Chapter 1
justice aujourd’hui ce n’est pas toi qui juge. Aujourd’hui tu es l’accusé aujourd’hui tu es le jugé.
Je viens te parler à toi.
Pas avec la colère seulement,
pas avec la haine,
mais avec cette fatigue immense
de quelqu’un qui a frappé à toutes les portes
et qui a fini par se demander
si quelqu’un voulait vraiment ouvrir.
Je viens te parler à toi, Justice.
Toi qui portes un grand nom,
toi qu’on imagine forte,
toi qu’on imagine droite,
toi qu’on imagine capable de séparer le vrai du faux.
Mais dis-moi…
Que devient celui qui n’a pas les bonnes preuves ?
Que devient celui dont la douleur ne laisse pas de trace visible ?
Que devient celui qui raconte une vérité
mais que personne ne veut entendre ?
Tu demandes des preuves.
Toujours des preuves.
Des mots écrits,
des témoins,
des marques,
des choses visibles.
Mais dis-moi…
Est-ce que toutes les blessures doivent saigner pour exister ?
Est-ce qu’un silence n’est pas parfois un cri ?
Est-ce qu’une peur n’est pas parfois une preuve ?
Est-ce qu’un cœur détruit doit attendre d’être complètement brisé
pour que quelqu’un accepte enfin de le regarder ?
Tu dis chercher la vérité.
Mais parfois, on a l’impression
que tu cherches surtout ce qui est facile à croire.
Tu regardes les dossiers,
les papiers,
les apparences.
Mais regardes-tu vraiment les personnes derrière ?
Regardes-tu celui qui rentre chez lui
avec l’impression d’être devenu personne ?
Celui qui a trouvé le courage de parler
et qui, en échange, a reçu le doute.
Celui qui attendait que tu sois son refuge
et qui a découvert que même toi,
tu pouvais détourner les yeux.
Le plus douloureux n’est parfois pas seulement ce qui s’est passé.
Le plus douloureux,
c’est quand après avoir trouvé la force de dire la vérité,
on entend une voix répondre :
« Ce n’est pas vrai. »
Et soudain…
On doute de soi.
On doute de sa mémoire.
On doute de ses propres blessures.
On se demande si ce qu’on a vécu mérite seulement d’être appelé une souffrance.
On se sent petit.
Invisible.
Comme si notre histoire ne pesait rien.
Justice…
Je ne te demande pas d’être parfaite.
Je ne te demande pas de tout comprendre en un instant.
Mais je te demande de ne pas oublier
que derrière chaque affaire,
il y a une personne.
Une personne qui a aimé.
Une personne qui a souffert.
Une personne qui a eu peur.
Une personne dont la robe porte encore la trace d’une histoire qu’elle n’a jamais choisi
Une personne qui a trouvé un courage immense
pour venir jusqu’à toi.
Je ne te demande pas d’effacer le passé.
Je ne te demande pas de changer ce qui a déjà été vécu.
Je te demande seulement une chose :
Reconnais que cette personne l’a vécu.
Reconnais que sa douleur existe.
Reconnais que son histoire mérite d’être entendue.
Je ne te demande pas d’accepter tout sans réfléchir.
Je ne te demande pas de condamner sans chercher la vérité.
Je te demande seulement de reconnaître
qu’une absence de preuve parfaite
ne signifie pas toujours une absence de vérité.
Parce qu’au bout du compte…
Le plus grand échec de la justice
n’est peut-être pas seulement de condamner un innocent.
C’est aussi de faire sentir à quelqu’un qui a souffert
qu’il n’a jamais existé.
Alors dis moi justice si tu refuses d’écouter les histoires difficiles, qui rendra justice à ceux que personne ne croit ?