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A Deadly Deal

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Summary

Ivy n’aurait jamais dû entrer dans le bar de Seth Morris. Elle voulait seulement sauver son frère, endetté de 200 000 dollars auprès d’un homme dangereux. Mais lorsqu’elle accuse Samantha Brown, une femme du cercle de Seth, de manipuler la vérité, Ivy signe sans le savoir son propre arrêt de mort. Seth lui accorde sept jours. Sept jours pour prouver que Samantha ment. Sept jours sous surveillance. Sept jours pour sauver son frère, sa vie, et comprendre pourquoi l’homme qui la menace est aussi celui qui semble la voir avec le plus de lucidité. Dans ce monde, les dettes ne se remboursent pas toujours avec de l’argent. Parfois, elles se paient en secrets, en loyauté… ou en liberté.

Genre
Romance
Author
emmhrv
Status
Complete
Chapters
41
Rating
n/a
Age Rating
18+

Chapitre 01

La cloison de notre appartement est si fine que je peux suivre le rythme erratique des pas de Will. Il fait les cent pas dans le salon. Il ne crie pas, mais le silence nocturne amplifie chaque inflexion de sa voix nerveuse. Il est au téléphone.

— Non, écoute, je gère, dit-il, la voix légèrement étranglée. Mason, je te dis que je gère.

Le prénom de Mason flotte souvent autour de Will ces derniers temps, comme une ombre toxique que je n’arrive jamais à dissiper totalement. Je garde mon stylo suspendu au-dessus de mes fiches de révision, le souffle court.

— Seth Morris, reprend Will. Oui. Au bar. Demain soir. Non, je n’ai pas besoin de toi, je vais régler ça seul.

Il y a un blanc. Une réponse de Mason, inaudible pour moi. Puis Will lâche la phrase qui me fige :

— Deux cent mille, d’accord ? Mais Ivy ne doit pas savoir. Surtout pas.

Je ferme les yeux. Deux cent mille. Le chiffre me frappe au creux de l’estomac, lourd, absurde, écrasant. Mon cœur s’accélère. Je connais ce ton chez Will. C’est celui qu’il adopte quand il a déjà menti, déjà perdu, déjà caché la pire partie du désastre. C’est la voix qu’il utilise pour préparer le terrain, pour pouvoir me dire plus tard, les larmes aux yeux, qu’il ne « voulait pas m’inquiéter ».

Mon premier instinct est de me lever, d’ouvrir la porte à la volée et de lui arracher son téléphone. De le forcer à m’expliquer comment il a pu creuser un trou de deux cent mille dollars. Mais ma main retombe sur le bureau. Je revois nos confrontations passées. L’hystérie, les larmes, les promesses jurées sur tout ce qui lui reste de sacré, et la rechute, toujours inévitable. L’affronter maintenant ne servira à rien. Il va se braquer ou s’effondrer, et demain soir, il ira s’enfoncer encore plus face à un homme qui lui fait visiblement très peur.

Je ne peux pas le laisser faire. Je dois le devancer. Je me raconte que ce n’est pas un sacrifice, juste de la gestion de crise. Une urgence de plus à colmater.

Je repousse mes fiches et tire mon ordinateur portable vers moi. L’écran éclaire ma chambre plongée dans la pénombre. Je tape « Seth Morris » dans le moteur de recherche. Les résultats ne hurlent pas au grand banditisme, et c’est presque plus effrayant. Rien de tape-à-l’œil. Pas d’arrestations spectaculaires, pas de cartels. Juste des zones grises. Des mentions dans des articles économiques locaux concernant des établissements privés, des cercles de jeux non officiels, des dettes restructurées, des sociétés de recouvrement. Des affaires qui frôlent l’illégalité sans jamais y tomber assez lourdement pour justifier une condamnation. L’homme évolue dans l’ombre, mais il garde les mains propres.

Je cherche ensuite le nom du bar, associé au sien. En faisant défiler les pages, mon œil est attiré par un vieil article de presse financière. Une affaire de détournement de fonds. Le visage d’une femme apparaît à l’écran, les traits figés, le regard dur : Samantha Brown. L’article détaille son procès, les accusations lourdes qui pesaient sur elle, et finalement, son acquittement. Les preuves de son innocence étaient, selon le journaliste, « inattaquables ». Ce qui retient mon attention, c’est le nom de l’avocate qui a validé ces preuves et assuré sa défense : une certaine Morris.

Je lis en diagonale. Je ne suspecte rien de particulier à ce stade. Mon cerveau d’étudiante enregistre simplement les données brutes : Samantha Brown, fraude financière, acquittement solide, avocate nommée Morris.

