Chapter 1
Arthur
Je suis Arthur De Lorme. Homme de pouvoir, homme de décisions. À la tête d'une grande entreprise de construction, je passe mes journées à jongler avec des chiffres et des projets. Mais le soir, tout ça m'échappe. La chaleur du bureau me quitte, remplacée par l'air frais du crépuscule. Je n'ai pas besoin de plus que ma tranquillité. Et ce soir, il fait chaud, trop chaud. Après la réunion, j'ai décidé que je devais m'échapper, juste un peu, me retrouver. La solitude me pèse, même si je suis entouré par tant de gens. Ce n'est pas la richesse, ce n’est pas le succès. C’est quelque chose de plus subtil, un vide que je n'arrive pas à combler.
Je rentre chez moi, me dirige vers la salle de bain, prends une douche rapide pour me détendre, puis m’affale sur le canapé de mon salon. L’air de la mer qui entre par la fenêtre ouverte m'apaise. Je ferme les yeux un instant, perdu dans la douceur de ce soir. Ma maison au bord de l’océan, un havre de paix. Mais une paix qui me semble toujours incomplète.
Ce soir, pourtant, il y a quelque chose d’étrange. Comme un frémissement, un soupçon de présence. Je m’endors rapidement, mais un rêve étrange m’envahit. Je vois une silhouette, une forme translucide, à la fois humaine et aquatique. Je me réveille en sursaut, le cœur battant. Le rêve n’est que brume, mais son essence reste ancrée en moi. Ce n’est pas la première fois que cela se produit. Parfois, je me sens observé, mais c’est un sentiment que je balaie d’un revers de main. Qui pourrait me déranger ici, seul sur ma côte, loin de la ville et des tumultes ?
Il est bientôt six heures du soir. Je me réveille enfin de ma torpeur, m’habille en hâte, enfile une veste en cuir et je sors pour un peu de réconfort, un peu de liberté. Ce soir, je vais pêcher. C’est mon échappatoire, mon seul moment où je peux réellement être moi-même, loin de toute pression. Je sors et je marche, l’air marin se faisant de plus en plus présent. En arrivant près de la mer, je me m'arrête à l'écart, et je prends mon petit bateau. Il n'est pas grand, mais assez pour m’emmener au milieu de l’eau calme.
Le soleil baisse lentement à l’horizon, peinturant l’océan de couleurs sombres et envoûtantes. Je laisse mon esprit vagabonder, mes pensées se mêlant à la brise salée, quand soudain, un chant étrange flotte dans l’air. Une mélodie douce, hypnotique, comme un murmure entre les vagues. Au début, je pense à une illusion, à un effet de l'air. Mais le son persiste, claire et nette, comme un appel. Mon cœur s'accélère. Ce chant… ce n’est pas humain.
Je suis tiré de mes pensées lorsque la silhouette apparaît devant moi. Elle émerge lentement de l’eau, comme une vision irréelle, majestueuse. Une sirène. Ou est-ce un rêve ? Son corps est parfait, sa peau scintille dans la lumière du crépuscule, et ses cheveux vert flottent comme des algues sous l’eau. Ses yeux, de couleur indéfinissable, brillent d’une lumière surnaturelle, et son chant s’intensifie. La mer semble s’apaiser autour d’elle. Je suis stupéfait, une chaleur étrange me traverse, mais je ne suis pas effrayé. Juste… fasciné.
Je la regarde pendant un moment, sans pouvoir bouger. Elle me fixe aussi, mais il y a une distance entre nous, une frontière invisible. Elle est là, mais elle ne m’invite pas à la rejoindre. Elle est à la fois hors de ma portée et pourtant si proche, tout près de moi, comme un secret que je ne pourrais jamais percer.
Je prends une grande inspiration, cherchant à comprendre ce que je vois. Mais avant que je ne puisse réagir davantage, la sirène disparaît dans l’eau, aussi soudainement qu’elle était apparue. La mer se referme sur elle, et le silence retombe autour de moi, lourd et incompréhensible.
