๐๐ก๐๐ฉ๐ข๐ญ๐ซ๐ ๐
โจ๐ธโโ๐ผ๐ผ ๐ โจ
๐ท๐๐ ๐๐๐๐๐๐๐๐ ๐๐ ๐ฎ๐๐๐๐๐
Non, vous ne rรชvez pas. Claire est bien de retour, avec une toute nouvelle mise en beautรฉ.
Claire sera le seul tome de la collection ร รชtre revisitรฉ. Peut-รชtre pour une future publication papier ? Mais pas dโinquiรฉtude, vous y retrouverez tous les autres personnages : Laura, Victoria, Kiko, Chris, etc. Ils ne seront que des personnages secondaires, mais ils auront leur importance. Tout comme je compte garder les moments clรฉs de chacune de leurs histoires pour donner de la matiรจre ร cette version.
Playlist Spotify disponible : ๐ท๐๐ ๐๐๐๐๐๐๐๐ ๐๐ ๐ฎ๐๐๐๐๐
โจ๐ฎ๐๐๐๐๐๐๐ ๐โจ
Je dรฉteste lโรฉcole.
Passer quinze ans de ta vie - dix pour les plus chanceux - ร avaler des trucs qui ne tโintรฉressent pas, entourรฉ de gens que tu ne supportes pas, ร te faire rabaisser, moquer, insulter... que ce soit par les profs ou les autres. Une heure assise, tu changes de salle, tu recommences. Encore et encore, comme si tu nโรฉtais quโune piรจce dans une usine. Et quand tu rentres chez toi, tโas encore des devoirs ร faire.
Sรฉrieusement... รงa fait rรชver qui ?
Les รฉtudes supรฉrieures, รงa donne envie. Tu choisis tes รฉtudes, ton รฉcole et tu travailles pour ton avenir. Ce que tu fais a de la valeur. Avec ou sans diplรดme, tu peux fiรจrement dire : โJโai fait รงa.โ Au collรจge, le brevet nโest quโune faรงon de tโhumilier. Si tu ne lโas pas, tu es un crรฉtin. Au lycรฉe, ils remontent le niveau du Bac pour rรฉcompenser lโรฉlite. Cโest comme รงa quโils rangent les gens dans des cases. Sans Bac, tu nโes rien, tu ne vas nulle part.
Jโaurais pu arrรชter lโรฉcole ร seize ans, comme jโavais prรฉvu dรจs mon entrรฉe en sixiรจme. Jโavais dรฉjร compris quโen รฉtant livrรฉe ร moi-mรชme, je nโallais jamais rรฉussir dans la vie. Ma mรจre est une ratรฉe, et cโest ce que je vais devenir si je persiste ร croire en mes rรชves. Lโรฉcole dโArt peut tomber aux oubliettes. Dans quelques mois, jโaurai la majoritรฉ. Je pourrai chercher un vrai boulot et me casser dโici, mรชme si jโai conscience quโavec mon look et mon niveau dโรฉtude, je nโirai pas trรจs loin. Est-ce trop dโespรฉrer une meilleure vie ?
On mโa catรฉgorisรฉe comme la fille ร problรจmes parce que je ne mโhabille pas comme tout le monde, que je suis du genre solitaire et que je nโai pas ma langue dans ma poche. Pourtant, je suis aussi la fille silencieuse, au fond de la classe, qui a appris ร dessiner dans un carnet plutรดt que dans les marges de ses copies, qui a une vie de merde, mais qui ne se plaint pas. Je nโai pas dโamis et je nโen veux pas particuliรจrement. Je demande seulement quโon me laisse tranquille.
- Vous nโirez pas loin dans la vie, Claire ! me rรฉpรจte pour une รฉniรจme fois la prof.
Cโest toujours ร moi quโils sโen prennent. Ce qui doit les faire triper, cโest que je reste silencieuse, ou alors que je parte au quart de tour. Parce que si jโai le malheur de rรฉpliquer, je suis la fautive. Trop de fois, on mโa demandรฉ dโarrรชter de โme sentir persรฉcutรฉeโ. Alors, comment doit-on nommer le fait que le brouhaha vienne de mes camarades, mais que je sois la seule ร me faire reprendre ? Quand je dis quโils nous prennent pour des robots : je nโรฉcris pas le cours, donc je suis une ratรฉe. Quelque part, cโest vrai. Mais รงa ne leur donne pas le droit de me le balancer en pleine figure. Je nโy peux rien, moi, si ma mรจre a dรฉcidรฉ de ne pas travailler et dโarrรชter lโรฉcole si tรดt quโelle ne peut mรชme pas mโaider ร faire une division. Je suis encore une enfant,putain. Comment je suis censรฉe me dรฉbrouiller dans un monde dโadulte quand je nโai mรชme pas eu le temps de vivre mon enfance ?
