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SUR LE BANC, JADE…

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Résumé

• ━━━━ ❖ ━━━━ J’étais assise sur notre futur banc. Le banc où se leva notre aube. Jade passait, pressée de retrouver son lit après une nuit de travail à l’hôpital. Pourtant, pour une inconnue, elle s’arrêta, ignorant sa fatigue, et de toute sa bonté, me regarda. Elle s’installa, à côté de moi, pour une minute, ignorant que c’était pour le restant de ma vie. Elle déposa une aérienne main sur mon épaule gauche, appuya légèrement, et la retira tout de suite. Mon problème devenait sien, et elle entreprit de me chaperonner dans ma peine. Elle m’avait soutenue, murmuré une longue et patiente consolation. Elle m’avait tendu un mouchoir, une béquille, une oreille, deux ou trois timides accolades, un franc sourire, et même un petit bruit que je pris pour un reniflement solidaire. Deux fois, sa main s’était posée sur ma cuisse, et ses doigts, sur mon bras, osèrent une crispation de compréhension, solidarité désintéressée, compatissante. Elle ne sut jamais que ce geste donna un sursaut à mes larmes. Un écureuil s’approcha, et d’entre mes sanglots, un sourire l’accueillit. De sa main revenue sur mon épaule, Jade me félicita. Elle la redéposa sur le banc. Le bout de mon petit doigt s’en approcha, et cueillit un bout de la chaleur que Jade me prodiguait • ━━━━ ❖ ━━━━

Genre :
Drama,Lgbtq
Auteur :
Zoebella
Statut :
il y a 13 jours
Chapitres :
7
Rating
5.0 (1 avis)
Classification par âge :
18+

Chapitre 1

Dès les yeux ouverts, je quittai le lit. Après une brève douche, et un petit-déjeuner pris debout, je me hâtai vers notre banc.

Les cinq cents mètres qui m’en séparent m’apparaissent une éternité, chaque fois.

Depuis la disparition de Jade, j’y retourne plusieurs fois par semaine, pour un rendez-vous avec notre mémoire.

Je n’y reste pas longtemps, le temps de soupirer, de murmurer combien elle me manque.

Parfois, de laisser une larme couler, mais la plupart du temps, je m’accroche aux beaux moments vécus avec elle. Et en les égrenant, en m’y arrimant, j’arrive, comme un castor, à reconstruire le barrage que le chagrin omniprésent me brise régulièrement.

Il m’est même arrivé deux fois d’effrayer les oiseaux par un éclat de rire soudain. Un rire au bout duquel pointe un ru.

Mes pleurs silencieux ne les émeuvent pas.

Plongée loin dans notre couple, avec mon immobilité, j’attire un pigeon ou deux. Les miettes, les graines qui m’accompagnent n’y sont pour rien. J’aime à le croire.

Ses taquineries, ses mots d’esprit, combien nombreux, combien ils me comblèrent, combien j’en suis riche ! Combien ils me manquent ! Combien ils me vident.

Je déroule, inlassablement, notre brève histoire, et dès mes yeux fermés, sa voix me parvient, ma peau retrouve ses caresses. Les frissons reprennent leur place. Ma main tâtonne, un doigt griffe le bois.

Le vide.

Le froid que je tente de repousser, toujours là à vouloir la remplacer.

✧ —— ✧

Je lui parle aussi.

Pas seulement sur le banc, mais partout. J’aime le faire en marchant. Et j’ai trouvé la parade pour ne plus essuyer les regards intrigués, surpris ou apitoyés.

Portant une oreillette inutile, je donne l’impression rassurante de ne pas pouvoir me passer du smartphone.

Sur notre banc, j’appelle sa tendresse, sa générosité et surtout sa douceur, sa beauté.

L’odeur de sa peau, ses soupirs, son rire que j’aime tant et que je provoquais avec des blagues, des grimaces ou des jeux de mots dont je n’étais pas férue avant de la rencontrer.

Notre banc m’empêche d’oublier son empathie qui la rendait si vulnérable, et me rappelle combien est grande ma chance d’avoir été aimée par une telle personne.

Un jour avec elle équivaut à une éternité avec une autre.

Sa mort m’a choquée, anéantie, et me tue chaque matin à mon réveil, quand son côté du lit me rejette dans le désert que mes rêves griment, en y dessinant des mirages sous forme de scènes inédites avec elle.

✧ —— ✧

Pendant ces courts moments que la miséricorde de la fatigue vole à l’insomnie, mes rêves rafistolent ma vie avec des mensonges lumineux.

✧ —— ✧

Notre banc me restitue le côté le moins douloureux de « nous ». Je ne comprends pas ce miracle.

Dans notre foyer, tout la hurle, tout l’appelle et la rappelle, de la fissure du plafond qui entretenait sa réflexion la nuit, quand le sommeil la dédaignait, au frigo qu’elle ouvrait dix fois par jour, souvent sans but précis.

Elle en laissait la porte béante pendant qu’elle interrogeait l’étrange besoin qui l’avait amenée jusque-là.

La table du salon garde les scarifications de ses crayons d’enfance. C’est étrange ! Au cours des ans, elle avait changé beaucoup d’objets, et cette petite table, bonne à jeter, trône encore dans ce salon devenu mien, et qui me vend l’enfance de mon épouse de cœur.

À genoux, les coudes dessus, je ferme les yeux et ouvre mon imagination à l’enfant que fut Jade. Il m’arrive d’entendre son rire. Reconnaissable entre tous.

Même si je n’ai connu que celui que l’adulte me dispensait généreusement. Oui, elle fut tellement charitable pour mes blagues éculées qu’elle faisait semblant d’entendre pour la première fois.

