L’ALPHA DU TRILION

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Résumé

Traqué par les siens et grièvement blessé, Léo trouve refuge auprès de Mathieu, l’Alpha du Trilion. Mais lorsqu’il reprend connaissance, le jeune homme ne se souvient de rien. Ni de son passé, ni de son identité, ni des raisons qui ont poussé les siens à vouloir sa mort. Accueilli au sein de cette nouvelle meute, Léo tente peu à peu de reconstruire sa vie. Pourtant, un danger bien différent l’attend : les sentiments qu’il développe pour Mathieu. Car l’Alpha est marié, son épouse attend un enfant, et dans leur monde, l’amour entre deux hommes est considéré comme une abomination. Entre désir, devoir et interdits, une relation secrète naît entre eux. Une relation qui, si elle venait à être découverte, pourrait leur coûter bien plus que leur place au sein de la meute. Mais le passé de Léo n’a pas disparu. À mesure que des fragments de mémoire refont surface, une menace se rapproche. Quelque part, un homme puissant le recherche sans relâche. Et il est prêt à tout pour récupérer Léo.

Genre :
Romance,Lgbtq
Auteur :
Laplumedupaon
Statut :
Complete
Chapitres :
57
Rating
5.0 (1 avis)
Classification par âge :
18+

Chapitre 1 : La Fuite

Léo

J’avançais en boitant vers les bois.

Chaque pas m’arrachait une grimace, chaque mouvement réveillait une douleur lancinante dans mes côtes. Mon corps n’était plus qu’une plainte continue : la sueur collait ma chemise à ma peau, ma jambe gauche menaçait de céder à tout instant, et mon souffle s’échappait en halètements courts et brûlants de mes lèvres gercées.

Pourtant, je continuais. Je devais continuer.

Quand j’atteignis enfin l’orée de la forêt, je m’arrêtai net. Devant moi, les bois se dressaient comme une muraille noire et impénétrable.

Je déglutis. Mon corps entier se cabrait, refusait d’avancer.

Depuis toujours, je redoutais l’obscurité des arbres. Cette peur m’accompagnait depuis l’enfance : ces troncs trop serrés, ces branches qui semblaient se refermer au-dessus de ma tête, cette impossibilité de savoir ce qui pouvait rôder à quelques mètres. Dans la nuit dense, le danger pouvait surgir de partout. Cette phobie m’avait valu bien des moqueries.

Quel genre de loup a peur des bois ?

Je les entendais encore rire.

Nous sommes les maîtres de ces forêts, Méréoléon.

Et puis cette phrase, infaillible, toujours accompagnée d’un sourire en coin :

T’es sûr d’être un vrai loup ?

Même mes parents avaient tenté de me forcer à affronter cette peur. J’avais toujours trouvé une excuse, un prétexte, pour ne jamais m’aventurer seul après la tombée du jour.

Et voilà que ce soir, l’endroit que j’avais fui toute ma vie devenait ma seule chance de survie. Si ce n’était pas ironique…

Je levai les yeux vers la lune. Elle aussi semblait m’abandonner. Elle qui, quelques heures plus tôt, m’avait été une alliée précieuse, s’était maintenant réfugiée derrière un immense nuage sombre, plongeant la forêt dans une pénombre quasi totale.

— Lâche… soufflai-je.

Un sourire amer tira sur mes lèvres fendues.

Un bruissement éclata soudain dans les feuillages. Je sursautai et mon sourire s’effaça.

Mes yeux fouillèrent les buissons, les arbres, les hautes herbes. Je retins mon souffle. Pendant quelques secondes, plus rien ne bougea. Rien. Seulement le vent. Du moins, je l’espérais.

Je me résolus à avancer jusqu’au premier arbre. Je posai une main contre son tronc rugueux. L’écorce m’érafla la paume, mais je m’y agrippai pour ne pas m’effondrer.

Je fermai les yeux. Juste quelques secondes. Il me fallait juste quelques secondes.

Une déchirure dans mes côtes me rappela à l’ordre. Je serrai les dents. Ma jambe gauche battait si fort que je sentais mon pouls jusque dans ma cuisse.

Puis j’aperçus quelque chose. En contrebas. Des lueurs blafardes dansaient au loin. Une torche, puis une autre, puis plusieurs.

Mon cœur manqua un battement. Ils m’avaient retrouvé.

Je me redressai d’un coup, oubliant presque la douleur. Devant moi, la forêt noire. Derrière, les lumières.

Soudain, les monstres que mon imagination avait peuplés entre ces arbres me parurent bien moins terrifiants que ceux qui arrivaient.

Je m’engouffrai dans les bois. Je progressai en m’aidant des troncs, avançant aussi vite que ma jambe blessée le permettait. L’obscurité m’enveloppa presque aussitôt. Aucun rayon de lune ne perçait la canopée.