ร deux doigts de tout envoyer balader, je resserre la mรขchoire et appuie davantage sur mon crayon, la main devant mes yeux pour couvrir mon visage. Je fais mine de ne pas la voir, de ne pas lโentendre. Ses mots ne doivent pas mโimpacter sinon, je fais me faire ร nouveau humilier. Montrer ses รฉmotions revient ร leur offrir mes faiblesses.
- Et asseyez-vous correctement, nom de Dieu !
Rester assise une heure, le cul sur une chaise en bois, sans bouger, ce nโest pas mon dรฉlire. Jโai mal au derriรจre, au dos, ma peau colle et transpire. Encore une fois, รงa nโa rien dโagrรฉable. On est formatรฉs pour agir comme des robots. Eh bien, je ne suis pas un robot. Jโai une conscience et des sentiments,merde!
Une jambe pliรฉe, ma Doc Martens posรฉe sur la chaise, mon short en jean me couvre assez pour quโon ne voie rien en dessous. Dโaccord, ce nโest pas une position trรจs adรฉquate pour le milieu scolaire, mais qui a รฉtabli cette rรจgle ? En quoi me tenir ainsi va perturber le cours ou le sommeil de la prof ? Va-t-elle en faire des cauchemars ?
Cโest la goutte de trop. Tous ces regards tournรฉs vers moi รฉtaient ร peine supportables. Jโai horreur quโon lรจve le ton sur moi. Ma mรจre ne lโa jamais fait, ce nโest pas une vieille peau que je vois quatre fois dans la semaine qui va se permettre de le faire. Et pourtant, je me montre plus mature que je ne le devrais - ce qui passe pour immature auprรจs des autres - en rangeant calmement mes affaires comme si le cours รฉtait terminรฉ. La prof croise ses bras, attendant une rรฉaction.
- Que faites-vous ? me demande-t-elle avec dรฉdain.
Je me mets debout, lโair de rien. Jโenfile mon sac, mon casque, et traverse la salle sous les yeux de mes trente-et-un autres camarades, tous bouche-bรฉe. Heureusement, la prof ne tente pas de mโen empรชcher, elle garde simplement un air abruti. Elle fait semblant dโรชtre choquรฉe, alors quโelle attendait justement cette rรฉaction de ma part. Ce nโest quโune fois la porte passรฉe quโelle exerce un semblant dโautoritรฉ sur moi :
- Revenez ici, Claire !
Son but est dโalarmer le proviseur, dont le bureau se trouve ร lโautre bout du couloir. Il a sรปrement entendu mon nom et ne va pas tarder ร sortir en trombe pour ajouter une fugue ร mon dossier scolaire. Mon prรฉnom est le seul que mรชme les รฉlรจves dโautres classes, ou encore les nouveaux profs, connaissent. Pour eux, je suis une enfant de Satan, et ce nโest pas quโร cause de mon look.
Enfin dehors,The Kids Are Comingdans les oreilles, je me sens revivre. Le monde extรฉrieur mโoffre une bouffรฉe dโair, de la puissance et du plaisir. Mon sourire se dessine doucement sur mes lรจvres quand jโapproche de mon coin de Paradis. Cโest mon endroit ร moi, ma petite bulle oรน je nโai pas de nom, mais que des idรฉes. Un thรฉรขtre condamnรฉ depuis deux ans, qui devait รชtre rรฉnovรฉ, mais dont le chantier a รฉtรฉ abandonnรฉ en cours de route. Il offre un petit coin de jardin lumineux et tranquille qui nโest visitรฉ que par les plus tรฉmรฉraires, parce quโil faut escalader une รฉnorme grille en fer.
