autres, ni à se faire discret. Il regardait comme s’il savait déjà.

Et c’est exactement ce que j’ai fait. Mon corps a réagi avant moi. Trop vite. Trop fort.

Mes pensées, elles, ont pris du retard.

Je me suis surprise à me figer. Pas par gêne. Par quelque chose d’autre. De plus flou. De plus dérangeant.

Comme si je venais de perdre un point d’appui sans m’en rendre compte. Il a avancé.

Un pas.

Puis un autre.

Rien de spectaculaire. Et pourtant, chaque mouvement semblait inutilement précis.

— Bonjour, dit-il.

Sa voix était calme. Trop stable pour être anodine.

— Je m’appelle Viktor. Tu me plais beaucoup. Je veux apprendre à te connaître.

Direct.

Aucune hésitation. Aucun filtre.

Mon cerveau a tenté de rire. De relativiser. De trouver une faille dans cette entrée en scène trop parfaite ou trop étrange.

Mais mon corps ne suivait pas.

Mes mains étaient immobiles. Mon souffle, légèrement décalé.

Comme si quelque chose venait de se désaligner à l’intérieur de moi.

— Bonjour… moi c’est Lisa, ai-je fini par dire. Je suis plutôt réservée.

Il a hoché la tête, comme si cette information n’avait aucune importance.

— On parlera par messages alors.

Ce n’était pas une question. Et pourtant, j’ai répondu oui. Sans chercher à comprendre pourquoi.

C’est là que j’aurais dû remarquer quelque chose. Ce petit décalage. Cette facilité.

Cette impression étrange que tout venait de s’enclencher sans résistance. Mais à ce moment-là, je ne voulais pas ralentir.

Je voulais juste… continuer à le regarder.

Tout est allé tellement vite, pour mon plus grand dam. Pendant un mois ou un mois et demi, nous avons discuté sans relâche mais seulement par message.

Un soir, j’allais au restaurant pour l’anniversaire d’un ami et je me suis sentie pousser des ailes. Je l’ai invité et à ma grande surprise il a accepté.

Ensuite tout s’est enchainé sorties, verres et soirées chez lui. Il m’a fait rencontrer sa famille et moi la mienne, on continue de sortir le soir, passer nos soirées ensembles.

Après quelques semaines seulement, il me présente son demi-frère et me parle mariage et enfants. Il me fait comprendre que je suis la femme de sa vie et qu’il ne saurait pas vivre sans moi. D’après lui, je suis unique et exceptionnelle et à travers ses yeux je me sentais de la sorte.

A ses côtés, je souriais sans m’en rendre compte, j’osais prendre de la place, parler plus fort, comme si une version de moi que j’avais oubliée revenait doucement à la surface. Même seule, quelque chose continuait de se réveiller.

Lors de ses grandes conversations, il me parle mariage dans un château !! Il le veut parce que « je le mérite bien ».

Peu de temps après, je passe un peu plus de temps avec mes amies et cela ne lui plait pas forcément. Son humeur changeante, ses rapports avec moi sont différents.

Rapidement, son visage change, les mots doux du début laissent place aux phrases sèches et tranchantes. Les disputent arrivent ainsi que les différentes femmes et le calendrier avec les anniversaires de certaines filles entourés de cœur. Une dispute éclate et me dit que c’est là depuis le début de notre relation et qu’il les a connues avant moi !

Il est loin le mariage de conte de fée, ma robe de princesse et mon futur mari charmant….

A cause de lui, mon amie Viktoria prend ses distances, elle avait bien compris son manège et je ne la croyais pas. Une distance se crée et je n’arrive pas à la rattraper, petit à petit elle s’éloigne et je ne peux rien y faire…

Amélie, elle, reste et ramasse les pots cassés. Tous les jours, elle est là, plus présente que jamais.

Très vite, je mets fin à cette relation je m’éloigne de lui mais nous sommes comme des aimants, on s’attire autant qu’on se repousse.

Peu importe qui se trouve dans le chemin, plus personne ne compte en tout cas de son côté. Il ne reste jamais bien longtemps seul mais revient sans cesse vers moi.