Je claque l’écran de mon ordinateur. La panique froide de Will tourne en boucle dans ma tête. Je prends mon téléphone, attrape ma veste et tape un message rapide à Lisa :

Ivy : « Je dois régler un truc pour Will. Je t’appelle après. »

Je sais qu’elle va détester ce message. Elle me répète sans cesse que je ne suis pas le bouclier de mon frère. C’est précisément pour cela que je glisse l’appareil dans ma poche sans attendre sa réponse.

Le bar de Seth Morris ne ressemble en rien à l’image que je m’étais faite d’un repaire de joueurs endettés. Pas de néons grésillants, pas d’arrière-salle miteuse. C’est un établissement élégant, à l’ambiance feutrée, où l’odeur du cèdre se mélange à celle de l’alcool hors de prix. Le son des conversations est étouffé, contrôlé. C’est un lieu pour des gens qui ont les moyens de perdre.

À peine ai-je franchi le seuil que je me heurte à une silhouette féminine. Je la reconnais instantanément. Le visage de l’article. Samantha Brown.

— Vous êtes perdue ? demande-t-elle.

Sa voix est sèche, tranchante. Elle porte une robe sombre, impeccablement coupée, et me toise avec un mépris qui n’essaie même pas de se cacher.

— Je viens voir Seth Morris, dis-je en m’efforçant de garder une voix stable.

— Il ne reçoit pas sans rendez-vous. Et certainement pas les gamines qui se trompent d’adresse. Sortez.

Je l’observe. Elle n’est pas une simple hôtesse. Elle parle avec une autorité territoriale. D’un simple geste sec, elle fait reculer un membre du personnel qui s’approchait. Elle contrôle l’espace à l’entrée. Elle s’impose entre moi et le reste du bar comme si les lieux lui appartenaient.

— Je ne me suis pas trompée d’adresse, j’insiste. Dites-lui que c’est pour Will.

Elle plisse les yeux, prête à appeler la sécurité, quand un homme de grande taille, en costume sombre, s’approche de nous en silence. Il glisse un mot à l’oreille de Samantha. Je vois ses mâchoires se crisper très légèrement, une micro-tension dans son cou, mais elle s’écarte sans un mot.

— Suivez-moi, me dit l’homme.

Il me guide à travers la salle principale, jusqu’à un couloir dérobé qui mène au sous-sol. Chaque pas m’éloigne de la musique et me rapproche d’un silence lourd, oppressant. L’homme ouvre une porte massive et m’invite à entrer.

Le bureau est vaste, épuré. Derrière un grand bureau en bois sombre, un homme est assis. Seth Morris. Il lève les yeux vers moi. Il n’a rien du mafieux de cinéma. Il ne dégage aucune brutalité théâtrale. Ce qui émane de lui, c’est un calme absolu. Un contrôle si total de lui-même et de son environnement que cela en devient glaçant. Il m’observe entrer, s’asseoir sur la chaise qu’on m’indique, sans prononcer une syllabe.

Ce silence est une arme. Il est conçu pour me pousser à parler en premier, à combler le vide, à me justifier. Je serre les poings sur mes genoux, m’efforçant d’être rationnelle, adulte. Pas suppliante.

— Mon frère vous doit de l’argent, dis-je.

Seth ne cille pas. Ses yeux sombres m’évaluent avec la précision chirurgicale d’un prédateur jaugeant un risque.

— Beaucoup de gens me doivent de l’argent, répond-il. Sa voix est basse, posée.

— Will. Il vous doit deux cent mille dollars. Je viens vous demander du temps.

Il croise les mains sur son bureau.

— Comment êtes-vous au courant pour cette dette ? demande-t-il calmement. Et si votre frère cherche du temps, pourquoi n’est-il pas assis sur cette chaise lui-même ?

— Il... Je ne lui ai pas laissé le choix, je mens partiellement. Il ne sait pas que je suis là. Je m’occupe de ses affaires quand elles dérapent.

— Vous le couvez.

Ce n’est pas une question. C’est un constat chirurgical.

— Je prends des responsabilités, je corrige, la gorge serrée. Je sais qu’il est censé venir demain soir. Je suis venue ce soir pour établir un plan de remboursement avant qu’il ne panique.

Seth continue de me fixer, un sourire imperceptible flottant sur ses lèvres, comme s’il lisait chaque ligne de ma peur sous ma façade d’étudiante déterminée. Qu’est-ce que je pense pouvoir lui offrir ? Une mensualité prélevée sur mon prêt étudiant ? Le ridicule de ma situation me percute de plein fouet, mais je tiens son regard.