Mon esprit est en ébullition. Je reste là, dans le bateau, perdu dans mes pensées, les yeux fixés sur l’endroit où elle a disparu. Était-ce réel ? Un mirage, un délire ? J'essaie de chasser ce doute. Mais l’image de ses yeux, cette voix chantant dans l’ombre, ne cesse de me hanter. Je décide de rentrer.
De retour chez moi, je ne peux m’empêcher de me demander si j’ai halluciné, si tout cela n'était qu’un rêve. C’est absurde. Une sirène ? Je suis un homme rationnel. Mais pourquoi suis-je si troublé, alors ? Je ne peux me défaire de cette sensation étrange, de l’appel de cette créature, d’une force que je ne peux expliquer.
Je ne parle à personne de ce que j’ai vu. C’est trop. Mais, cette nuit-là, je dors mal, en proie à un tourbillon d’émotions. Je dois savoir. Je dois comprendre ce qui s’est passé, et pourquoi cela me touche tant. Mais l’idée que j’aie vu quelque chose d’au-delà de la réalité me hante.
Le lendemain, je rentre chez moi une autre de mes repaires, une maison en ville que j'utilise principalement lorsque je souhaite m'éloigner de la mer et de la tranquillité de mon domaine. Ici, l'agitation de la ville me rattrape plus rapidement, et la modernité m'enserre comme un étau. Mais ce matin, tout cela m’indiffère. Ma tête me fait un mal de chien, probablement la conséquence d’une nuit de sommeil agité, entre le rêve étrange et ce que j'ai vu… ou cru voir. La sirène… Ce chant. Je n’arrive pas à chasser l’image de ses yeux, l’écho de sa voix. C'est comme si tout mon être était en décalage avec la réalité.
J’ai annulé toutes mes réunions pour la journée. Pas que cela me dérangeait particulièrement, mais j’avais besoin de faire une pause. De me détendre. L’agitation de la ville, le bruit des voitures, des gens qui courent d’un endroit à un autre, tout cela m’envahit. Je me sens… déconnecté.
Ce n’est pas habituel pour moi. Je suis toujours plongé dans mon travail, dans mes affaires, mais aujourd’hui, j’ai juste envie de m’amuser, de rire, de crier. Peut-être que cela m’aidera à oublier ce que j’ai vu. Ou à l'expliquer.
Je décide alors de me rendre à un karaoké avec mes amis. C'est une bonne idée, je me dis. La musique forte, l’alcool et les rires me permettrons de me changer les idées, de me détacher de tout ça. En arrivant, je me rends vite compte que ce genre d’endroit est exactement ce dont j'ai besoin. La foule, l'énergie, les chants désordonnés… C’est bien plus facile de se perdre dans tout cela que dans la mer ou mes pensées. Je prends un verre et m’assois avec mes amis.
Les heures passent, et je me laisse emporter par les chansons, les éclats de rire, et les blagues. Mais, étrangement, la fête ne parvient pas à apaiser cette angoisse qui me tenaille depuis hier. La musique se mêle aux souvenirs du rêve, du chant, de cette présence étrange. Je me sens un peu comme un acteur dans un film que je ne contrôle pas.
Quand vient mon tour de chanter, je monte sur scène sans trop réfléchir. Ma voix n’est pas mauvaise, mais elle est loin d’être la plus remarquable. Ce n’est pas ce qui compte, ce soir. J’ai choisi une chanson que je connais bien, quelque chose de familier, mais dès les premières notes, je me rends compte que je ne pense qu'à une seule chose : ce que j’ai vu, ce que j’ai ressenti.
Je termine ma prestation, mais mon esprit est ailleurs. Mon regard erre dans la pièce, cherchant… quelque chose. Peut-être que j’ai besoin de plus de réponses. Ou de moins de questions.
L'un de mes amis me tape sur l’épaule en rigolant, mais je n'entends pas ce qu'il dit. La musique reprend de plus belle, mais je suis là, figé, comme si quelque chose, quelque part, m’appelait à nouveau.