Tout un moment, j’ai cru naïvement à cette légende chinoise du fil rouge. Légende tellement romantique qui raconte que : un fil invisible, attaché par les dieux, relie deux âmes destinées à se rencontrer et à s’aimer, peu importe le temps, l’espace ou les circonstances. Ce lien ininterrompu, souvent noué au petit doigt, symbolise une connexion prédestinée et indestructible. Le lien peut se tordre, s’étendre et même se nouer mais jamais il ne coupera. Pour moi nous étions deux vieilles âmes destinées à finir ensemble et jamais cela ne changerait.

Amélie m’a remis les pieds sur terre et m’a gentiment dit qu’il jouait avec moi et que la connexion n’existait que dans ma tête. J’étais juste son jouet du moment.

Ce jeu, car pour lui cela en était un, a duré huit longues années. Finalement, il finissait par recopier ce que je faisais ou achetais ce que je souhaitais rien que pour me faire du mal. Il jouait avec moi comme un chat joue avec sa balle. Pas de chance pour lui, rien n’a abouti. J’ai acheté ma maison, remise à neuf et adopté mon petit chien. J’avance et lui non. Il stagne chez ses parents.

A cause de lui, je me suis à nouveau refermée sur moi-même. Dans cette relation, elle s’était effacée totalement, avec lui mon cœur était à nu et il a utilisé tout ce qu’il savait de moi pour me briser et m’atteindre, mais il ne le savait pas mais je ne l’ai compris qu’après coup à quel point il m’avait détruite.

A première vue, il était l’homme parfait, le gendre idéal mais au final connaît-on vraiment la personne en face de nous ?

◇ ✢ ◆

Après avoir vécu tout ça, je me dis que j’ai eu beaucoup de chance. Il aurait pu tout supprimer dans ma vie mais il n’a pas réussi.

Je décide donc d’aller chez le tatoueur pour me laisser une marque indélébile de ce que j’ai vécu …

Je prends rendez-vous et j’explique mon projet. Voici le moment tant attendu, presque redouté.

L’aiguille bourdonnait doucement, presque apaisante.

Je ne regardais pas vraiment le tatoueur. Mes yeux étaient fixés ailleurs… quelque part entre un souvenir et un vide que je n’arrivais pas à combler.

— Tu es sûre de toi ? demanda-t-il une dernière fois.

Je hoche la tête.

Le premier trait fut net.

Précis.

Comme au début.

Comme eux.

Je sens à peine la douleur mais je ressens toutes les émotions la concernant.

Puis vint la croix.

Ma respiration change sans que je m’en rende compte. Pas à cause de l’aiguille… non. À cause de ce que ça représente.

Quelque chose en moi se contracte. Un souvenir. Une voix. Une présence qu’elle refusait encore de nommer.

— On fait une pause ? proposa le tatoueur.

— Non.

Ma voix était plus ferme que je ne l’aurais cru.

Le dernier losange prit forme lentement. Différent. Pas brisé. Pas identique non plus.

Quand ce fut terminé, je baisse les yeux.

◇ ✢ ◆

Doucement je passe mon doigt dessus. Ce n’était pas une fin. C’était une preuve. Je me suis reconstruite.

◇ ✢ ◆

Amélie, fut d’une aide précieuse et surtout une amie en or. Elle fait partie de ces personnes qu’on rencontre au détour d’un regard et qui on le sait feront partie de notre vie pas juste une partie non toute notre vie.

Amélie est une femme au cœur tendre, une amie qui jamais ne te juge et qui t’aide coûte que coûte. Elle est devenue pour moi, une seconde sœur mais pas celle du sang, celle que j’ai choisi ; celle de mon cœur !

Tous les jours durant ces huit dernières années, elle a été présente. Elle me prodiguait des conseils que je n’écoutais pas toujours. Combien de fois a-t-on replongé lui et moi ? Quelle belle question qui restera sans réponse du moins pour vous…

Mais à chaque fois, elle était là, à m’écouter pleurer, l’insulter, le détester puis après l’aimer à nouveau et ainsi de suite. Pour être plus claire, Amélie ne l’a jamais aimé et cela ne changera jamais ! Pour atteindre le renouveau, il nous en aura fallu des conversations coupées après les deux heures mais reprolongées après. Nous restions au téléphone toute la journée. Elle a été mon roc durant cette longue période difficile.

LA seule façon pour moi de m’éloigner de lui, fut littéralement l’éloignement.

