Guérir à Perte D'horizon par Lillith St John chez Inkitt
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Guérir à perte d'horizon

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Résumé

Après un burn-out dévastateur à Paris, Lillith, cadre dynamique, plaque tout pour un périple d'un an à travers les États-Unis, de New York à Los Angeles. Pas en touriste, mais en survivante : elle enchaîne les petits boulots, dort dans des hotels en affrontant tempêtes de neige, déserts arides et rencontres inattendues. Son voyage devient une quête de résilience et de liberté. Entre attachements fugaces et passions intenses, Lillith redécouvre sa force intérieure, prouvant que la route peut guérir les âmes brisées. Un récit sensuel et émouvant sur l'indépendance, l'amour inattendu et la transformation personnelle, où chaque mile parcouru forge une nouvelle femme.

Genre :
Romance
Auteur :
Lillith St John
Statut :
Terminé
Chapitres :
11
Rating
4.0 (1 avis)
Classification par âge :
18+

chapitre 1 - Nouveau départ

Mon nom est Lillith.

Jusqu’à hier, j’étais une cadre dynamique dans une entreprise parisienne, un rouage essentiel d’une machine infernale qui, finalement, m’a broyée comme un insecte sous la semelle d’un géant indifférent.

Le burn-out n’est pas un mot chic, un vague synonyme de fatigue passagère. Non, c’est un effondrement silencieux, une implosion qui vous ronge de l’intérieur sans que personne ne s’en aperçoive.

Les nuits blanches se succédaient, entrecoupées de rêves où je courais dans un labyrinthe de dossiers et de tableaux excel, poursuivie par des ombres aux voix stridentes réclamant des rapports impossibles.

Les matins, je me levais avec l’impression d’avoir été vidée, comme une coquille abandonnée sur une plage après la marée haute.

Un matin ordinaire – ou du moins, ce qui passait pour ordinaire dans mon existence survoltée – tout a basculé. J’étais assise devant mon écran, dans l’open space bruyant de notre tour de verre à La Défense.

Les néons froids illuminaient les visages fatigués de mes collègues, penchés sur leurs claviers comme des automates. Les chiffres défilaient : budgets à équilibrer, projections à valider, deadlines qui s’empilaient comme des dominos prêts à vous écraser.

Soudain, les lignes se sont brouillées. Les colonnes de données n’avaient plus de sens ; elles dansaient devant mes yeux, moqueuses, insignifiantes.

J’ai levé la tête, cherchant un ancrage, et mon regard s’est posé sur la vitre qui donnait sur le ciel gris de Paris. Mon reflet y apparaissait, pâle, les traits tirés, les yeux creux. Ce n’était plus moi. C’était une étrangère, une silhouette vide, un fantôme qui hantait son propre corps.

L’idée persistante, insidieuse, a surgi alors comme un poison lent : « Je suis inutile. »

Ces mots ont résonné dans ma tête, amplifiés par le bourdonnement des climatiseurs et les conversations étouffées autour de moi. Inutile.

Après des années à gravir les échelons, à négocier des contrats millionnaires, à diriger des équipes avec une poigne de fer masquée sous un sourire professionnel, voilà ce que j’étais devenue ? Un rouage grippé, prêt à être remplacé par un modèle plus neuf, plus performant ?

La révolte a grondé en moi, une tempête intérieure qui a balayé les doutes et les peurs. Non, je ne suis pas inutile. Je dois le prouver.

Pas aux autres – à leurs yeux, j’étais encore la Lillith infatigable, la star montante.

Non, à moi-même. À cette femme brisée qui me fixait depuis la vitre.

Ce soir-là, de retour dans mon appartement haussmannien du VIIe arrondissement, j’ai pris la décision qui allait tout changer.

Les murs crème, ornés de tableaux abstraits achetés lors de vernissages obligatoires, me semblaient soudain étouffants. La cuisine impeccable, avec son îlot en marbre où je mangeais des salades prêtes-à-manger entre deux appels, résonnait d’un vide assourdissant.

J’ai ouvert mon ordinateur portable – ironie du sort, l’outil de ma chute – et j’ai rédigé ma demande de disponibilité. Un an. Une année entière loin de cette vie qui m’aspirait l’âme. Les doigts tremblants sur le clavier, j’ai tapé les mots formels : motifs personnels, besoin de repos, projet de reconversion.

Mon supérieur, un homme aux tempes grisonnantes et au regard calculateur, a approuvé sans poser de questions. Peut-être se doutait-il que j’étais à bout, ou peut-être s’en fichait-il. Dans ce monde, les talents usés sont vite oubliés.

Cet acte administratif a libéré un tsunami d’angoisses et d’espoirs mêlés.

Les angoisses d’abord : et si je ne revenais pas ? Et si cette pause se muait en un gouffre sans fond ?

