Chapitre 1 | Une journée comme les autres ?

Park Romy peine à ouvrir les yeux. Allongée en étoile de mer sur son lit, elle tente d’ignorer le soleil qui traverse les rideaux et baigne son visage de lumière. Agacée, elle entrouvre enfin les paupières et consulte son téléphone : 8 h 45. Elle s’apprête à se rendormir quand l’heure lui saute enfin aux yeux : elle est en retard. La panique la ramène aussitôt à la réalité.
- Oh non ! Ce n’est pas vrai ! Le réveil n’a pas fonctionné... C’est mort... je vais arriver en retard !
Les yeux encore embrumés, elle attrape son sac, prend son téléphone et se prépare à partir. Son regard s’arrête alors devant le miroir... Sa chevelure bouclée est toute emmêlée et une petite trace de bave sèche lui macule encore le coin des lèvres. Elle soupire.
- Je ne peux pas partir comme ça... Sinon, je serai la risée du campus.
Elle était tellement fatiguée la veille qu’elle s’était endormie tout habillée, ne songeant qu’à un peu de sommeil réparateur. Ses vêtements sentent encore la nourriture et ses cheveux ont gardé l’odeur de friture, souvenir de son travail à temps partiel au restaurant.
Partir immédiatement lui éviterait de manquer davantage de cours, mais Romy refuse de croiser Aiden dans cet état. En deux ans de relation, elle s’était trop souvent présentée devant lui sans avoir le temps de prendre soin d’elle. Résignée, elle file sous la douche. L’eau chaude achève de la réveiller tandis qu’elle lave rapidement ses cheveux. Une fois sortie, elle se sèche à la hâte, enfile son tee-shirt préféré et un jean troué, puis passe son vieux sweat à capuche autour de son bras.
Dans le salon, son père dort à même le sol, encore ivre d’une de ses escapades nocturnes. Exaspérée, elle lui arrache la bouteille des mains et la jette. Son corps et ses vêtements empestent l’alcool. Romy s’apprête à partir lorsqu’elle revient sur ses pas pour déposer une couverture sur lui. Après tout, puisque l’univers lui avait attribué ce père qui n’était même pas de son sang, elle se devait bien de prendre soin de lui. À demi conscient, la bouche pâteuse, il murmure : « Merci, ma fille », puis retombe dans son sommeil, le sourire et la bouche de travers. Romy pouffe de rire avant de refermer doucement la porte derrière elle.
Quelques minutes plus tard, elle arrive juste à temps pour prendre le bus en direction de son université. Pour s’isoler quelques instants du monde, elle enfile ses écouteurs et s’apaise au rythme de ses musiques préférées. Encore dans sa rêverie, elle ne réalise qu’au dernier moment que le bus est finalement à destination et descend rapidement en remerciant le chauffeur. Se dépêchant d’aller dans le prochain cours qui commence dans une quinzaine de minutes, elle croise son amie Yuna.
- Dis Romy, tu es encore partie sans jeter un dernier coup d’œil ?
- Ben non. Pourquoi tu dis ça ?
Yuna se penche discrètement vers l’oreille de Romy afin que personne ne l’entende.
- Tu as deux côtés de chaussures dépareillés...
- QUOI ?
Romy baisse les yeux et constate qu’elle a accidentellement enfilé des sneakers qui ne sont pas assorties. Une rouge, et une blanche. Voyant la panique dans son regard, Yuna lui fait signe de se calmer.
- Chut, baisse la voix... Je pense avoir une paire de rechange dans ma chambre de dortoir, tiens mes clefs, je crois qu’on fait la même pointure, si mes souvenirs sont bons.
- Merci... tu me sauves la vie.
- Comme d’habitude !
Yuna rigole, trouvant la situation presque insolite, mais se rappelant également que son amie l’avait déjà habituée à pire situation et que bien des fois elles s’étaient couvertes l’une et l’autre pour s’éviter des situations embarrassantes tandis que Romy part en direction des dortoirs.
Romy entre dans la chambre de son amie. En cherchant des chaussures, elle ouvre le placard et découvre des vêtements féminins qu’elle ne pourrait pas se permettre d’acheter. Elle se regarde en même temps dans le miroir d’en face. Ses vêtements, qu’elle porte depuis plusieurs années, sont usés et rafistolés par endroits. Elle sourit et se dit à elle-même.
- Romy, tu verras. Un jour, tu pourras t’en acheter d’aussi beaux !