Je secoue la tête, décidant qu’il est temps de rentrer. Tout ce bruit, ces lumières, cette agitation, c'est trop. Je m’échappe de la salle, rejoignant la rue. Le vent frais de la ville me frappe le visage, me ramène à la réalité. Mais la question reste là, accrochée à moi : qu’est-ce qui se cache derrière ce chant ? Qui est cette créature, et pourquoi m’a-t-elle attiré de cette manière ?
Le chemin vers la voiture semble interminable. Et plus je marche, plus l’impression d’être suivi devient forte. Mais je me retourne, et il n’y a rien, juste des ombres qui se fondent dans la nuit. Une simple paranoïa, probablement. Je monte dans ma voiture et démarre.
Il est temps que je trouve des réponses.
Je retourne vers la mer, épuisé, vidé, comme si la nuit dernière m'avait pris toute mon énergie. Je me dirige vers la plage, un endroit que je connais bien. Le sable froid entre mes doigts me calme un peu. Je m'assois là, les yeux perdus sur l'horizon, tentant de trouver un peu de paix dans la brise marine. Finalement, je m'allonge, le sable me caressant la peau. Je ferme les yeux, espérant m'évader de tout ça, mais mon esprit refuse de se calmer.
Tout à coup, des bruits de rire me font sursauter. Des voix lointaines, comme des chuchotements dans la brume. Je me redresse brusquement, mes yeux cherchant à comprendre ce qu'il se passe autour de moi. Et là, quelque chose d’impossible, quelque chose que je n’aurais jamais cru voir, surgit sous mes yeux. Des formes. Des silhouettes qui bougent dans l’eau, mais… elles ne sont pas humaines. Des queues de poissons, brillantes et miroitantes, qui glissent et dansent à la surface de l’eau. C'est comme si des créatures surnaturelles nageaient en synchronie, avec des mouvements fluides et hypnotisants.
Mon cœur bat la chamade, et je me redresse d’un coup, les yeux écarquillés. Mais avant que je puisse réagir, elles plongent dans l'eau, disparaissant dans les profondeurs, comme si rien ne s'était jamais produit.
Je reste là, figé. Mon corps est pris d’un froid étrange, mais je n'ose pas bouger. Qu’est-ce que c'était ? Ce n'était pas un rêve… c’était réel, trop réel pour que je puisse l’imaginer. Les éclats de lumière qui scintillent à la surface de l’eau, les éclats de rire qui résonnent dans mes oreilles. C’est comme si je m'étais retrouvé au cœur d’un monde que je ne comprends pas.
Je retourne précipitamment à la maison. Cette vision me hante déjà, et je n'arrive pas à la chasser de mon esprit. Une partie de moi veut ignorer ce que j’ai vu, mais une autre partie est trop curieuse pour passer à côté. Qu’est-ce que c’était ? Une hallucination ? Ou quelque chose d'encore plus étrange ?
Le lendemain, incapable de trouver une réponse par moi-même, je décide d’aller consulter un psy. Je ne sais pas pourquoi je le fais, mais j’ai l’impression que tout cela me dépasse. Je ne peux plus ignorer ces visions, ces bruits, cette présence. Je veux comprendre, même si j’ai peur de la vérité.
Je m'assois dans le bureau du psy, essayant de me calmer. La pièce est calme, presque trop calme, mais la tension est palpable. Je raconte ce que j’ai vu, ce que j’ai ressenti, espérant trouver des réponses rationnelles. Le psy m'écoute attentivement, mais son regard reste impassible, comme s’il attendait que je dise autre chose. Au fond de moi, je sais que ce n'est pas une simple histoire de stress ou de paranoïa. Mais qu'est-ce que c’est alors ? Pourquoi ai-je l'impression d'être attiré par quelque chose qui me dépasse ?
La réponse que j’attends, je la cherche désespérément. Mais je me demande si le psy pourra m'aider, ou si je suis en train de sombrer dans quelque chose que personne ne pourrait comprendre.