Les espoirs, plus timides, comme des lueurs au bout d’un tunnel obscur : une chance de me retrouver, de respirer un air qui ne puait pas le stress et l’ambition maladive.

Mon projet prenait forme dans mon esprit, nourri par des lectures compulsives de récits de voyageurs solitaires et de films hollywoodiens sur les routes infinies de l’Amérique.

Traverser les États-Unis, de New York à Los Angeles, jusqu’à Sunset Boulevard. Pas en touriste aisée, avec hôtels climatisés et guides touristiques. Non, en survivante. En exploratrice de ma propre résilience. Je voulais sentir la terre sous mes pieds, affronter l’inconnu, me confronter à mes limites pour les repousser.

L’équipement ? Le strict minimum, pour symboliser cette rupture avec le superflu de ma vie parisienne.

Un sac à dos usé, hérité d’un voyage étudiant en Italie il y a dix ans. Dedans : deux tenues de rechange – jeans solides, t-shirts neutres, un pull pour les nuits fraîches – des chaussures de marche éraflées mais fiables, une trousse de toilette basique, un passeport valide et un carnet pour noter mes pensées, mes découvertes.

Pas de gadgets high-tech ; mon téléphone servirait pour les urgences, mais je le mettrais en mode avion la plupart du temps.

L’argent ? Juste assez pour le billet d’avion jusqu’à New York, et le retour depuis Los Angeles, et le premier jour sur place : un sandwich, un métro, peut-être une nuit dans un hôtel bon marché.

Après ? Je devrai trouver. Trouver de la nourriture au fil des opportunités, un toit en échange de menus services, un moyen de progresser à travers ce vaste pays. Petits boulots : serveuse dans un diner, aide dans une ferme isolée, peut-être même des tâches manuelles que je n’ai jamais connues.

Déplacements à pied le long des routes poussiéreuses, en bus Greyhound pour les longues distances, en train Amtrak si la chance souriait et qu’un peu d’argent tombait du ciel.

Les jours précédant le départ ont été un tourbillon d’émotions contradictoires.

J’ai vendu des meubles, donné des vêtements à des associations, nettoyé mon appartement comme pour exorciser les fantômes de mon ancienne vie.

Mes amis – ou du moins, ceux que je considérais comme tels – ont réagi avec un mélange de stupeur et d’envie polie. « Tu es folle, Lillith ! L’Amérique, toute seule ? » disait ma meilleure amie, un verre de vin à la main lors d’un dernier dîner au café de Flore. « C’est courageux, mais dangereux. »

Courageux. Le mot m’a fait sourire intérieurement. Non, c’était nécessaire. Une quête de survie, une odyssée personnelle pour recoller les morceaux de mon âme fracturée.

Le jour J est arrivé sous un ciel parisien pluvieux de septembre, comme si la ville elle-même pleurait mon départ. J’ai fermé la porte de mon appartement pour la dernière fois, le sac à dos pesant sur mes épaules comme un fardeau libérateur.

Dans le taxi vers Roissy, j’ai regardé défiler les avenues familières : l’Arc de Triomphe noyé dans la brume, la Seine grise serpentant entre les ponts. Chaque monument, chaque coin de rue portait l’empreinte de mon ancienne vie – les négociations tardives, les dîners d’affaires, les promenades solitaires pour évacuer la pression.

Adieu, Paris. Tu m’as formée, mais tu m’as aussi presque tuée.

À l’aéroport, l’agitation des voyageurs m’a enveloppée comme une bulle protectrice. J’ai passé la sécurité, le cœur battant, et me suis installée près d’une fenêtre donnant sur les pistes.

L’avion pour New York a décollé avec un rugissement qui a secoué mon être tout entier. En dessous, la France s’éloignait, un patchwork de champs et de villes qui rapetissait jusqu’à disparaître.

Huit heures de vol pour atterrir dans un monde nouveau, un continent immense où je n’étais qu’une inconnue parmi des millions.

À l’atterrissage à JFK, l’air était chargé d’une humidité lourde, imprégnée d’odeurs d’asphalte et de fast-food.

New York m’a accueillie avec son chaos organisé : taxis jaunes klaxonnant, piétons pressés, panneaux publicitaires criards. J’ai hélé un taxi pour Manhattan, le portefeuille allégé de quelques dollars.

Mon premier défi : trouver un lit pour la nuit. Mais déjà, une étincelle de vie pulsait en moi. La transformation commençait. Pas en un jour, pas en une traversée. Mais en pas hésitants, en choix radicaux. J’étais en route pour me retrouver, pour survivre à moi-même.

Sunset Boulevard m’attendait, au bout de cette route sinueuse, comme un phare dans la nuit de mes doutes.

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