Baissant le regard, elle choisit la paire de chaussures plates la plus modeste et les enfile en rangeant ses chaussures dans son sac. Elle vérifie l’heure une dernière fois sur son téléphone et constate qu’il ne lui reste que cinq minutes avant le début du cours. Après une course à pied digne d’un marathon, elle se tient essoufflée près de la salle de cours. Malheureusement, elle est quand même arrivée en retard et, en rentrant dans la salle, la professeure ne manque pas de le lui faire remarquer publiquement. Elle baisse légèrement la tête, un peu honteuse, et s’assoit dans une place à l’écart des regards. Elle qui ne souhaitait pas attirer l’attention avait gagné le gros lot grâce à son arrivée signalée par cette professeure. Yuna, qui la regarde au loin, lui fait signe de la main pour qu’elle garde le sourire. Elle lui fait à son tour un signe de la main et lui sourit. Elle sort alors ses livres et son cahier de notes, prête à ne pas se laisser abattre et à s’investir dans ses études.
Quand le cours est terminé, au moment où Romy s’apprête à s’en aller, la professeure l’arrête.
- Mlle Park, je remarque que vos retards sont de plus en plus répétés.
- Oui, professeure... Je vous prie de m’en excuser... Je...
- Si vous souhaitez vraiment avoir cette bourse, vous feriez mieux d’être plus assidue. Les bonnes notes ne suffisent pas.
La professeure regarde Romy de haut en bas en baissant ses lunettes. Elle remarque le jean déchiré et le sweat usé que porte la jeune femme et soupire.
- L’assiduité aux cours et une tenue présentable comptent tout autant dans le cursus universitaire.
- Oui, professeure...
- Enfin bon, ce ne serait pas la première fois que je vous préviens. Ne me faites pas perdre tout espoir en vous.
- D’accord, professeure, je ferai de mon mieux...
Sur ces mots, Romy s’en va à l’écart pour s’acheter son déjeuner. Au loin, son petit ami, Aiden, discute avec ses amis. Il remarque la jeune femme à l’écart, son sandwich à la main. Un de ses amis lance :
- Cette tignasse bouclée, ce ne serait pas la petite copine d’Aiden par hasard ?
- Mais oui, c’est bien elle, lui dit un autre. Qui d’autre porterait ce genre de fringues, sérieux...
Alors que ses amis se mettent à rigoler, Aiden les arrête avant que leurs médisances n’arrivent aux oreilles de Romy.
- Respectez-la ! Elle n’est peut-être pas à votre goût, mais moi, j’aime son originalité.
En disant ces mots, il se rapproche de Romy, le sourire aux lèvres. Il lui bouche alors les yeux et lui demande :
- Devine qui je suis ?
- Jung Aiden ? Mon petit ami chéri ?
Romy sourit en reconnaissant l’amour de sa vie. À ses yeux, Aiden l’avait toujours acceptée telle qu’elle était, quelle que soit son apparence. Elle le croyait incapable de superficialité. Il avait ce charme rassurant, de boyfriend material, qui lui faisait oublier les pires journées. Un simple message de lui suffisait à la faire sourire jusqu’aux oreilles. Après ce moment passé ensemble, Romy trouve la force de poursuivre sa journée, qui s’achève sans autre incident.
Cependant, en fin de journée, lorsqu’elle rentre chez elle pour se préparer pour son travail à temps partiel, elle constate que quelque chose ne va pas. En effet, en allant dans sa chambre, elle remarque que ses tiroirs ont été fouillés et que les vêtements de son placard sont jetés çà et là sur le sol. Elle se rappelle soudain son livret bancaire. Elle le cherche partout, mais ne le trouve pas... Son sceau a également disparu. Ses économies représentent le travail de plusieurs années où elle s’est privée de bonne nourriture et de beaux habits tout en enchaînant des emplois en intérim avec ses études. Jamais elle ne pourrait retrouver l’intégralité de cette somme durement gagnée en une année...
Elle cherche alors le coupable. Peut-être que quelqu’un a forcé la porte ? Et pourtant... rien... aucune trace d’infraction, aucune fenêtre cassée, aucune porte brisée... Il n’y a alors qu’un seul et même coupable... son père. Elle se prépare quand même et part au travail, remettant à plus tard la confrontation avec lui. Après son travail, elle patiente la nuit, mais il ne revient pas. Puis, un jour, deux jours, une semaine passe, aucun signe de ce dernier. Ce n’était pas la première fois qu’il s’absentait plusieurs jours sans donner de nouvelles. Mais cette fois, la jeune femme avait le sentiment que c’était différent. Romy en conclut donc que son père était parti avec ses économies et qu’il reviendrait tôt ou tard. Pourtant, un soir, elle reçoit de la visite. Croyant qu’il s’agit de son père, elle ouvre la porte sans vérifier et se trouve nez à nez avec des hommes, d’apparence menaçante.
- Mlle Park Romy ?
- Que se passe-t-il ?
L’un des hommes qui semble être le chef sort de sa veste un papier griffonné de ce qui semble être sa signature.
- Mais... je vois bien mon nom... mais ce n’est pas ma signature !
- Vous nous devez de l’argent. Il est temps de payer votre emprunt.
- Je n’ai jamais fait d’emprunt !
Un père alcoolique, une dette qui sorte du chapeau et plus aucune économie🥹 Belle plume.