Chaque fois que je mโy rends, je retrouve mes marques : le sentier sableux qui mรจne ร une fontaine sรจche et mousseuse, le banc en pierre fissurรฉ ou encore, lโherbe toujours plus haute qui caresse la paume de ma main. Toute cette douceur offerte par la nature me rappelle que quelque part, ma vie a plus de sens. Je nโai pas goรปt ร beaucoup de choses, mais lโArt suffit ร apaiser mes maux le plus profonds. Les dessiner les rend rรฉels et palpables, comme sโils ne faisaient plus partie de moi, mais quโils devenaient des รชtres ร part entiรจre. Mes amis.
Nรฉanmoins, il mโarrive de travailler sur des esquisses plus douces, plus lumineuses. Depuis hier soir - merci les insomnies - je suis sur ce couple en pleine รฉtreinte charnelle. Je ne reprรฉsente pas leurs visages, mais leurs corps entrelacรฉs. Je capture un instant intime, leurs mains voyageant sensuellement sur le corps de lโun et de lโautre, dans un dรฉsir de partage et bienveillance. Cโest le genre de rapport lent et passionnel quโon imagine en grandissant, espรฉrant secrรจtement trouver le prince charmant avec qui le partager. Ce nโest quโun morceau de mon imagination, un dรฉsir inscrit au plus profond de mon รขme, รฉtouffรฉ par une couche รฉpaisse de noirceur.
Malgrรฉ le merveilleux chant des oiseaux, jโai besoin de ma musique. Jโai montรฉ le son si fort que je nโentends rien des alentours, je suis enfermรฉe dans ma petite bulle crรฉative. Jโai une attache particuliรจre pour lโartisteTones & I, ses chansons me parlent comme si elle les avait รฉcrites pour moi. Chaque fois que jโรฉcouteNot Going Home, je me prends une claque. Gรฉnรฉralement, elle est mentale et sentimentale, jamais physique. Aujourdโhui, elle est si violente que mon masque mโen tombe. En fait, je me prends vraiment un coup, au point que jโen sursaute et que la mine de son crayon se brise en rayant mon dessin.
- Cโest bon, tu mโentends lร ? aboie un type derriรจre moi.
Sonnรฉe, je relรจve la tรชte pour voir deux hommes me contourner et se prรฉsenter devant moi. Je resserre mes jambes et retire carrรฉment mon casque pour leur porter mon attention. Ils portent tous les deux des costumes et des petites chaussures vernies. Lโun est assez petit avec un dรฉbut de calvitie, un peu en retrait par rapport ร lโautre, qui est carrรฉment collรฉ ร moi, les cheveux mal brossรฉs et une barbe de trois jours.
- Tu ne sais pas lire une pancarte ? continue le plus proche.
Il a une main dans sa poche, lโautre tendue pour mโindiquer la plaque contre la grille, bien trop loin pour รชtre lisible. En effet, je nโy avais pas fait attention en lโescaladant.
- Depuis quand cโest une propriรฉtรฉ privรฉe ? Cโest un thรฉรขtre !
Le type doit avoir la trentaine et ses traits sont tirรฉs comme si je venais de lโinsulter. Il fronce ses รฉpais sourcils et contracte la mรขchoire. ร tout moment, il me frappe.
- Exactement, cโest pas un coin de dรฉfoncรฉs, ici. Alors tu lรจves ton gros cul de lร et tu dรฉgages.
Tellement choquรฉe, je reste un instant bouche bรฉe. Le deuxiรจme homme ne dit rien, mais je lis de la pitiรฉ dans son regard, comme sโil nโosait pas sโinterposer mais quโil ne cautionnait pas non plus le comportement de son collรจgue. Le soleil ne lui rend pas hommage comme lโautre, dont le chรขtain de ses cheveux prend une teinte dorรฉe.
- Vous dites รงa ร cause de mon look ?
- Jโen ai rien ร foutre de ta tenue de prostituรฉe. Dรฉgages ! me hurle-t-il dans les oreilles, le regard toujours plus noir.
- Mais รงa va pas, non ?! mโoffusquรฉ-je en me redressant dโun seul coup. Je ne suis pas une prostituรฉe !
Je lui crache au visage. Cet amas de bave est prรฉparรฉ depuis quโil mโa traitรฉe de camรฉe, mais je pensais pouvoir discuter avec lui avant de me dรฉfendre de cette maniรจre. Il est agressif, alors je rรฉponds de maniรจre agressive. Dans ce monde, les dits-adultes ne sont en fait que de grands enfants qui nโaiment pas quโon leur dise non.