Son canapé garde sa forme, le fameux creux que je cherchais de temps en temps, pendant ses veilles de nuit à l’hôpital.

Ses plantes pleurent doucement la disparition de leur main verte, en s’étiolant lentement, malgré mes soins.

Et je ne parle pas du lit où nous avons combien de fois mélangé nos identités, au point de n’en faire qu’une dans un corps haletant, submergé par un bonheur indicible qui nous surprenait chaque fois et qui, de temps en temps, nous effrayait.

Même le soleil qui n’avait rien à voir avec elle, sauf peut-être en partageant sa sérénité rayonnante, la raconte quand il pénètre le matin dans le salon.

À travers la grande fenêtre, il vient lécher la chaise où elle aimait l’attendre, et en fermant les yeux, lui tendre ses joues à caresser.

Par intermittence, il faisait briller la longue chaînette qui pendait à ses oreilles. Elle le saluait avec une main ornée d’une bague chaîne et un bracelet paume qui me jetaient des éclats étincelants.

J’aime aussi cette malheureuse poussière qui tentait, paresseuse, de flouter les rayons.

Son absence me frigorifie, me noie dans des fièvres qui marionnettisent ma respiration.

✧ —— ✧

Là, sur ce banc, s’était fixée notre rencontre. Le destin nous y avait imposé notre premier rendez-vous, un blind date séraphique.

Nos regards, d’abord silencieux, y avaient préparé l’entrée en scène de notre amour, ses premières lueurs, son aube miraculeuse.

Là se multiplièrent nos rendez-vous quotidiens, différents projets y virent le jour.

Nous nous y étions promis, pendant que, témoins enthousiastes, nos mains entrelaçaient nos doigts, tressant une éternité que nous avions, naïvement, cru durable.

Que je perpétue, malgré tout, sans acrimonie, et sans permettre au deuil de tout accaparer, de tout ensevelir.

Laisser la peine m’anéantir, c’est trahir Jade, l’empêcher de continuer d’exister. Tant que je vis, elle vivra !

Le chagrin ne doit pas s’intensifier, il menacerait le rire de Jade, l’empêcherait de gambader dans ma tête, déliterait jusqu’à nos souvenirs.

Et me laisserait nue, inutile. Rebut.

Là, sur ce banc, se leva notre aube.

La toute première fois.

Jade m’avait soutenue, murmuré une longue et patiente consolation.

Nous ne nous connaissions même pas.

Elle m’avait tendu un mouchoir, une béquille, une oreille, deux ou trois timides accolades, un léger sourire, et même un petit bruit que je pris pour un reniflement solidaire.

Deux fois, sa main s’était posée sur ma cuisse, et ses doigts, sur mon bras, osèrent une crispation de compréhension, solidarité désintéressée, compatissante.

Elle ne sut jamais que ce geste donna un sursaut à mes pleurs.

✧ —— ✧

… J’étais assise sur notre futur banc, ce banc qui appartenait encore, exclusivement, à un couple anonyme. Leurs initiales chevauchant deux cœurs entremêlés le clamaient.

J’avais la tête entre les mains, les coudes sur des cuisses flageolantes, collées l’une contre l’autre, comme on les serre dans un bus plein de pervers, ou dans un cimetière une nuit noire.

Elle rentrait chez elle, comme elle me l’expliqua plus tard, impatiente de retrouver son lit, après une longue nuit de travail.

Elle était exténuée, mais, pour moi qui ne représentais rien, elle prit le temps, écarta sa fatigue, s’installa pour une minute, ignorant que c’était pour le restant de ma vie.

Je n’étais qu’un corps anonyme, larmoyant, sans visage, sans identité. Rien ne pouvait me prédestiner à une si grande place dans une si noble âme !

Bien que lasse et pressée, bien qu’il commençât à faire froid, elle s’était arrêtée. Et d’une voix douce, elle s’enquit de mon état.

Quelle est la cause de cet immense chagrin ?

Je traduisis, des jours plus tard, ce qu’elle avait murmuré, en rappelant ce souvenir, la surprise intacte.

Sur le moment, seul un léger courant, tiède m’était parvenu. Étrange dans le froid matinal.

Une caresse vocale, inattendue.

Elle avait zébré mon silence, et bousculé l’immense chagrin, torrent sur le point de m’entraîner.

D’où lui vint la certitude que je n’étais pas une junkie qui pleurait sa dose ? Ou une femme malmenée par un phallo ?

Pourquoi n’avait-elle pas cherché dans mes mains, ou ma chemise, les traces de sang d’un amant tué, d’un bébé avorté ?

La preuve du crime ou de l’agression expliquant mes larmes ?

De quelle intuition était-elle dotée pour n’y voir que la détresse, et non pas les remords, les regrets, une culpabilité insupportable ?

Je l’entendis donc de loin, et comme si je ne me sentais pas concernée, je ne lui répondis pas.

Ce qu’elle disait faisait partie de l’environnement sonore, des bruits matinaux de tout parc. C’était agréable, comme le chant des oiseaux accueillant le jour.

Elle déposa une aérienne main sur mon épaule gauche, appuya légèrement, et la retira tout de suite.

Quelque chose en moi, tout au fond, se surprit.

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Bien écrit

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Super personnage

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Super personnage

Dialogues forts

2

Dialogues forts

author

Beau chapitre et riche en vocabulaire comme d'habitude. On en attend pas moins de Zoebella. Je pense que tu veux nous faire chialer un peu ou bien je me trompe ? Ce premier chapitre est déjà très touchant sans même savoir ce qui est arrivée à Jade. La suite est une belle promesse pour les sensibles comme moi. Je serais au rendez-vous. 😘

18 jours
1

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