I. Jeu du Mensonge
Mes yeux se sont éveillés sur ta place inoccupée, les souvenirs de la veille surgissant semblable au torrent de larmes qui m’a plongé dans le sommeil. C’est ton visage qui m’est apparu en rêve, celui de ton sourire rayonnant tel le soleil de ce matin que même les nuages gris ne peuvent assombrir. Et j’ai senti tes doigts me caressaient la tempe comme tu en avais l’habitude, la chaleur de ton souffle lorsque tes lèvres s’entrouvraient pour m’embrasser. Le fantasme se dissipe finalement comme la fumée s’évaporant dans l’air. Je suis consciente maintenant que je me suis laissé emporter par une féerie, aveuglée par des promesses envoûtantes.
Tout n’était que mensonge et tromperie. Au fond, je m’étais bien dit, que tu étais trop beau pour être vrai.
C’est un silence étouffant qui m’entoure, un mutisme agrémenté d’un paysage aux allures d’enfer blanc. Au-dehors, il neige des flocons aussi glacés que ton cœur, celui-là même qui a brisé le mien, ne laissant qu’un amas de chair sans vie, un corps sans âme qui a perdu toute croyance, tout espoir. Et je broie du noir. Tu étais un maître illusionniste, manipulant habilement mes émotions et mes pensées jusqu’à ce que se rappelle à toi ta réalité égoïste. À présent, je ne suis plus rien si ce n’est une poupée de porcelaine dont on s’est lassé. C’est pourtant entre tes mains que j’ai compris ce que voulait dire aimer.
J’ai cru bêtement et tu en as profité. J’espère que tu t’es bien amusé, oh toi qui es devenu mon ennemi juré.
Je passe la journée à pleurer sous le couvert de mes draps. Mon humiliation fut le gage de ta réussite, et toi et tes amis doivent probablement bien rire de moi. Ma naïveté m’aura perdue pour la dernière fois. Je dois maintenant me relever, envisager l’avenir. Apprendre à guérir les cicatrices de cette histoire que je ne veux qu’oublier. Voilà que plane les doutes et l’incertitude. Comment continuer à avancer sans ton ombre pour me guider ? Ma propre voix, me disant de ne pas flancher, se transforme ainsi en un chuchotement inaudible, remplacée par la tienne aussi perfide que le sifflement d’un serpent. Et je recommence à croire que je suis faible, stupide et pathétique.
Parfois, juste parfois, je me dis que tu penses à moi. Ai-je vraiment si peu compté pour toi ? Pitoyable, je sais. J’aurais voulu ne jamais t’avoir rencontré…
Quelque part dans l’appartement, la sonnerie de mon téléphone retentit dans le vide. Obstinée, elle sonne sans sembler vouloir s’arrêter. Mais je ne répondrais pas. Mes sanglots se coincent au sein de ma gorge à la fantaisie que ton nom pourrait être celui affiché sur l’écran. Il faut être sacrément candide pour t’imaginer autre chose qu’indifférant. Mon sort t’est bien égal, tu n’as pas pris en compte mes sentiments avant de me porter le coup fatal. Tout serait tellement plus simple si nous avions vraiment été. S’il avait s’agit d’une véritable romance, d’une véritable rupture. Mais j’imagine que jamais rien ne dure, pas même les manipulations d’un amant chimérique.
Ah, si seulement tu n’avais pas prononcé ces mots maudits. Aujourd’hui, j’attends impatiemment, que vienne le temps de l’oubli.