Il sโessuie la joue mais ne me laisse pas le temps de ranger mes affaires. Cโest trop tard, je nโai pas agi comme il aurait voulu. Il attrape mon bras si violemment quโil mโรฉcrase aussitรดt les os. Il me ramรจne ร lui et en me confrontant de son visage si prรจs du mien, il essaie dโassoir sa domination.
- Darill, arrรชte ! Cโest quโune gamine..., murmure son ami.
Terrorisรฉe, je mโen tiens ร mes rรฉflexes, ces gestes que jโai imaginรฉ cent fois โau cas-oรน je me ferais agressรฉe.โ Ce moment est venu. Je lรจve ma godasse de deux kilos pour lui รฉcraser les testicules. รvidemment, je ne mโattendais pas ร y arriver du premier coup. Mais au moins, je le fais lรขcher et je tache son costume au niveau de la cuisse. Il est beaucoup plus prรฉoccupรฉ par son apparence que la mienne, alors jโen profite pour filer ร toute allure avant quโil ne se dรฉcide ร me courir aprรจs.
Je ne regarde pas derriรจre moi, jamais. Jโai vu รงa dans tous les films : la fille perd du temps en se retournant et se faire rattraper, puis tuer. Dโaprรจs la haine qui se lisait dans ses yeux, je suis sรปre de ne pas mโen sortir vivante. Je cours ร en perdre haleine. Lร , tout de suite, ma vie dรฉpend du peu de cours de sport que jโai suivi et la course nโen faisait pas partie.
Sans mโarrรชter, je palpe mon derriรจre. Mon tรฉlรฉphone nโest pas dans ma poche, je lโai oubliรฉ dans mon sac. Je ne peux pas faire demi-tour, je nโai aucun moyen de contacter quelquโun. Et puis, en y rรฉflรฉchissant deux secondes, je me rends compte que je nโai personne ร appeler. Je ne peux pas non plus rentrer chez moi. Et sโil me suivait ? Et sโil dรฉcouvrait oรน jโhabite ?
Finalement, je tente un regard en arriรจre. Il nโy a personne et je nโen suis pas si รฉtonnรฉe. Le type mโavait tout lโair dโun bagarreur, mais pas dโun stalker. Il doit รชtre trop occupรฉ frotter son costume de luxe. En passant - pour une fois - par la grille ouverte, jโavais croisรฉ une berline bien trop intacte pour รชtre dโoccasion. Il nโen a rien ร faire de moi. Je ne suis quโune camรฉe ร ses yeux, il voulait seulement me faire dรฉgager du thรฉรขtre, et cโest chose faite. Il a dรป pester un coup, puis a repris sa route. Ce qui mโemmerde, cโest ce quโil fera de mes affaires. Dans le meilleur des cas, il les a jetรฉes. Dans le pire, il en a fait de la bouillie en imaginant que cโรฉtait mon visage.
Il nโest plus lร , pourtant, jโai lโimpression de sentir encore son parfum dans mes narines. Jโai aussi un arriรจre-goรปt de cigarette dans la gorge, comme si son souffle mโavait pรฉnรฉtrรฉ. Cโest tout ce quโil me reste, maintenant que jโai perdu mon sac de cours, mon carnet de dessin, ainsi que mon tรฉlรฉphone.
La vie est beaucoup moins tranquille sans musique. Je ne me souvenais pas que les voitures รฉtaient si bruyantes, ni que les lumiรจres des boutiques รฉtaient si lumineuses. En revanche, mes jambes se souviennent de tous les chemins empruntรฉs. En dรฉviant ma route pour รฉviter de rentrer chez moi, je me suis instinctivement dirigรฉe vers lโappartement de mon cousin. Ce nโest pas auprรจs de ma mรจre que je trouverai du rรฉconfort. Au moins, chez mon cousin, il y a aussi de lโalcool et Sebastian. Avec un peu de chance, je pourrai aussi trouver de quoi soulager la colรจre qui me consume actuellement.
โจโจโจ
Me voilร enfin avec le premier chapitre de cette toute nouvelle version de Claire !
Je vais reprendre tous les moments clรฉs parce quโon nโoublie pas lโinoubliable, mais je vais les rendre encore plus magiques.
Dites-moi quel passage vous attendez le plus ?
ร quelles questions attendez-vous des rรฉponses ?
De quoi avez-vous besoin pour rendre cette histoire parfaite ร vos yeux ?