Les arbres s’élevaient autour de moi, silhouettes immobiles et gigantesques, leurs cimes se perdant dans les ténèbres. Une brume légère rampait entre les troncs, effleurant fougères et racines noueuses avant de se fondre dans les profondeurs.

Pourtant, tout semblait étrangement calme. Quelques feuilles frémissaient sous la caresse du vent. Le chant des grillons se mêlait au murmure d’un ruisseau invisible. Par instants, le craquement d’une branche ou le hululement lointain d’une chouette troublait ce silence.

J’avançai, la peur au ventre. Un pas, puis un autre. Encore un.

J’étais presque parvenu à me convaincre que j’y arriverais, quand la terre se mit à trembler.

Je m’immobilisai. Une nuée d’oiseaux s’arracha brusquement aux branches dans un fracas de cris et de battements d’ailes.

Cette fois, je compris. Ils avaient atteint l’orée.

La panique m’envahit. Je saisis ma chemine et tirai dessus avec une violence qui déchira le tissu. Mes haillons tombèrent sur le sol humide. Le vent glacial mordit ma peau nue, un frisson secoua tout mon corps.

Mais je n’avais pas le temps d’avoir froid. Je laissai le changement venir. La douleur fut brève, familière. Mes os craquèrent. Ma colonne se courba. Mes mains touchèrent le sol, devinrent des pattes. Mes ongles s’allongèrent en griffes. Une fourrure rousse recouvrit ma peau.

Quelques secondes plus tard, l’homme avait disparu. À sa place, un loup roux. Mais un loup chétif, amaigri, les côtes saillantes sous le pelage. Mes blessures n’avaient pas disparu avec la métamorphose ; au contraire, elles semblaient plus vives, plus insupportables.

Je n’avais besoin que d’une chose : courir.

Je bondis entre les arbres. Mes pattes frappèrent la terre humide à une cadence folle.

L’obscurité ? Je n’y pensais même plus.

Les branches basses fouettaient mon museau, s’accrochaient à mon pelage. Les pierres meurtrissaient mes coussinets. Les racines surgissaient sans prévenir.

Je courais. Aussi vite que mon corps épuisé le permettait.

La lune finit par percer les nuages. Quelques rayons traversèrent la canopée, accrochant mon pelage roux qui flamboyait par instants dans la nuit avant que l’ombre ne m’engloutisse de nouveau.

Je ne savais plus depuis combien de temps je courais. Mes poumons brûlaient. Chaque inspiration devenait plus difficile. Mes muscles hurlaient. Mes coussinets, en sang, me lancaient à chaque foulée.

Je voulais m’arrêter. M’allonger. Fermer les yeux. Rien qu’un instant. Mais je ne le pouvais pas. Ils me poursuivaient.

Je tendis l’oreille. Pendant quelques secondes, je n’entendis plus que le martèlement de mes pattes et mon souffle rauque.

Peut-être les avais-je semés. Peut-être—

Un hurlement déchira la nuit. Mon sang se glaça. Un deuxième répondit. Puis un troisième.

Ils étaient encore là.

La terreur traversa mon corps comme une décharge. J’accélérai. Plus vite. Il fallait mettre le plus de distance possible entre eux et moi. Atteindre une autre forêt. Une rivière. Une frontière. Je me fichais de savoir où. Il fallait qu’ils perdent ma trace.

Je bondis par-dessus un tronc abattu et poursuivis ma course sans ralentir. Les arbres défilaient, flous. Je ne distinguais presque plus rien : des silhouettes noires, des éclats de lune, des fragments de sol qui apparaissaient sous mes pattes l’espace d’une seconde avant de disparaître.

Encore quelques mètres. Encore un peu. Je pouvais y arriver. Je pouvais—

Ma patte avant se prit dans une racine.

Tout bascula. Mon corps fut projeté en avant avec une violence qui me coupa le souffle. Je heurtai le sol et roulai. Puis une pente apparue. Je ne l’avais pas vue. Je tentai de planter mes griffes dans la terre, mais mon corps continuait sa chute. Terre, branches, pierres, ciel, terre.

Je ne savais plus où était le haut. Une branche me lacéra le flanc. Je gémi. Mes griffes labourèrent le sol sans trouver de prise. Puis je le vis : un énorme rocher. Juste devant moi.

Non.

Je tentai de me retourner, mais il était trop tard. Mon crâne percuta la pierre. Une douleur fulgurante explosa dans ma tête. Pendant une fraction de seconde, je ne ressentis plus rien. Ni la douleur, ni la peur, ni mes poursuivants.

Je crus apercevoir la lune entre les branches. Puis elle disparut à son tour. Et peu à peu les ténèbres m’emportèrent.

Chapitres
1. Chapitre 1 : La Fuite
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