Pour une fois, la vie décida d’être clémente avec moi. Il a déménagé loin de chez moi. Quel soulagement, je pouvais à nouveau respirer et renaître tel un phoenix.

Malgré, notre amitié avec Amélie, celle avec Victoria se dégrada le plus possible. Tout ce qu’il restait entre nous était un message aux anniversaires. Il avait réussi à briser un lien si précieux.

Une amitié sincère et cela me semblait irrémédiable. Je demandais régulièrement à Amélie de lui donner de mes nouvelles et de prendre de ses nouvelles. Voilà à quoi ressemblait notre relation, on parlait par personne interposée.

Notre ciment à nous trois, c’était Amélie. Toujours présente pour tout le monde. Parfois je me demandais si elle n’était pas épuisée de nos histoires ? Ou surtout des miennes mais comment survivre à une pareille situation sans sa meilleure amie ?

Quelques temps, après la disparition de Viktor de ma vie, un lien se recréa. Ce fut donc tout à fait normal que nous nous retrouvions un soir dans un bar pour boire des mojitos !

Au détour de quelques verres, nous finissons par rigoler de ma situation. Victoria fini même par me dire que tous les connards de la ville étaient attirés par moi. Que j’avais un aimant à cons sur le front mais a-t-elle réellement tort ?

Nous finissons notre soirée, guillerettes et heureuse de notre soirée. Chacune rentre chez elle par ses propres moyens, alors que je me gare, j’aperçois SA voiture. Plus reconnaissable, on ne peut pas, Audi verte avec des jantes orange. Viktor se trouve donc près de chez moi. Que fait-il là ? Ce n’était pas la première fois que je le voyais là où je me trouvais.

Depuis quelques temps, j’ai changé de téléphone, me demandant s’il n’avait pas mis une application de traçage, changé mon numéro de téléphone, de maison, de voiture … Je ne savais pas quoi faire de plus.

◇ ✢ ◆

Mais il se tenait bien là devant chez moi !!

Une chose est sûre, il essayait de renouer avec moi. Il m’attendait avec une bouteille de vin devant ma porte d’entrée.

- Bonsoir, on boit un verre ?

Faible comme je l’étais :

- Tu as fait le trajet alors oui pourquoi pas ? répondis-je. J’avais mal au ventre, je ne savais pas ce qu’il voulait.

La soirée se passe et se termine comme elle devait se terminer, il n’est reparti que le lendemain matin. Mais ce jour-là, je me suis fait une promesse, plus jamais il ne reviendra chez moi.

Avant de partir, je lui dis :

- Cette nuit, c’était la dernière. Retourne chez ta copine, tu n’as pas à venir chez moi dormir, boire un verre ou autre. Ce fut une énorme bêtise, nous n’avons plus rien à avoir ensemble.

- Tu as raison, me répondit-il, j’aurais pas dû venir mais tu me manquais trop.

- Arrête avec tes mensonges ! La seule personne pour qui tu te préoccupes c’est toi et tu as un harem grand assez ! Allais, rentre chez ta « copine » !

Ce fut donc notre dernier échange. Pas des plus constructifs mais au moins, il était clair et net pour une fois.

Grâce, à cette remise en place, je reprenais le contrôle, tout doucement certes mais je le reprenais.

◇ ✢ ◆

Je redevenais lentement cette femme bien dans ses baskets, vivant seule dans sa maison avec son chien et avec un travail épanouissant.

À la suite de tous ces rebondissements, je me suis jetée à corps perdu dans le travail.

Notre trio s’est formé à l’école, nous avons toutes les trois étudié l’assistanat de direction mais nous nous sommes dispatchées dans des domaines tellement différents. Une dans un bureau d’avocats, l’autre dans une société de construction et la dernière dans une société de produits ménagers industriels.

On parlait souvent du fait que nous avions le potentiel de le faire disparaitre facilement.

L’une nous prodiguait des conseils ainsi que les infos juridiques, la seconde le lieu où on ne le retrouverait jamais c’est-à-dire sous la dalle d’un nouveau bâtiment et la troisième pouvait très bien fournir le nécessaire afin que toute la scène de crime soit nettoyée ainsi que le corps au cas où…

Il faut dire qu’il l’avait bien cherché et on en parlait souvent vu tout le mal qu’il laissait derrière lui…

Bien évidemment, cela restait de la fiction pour nous… mais avec une envie bien présente !