Au lieu de me répondre, Seth appuie sur un interphone posé sur son bureau.

— Samantha. Descends.

L’attente dure moins d’une minute. La porte s’ouvre. Samantha Brown entre.

Et là, devant mes yeux, la transformation opère. C’est fascinant. La femme sèche, méprisante et autoritaire de l’entrée a totalement disparu. Ses épaules se détendent, sa posture s’adoucit. Elle devient discrète, maîtrisée, presque effacée en présence de Seth. Elle s’arrête à bonne distance de son bureau, les mains croisées devant elle.

— Tu voulais me voir ? demande-t-elle d’une voix lisse et aimable.

— Qu’est-ce qui s’est passé à l’entrée avec elle ? l’interroge Seth en me désignant du menton.

Samantha tourne brièvement la tête vers moi, sans aucune animosité apparente, avant de reporter son attention sur lui.

— Rien d’inquiétant. Elle était très confuse, un peu insistante. Elle s’exprimait mal, elle n’était pas claire sur la nature de sa demande. Je craignais qu’elle ne dérange les clients, alors j’ai préféré filtrer avant qu’Alexander n’intervienne.

Je retiens ma respiration. Mon cerveau d’étudiante en criminologie se met à tourner à plein régime, analysant chaque syllabe. Elle ne nie pas m’avoir bloquée. Elle ne m’accuse pas d’être agressive. Elle ajuste simplement les curseurs de la réalité. Elle me donne le rôle de la fille confuse, et s’octroie le rôle de la gardienne prudente. Ce n’est pas un mensonge frontal. C’est une réorganisation minutieuse des faits.

— Bien. Tu peux disposer, dit Seth.

Samantha hoche la tête, polie, et quitte la pièce en refermant doucement la porte derrière elle.

Seth reporte son regard sur moi, prêt à reprendre notre conversation sur Will.

Mais je suis bloquée. L’incohérence est trop forte. Je sais que je devrais me taire. Je suis assise face à un homme dangereux à qui ma famille doit une fortune, et ma priorité devrait être de le calmer. Pourtant, la dissonance comportementale de cette femme refuse de quitter mon esprit. L’article de presse, son attitude de vigile à la porte, son effacement subit, sa version des faits... Les pièces du puzzle s’assemblent avec une netteté qui me donne le vertige.

— Elle est bizarre, lâche-je sans réfléchir.

Seth s’arrête. Il ne réagit pas tout de suite. Son regard s’alourdit. Ce silence, au lieu de m’avertir du danger, m’encourage stupidement à m’expliquer, à prouver que je ne suis pas la fille confuse qu’elle a décrite.

— À l’entrée, elle contrôlait l’espace. Elle donnait des ordres à votre personnel. Elle m’a parlé avec un mépris total. Et dès qu’elle a passé cette porte, elle s’est effacée. Son changement... ce n’était pas de la peur envers vous. C’était de l’adaptation.

Les sourcils de Seth se froncent imperceptiblement. La température de la pièce semble soudain chuter de plusieurs degrés. Mais l’adrénaline de l’analyse me pousse en avant, m’aveuglant sur l’abîme au bord duquel je danse.

— Elle a corrigé la scène au lieu de la raconter, je continue, la voix vibrante d’une certitude académique qui n’a rien à faire ici. Elle ne ment pas comme quelqu’un qui improvise. Elle ment comme quelqu’un qui a déjà préparé la place qu’elle occupera dans l’histoire.

Je repense au mot acquittée clignotant sur l’écran de mon ordinateur.

— Et cette façon qu’elle a de se tenir... Elle ne se comporte pas comme quelqu’un qui a été blanchie. Elle se comporte comme quelqu’un qui sait que ce mot suffit à empêcher les autres de regarder plus loin.

Je me tais enfin. L’écho de mes mots flotte dans le bureau feutré.

Seth ne rit pas. Il ne hausse pas les épaules. Il ne me renvoie pas en me disant que je suis folle ou que je regarde trop de documentaires criminels.

Il se contente de me fixer. Son visage s’est totalement fermé. Le calme qui émanait de lui il y a deux minutes n’était que de la courtoisie professionnelle. Ce qui brille dans ses yeux maintenant, c’est une lame froide, tranchante, et beaucoup trop attentive.

Il se penche très légèrement en avant, posant ses avant-bras sur le bureau. La tension dans l’air est devenue irrespirable.

— Répète, dit-il.

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